1Sommes et produits d’une famille finie
Définition. Soient un ensemble fini et une famille de réels. On note la somme et le produit de cette famille : les sont additionnés (resp. multipliés) dans un ordre quelconque, le résultat n’en dépendant pas. Par convention et : la somme vide est nulle, le produit vide vaut (éléments neutres de et de ).
Notation. Lorsque avec , on écrit et ; cette somme comporte termes, et non . Pour la famille est vide. L’indice est muet : , et cette lettre ne doit apparaître nulle part en dehors du signe .
Propriété — règles de calcul. Soient et deux familles finies de réels, et .
- Linéarité : ; en particulier .
- Produits : ; .
- Découpage : si avec , alors . Cas usuel, pour : .
- Changement d’indice : si est une bijection, alors . Les deux cas à maîtriser sont la translation et le retournement : et .
en général. On ne peut pas sortir de un facteur dépendant de l’indice : , dont le membre de droite n’a aucun sens. Enfin, un changement d’indice modifie les bornes : la source d’erreur numéro un est le décalage de .
2Télescopage
Théorème — somme et produit télescopiques. Soient des entiers et une famille de réels. Alors
Idée de preuve (exigible). Par découpage et translation d’indice, ; en retranchant , tous les termes d’indices se détruisent. On peut aussi raisonner par récurrence sur .
Méthode — reconnaître un télescopage. pour calculer , chercher telle que . Trois exemples à connaître : donne ; donne ; et .
3Les sommes usuelles
Théorème. Pour tout et tout :
- ; ; .
- Somme arithmétique : .
- Somme géométrique : si , et si . Plus généralement, pour et , .
- Factorisation : pour et , .
Idées de preuve (exigibles). Par télescopage : , donc , c’est-à-dire , d’où . De même donne , et donne : chaque fois, le télescopage fournit en fonction des sommes de puissances inférieures. Une récurrence sur convient tout aussi bien. Somme géométrique : si , par télescopage ; on développe de même pour factoriser .
La formule de la somme géométrique exige : oublier le cas est la faute classique. Noter aussi que est une coïncidence remarquable, non une règle générale.
4Sommes doubles
Théorème — interversion des sommations. Soient et deux ensembles finis et une famille de réels. Alors
Autrement dit : on peut sommer les termes d’un tableau ligne par ligne ou colonne par colonne.
Propriété — produit de deux sommes. Pour deux familles finies et ,
Les deux indices doivent porter des noms différents : écrire est faux.
Théorème — sommes triangulaires. Soit une famille finie de réels. Alors
et le carré d’indices se découpe en trois morceaux disjoints : . En particulier, pour une famille ,
car le terme général est symétrique en .
Figure 1 — Le domaine triangulaire pour : sommer par colonnes ( de à ) ou par lignes ( de à ).
Méthode — traiter une somme double. dessiner le domaine d’indices, puis choisir l’ordre de sommation pour lequel la somme intérieure se calcule. Si le terme général se factorise en et si le domaine est un rectangle , la somme double est un produit de deux sommes simples.
Dans , la borne de la somme intérieure dépend de : il est interdit d’échanger les deux sans réécrire les bornes, et le domaine n’étant pas un rectangle, la somme ne se factorise pas.
5Factorielle et coefficients binomiaux
Définition. Pour , , avec (produit vide). On a pour tout .
Définition. Pour et , le coefficient binomial est défini par
Cette convention est essentielle : elle rend toutes les formules valables sans discussion de bornes.
Propriété. Pour et :
- , , ;
- symétrie : ;
- formule du pion : pour ;
- passage d’un terme au suivant : pour .
Théorème — relation de Pascal. Pour tout et tout ,
ou, de façon équivalente, pour .
Idée de preuve (exigible). Pour , on met au même dénominateur :
Les cas et se vérifient directement grâce à la convention.
Remarque. Par récurrence sur , Pascal montre que , ce qui n’est pas évident sur la définition par quotient de factorielles.
| 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 0 | 1 | ||||||
| 1 | 1 | 1 | |||||
| 2 | 1 | 2 | 1 | ||||
| 3 | 1 | 3 | 3 | 1 | |||
| 4 | 1 | 4 | 6 | 4 | 1 | ||
| 5 | 1 | 5 | 10 | 10 | 5 | 1 | |
| 6 | 1 | 6 | 15 | 20 | 15 | 6 | 1 |
Figure 2 — Le triangle de Pascal : chaque coefficient est la somme des deux situés au-dessus de lui ().
6Formule du binôme de Newton
Théorème — binôme de Newton. Pour tous et tout ,
la seconde écriture s’obtenant de la première par le changement d’indice et la symétrie des .
Idée de preuve (exigible). Récurrence sur ; pour les deux membres valent , et si la formule vaut au rang ,
en posant dans la première somme, le coefficient de est par Pascal.
Propriété — conséquences. Pour tout et tout : , , et dès que (cette dernière somme vaut pour ).
La formule du binôme repose sur la commutativité de et : vraie dans et dans , elle est fausse pour deux matrices qui ne commutent pas. Par ailleurs , et n’est pas .
- Manipuler les bornes : compter les termes, découper, translater et retourner un indice sans erreur de .
- Reconnaître et exploiter un télescopage (somme ou produit) ; décomposer une fraction en différence de deux termes consécutifs.
- Calculer une somme arithmétique, une somme géométrique (en discutant ), , , , et les redémontrer.
- Intervertir les sommations d’une somme double, notamment sur un domaine triangulaire ; reconnaître un produit de deux sommes.
- Simplifier une expression de factorielles et de coefficients binomiaux ; utiliser Pascal et la formule du pion ; appliquer le binôme dans les deux sens (développer, mais aussi reconnaître comme ).
Découpage. ; contrôle : termes de moyenne . Somme triangulaire. ; contrôle en : .
- Compter termes dans au lieu de ; oublier d’ajuster les bornes lors d’un changement d’indice.
- Réutiliser la lettre de l’indice muet à l’extérieur du , ou employer le même indice dans deux emboîtés (collision d’indices).
- Sortir de un facteur dépendant de ; écrire ; appliquer sans écarter le cas .
- Échanger deux emboîtés en gardant les bornes telles quelles.
- Écrire avec hors de en oubliant que la convention le rend nul — ou, à l’inverse, croire que a un sens dans ce cas.
- Appliquer le binôme à des objets qui ne commutent pas (à retenir pour le calcul matriciel).