Dans toute la fiche, désigne ou , les lettres , des entiers naturels non nuls, et un -espace vectoriel. La dimension finie, le rang et les applications linéaires font l’objet du chapitre 17 : aucun énoncé de cette fiche ne les utilise. Les espaces de dimension infinie n’y apparaissent qu’à travers les exemples , et les espaces de fonctions, sans aucune étude générale.
1Structure de -espace vectoriel
Définition. Un -espace vectoriel est un ensemble muni d’une loi interne et d’une loi externe telles que soit un groupe abélien et que, pour tous et ,
Les éléments de sont les vecteurs, ceux de les scalaires ; le neutre de est noté . On écrit pour .
Propriété — règles de calcul. Pour et : , , , et
Idée de preuve. , d’où en simplifiant dans le groupe ; si avec , alors — c’est ici qu’on utilise que est un corps.
et, plus généralement, tout produit d’un nombre fini d’espaces (opérations composante par composante) ; et ; et (la structure d’anneau n’intervient pas ici) ; (suites) et (suites presque nulles, c’est-à-dire nulles à partir d’un certain rang) ; , ensemble des applications d’un ensemble dans un espace , pour et .
est un -espace vectoriel, mais aussi un -espace vectoriel (en restreignant les scalaires) : une famille peut être libre pour l’une de ces structures et liée pour l’autre. Ainsi est liée dans le -espace vectoriel (car ) et libre dans le -espace vectoriel . Toujours préciser le corps de base.
Définition. Une famille de scalaires est presque nulle (ou à support fini) lorsque est fini. Pour une famille de vecteurs de , on appelle combinaison linéaire de cette famille tout vecteur , où est une famille presque nulle de scalaires — la somme ne portant en réalité que sur l’ensemble fini des indices tels que . Pour une famille finie c’est simplement , sans condition. Par convention, la combinaison linéaire de la famille vide est .
2Sous-espaces vectoriels
Définition. Une partie de est un sous-espace vectoriel de lorsque est non vide et stable par et par la loi externe. Un sous-espace vectoriel, muni des lois induites, est lui-même un -espace vectoriel ; c’est de très loin la façon la plus économique de prouver qu’un ensemble est un espace vectoriel.
Théorème — caractérisation d’un sous-espace vectoriel. Soit . Alors
La condition « » peut être remplacée par « », et la seconde par « , , ».
Idée de preuve (exigible). Si est un sous-espace, il est non vide : il contient un , donc , et la stabilité donne . Réciproquement, donne , et les choix puis donnent les deux stabilités.
Méthode — rédaction type. pour montrer que est un sous-espace vectoriel : (i) dire de quel espace on prétend que est un sous-espace, et vérifier ; (ii) vérifier ; (iii) prendre et quelconques, et montrer en revenant à la condition qui définit . Conclure.
et (sous-espaces triviaux) ; pour , la droite vectorielle ; dans , un plan vectoriel avec non colinéaires. — et dans . — Dans : matrices symétriques , antisymétriques , diagonales, triangulaires supérieures, de trace nulle, commutant avec une matrice fixée ; pas , qui ne contient pas . — Dans : suites bornées, convergentes, de limite nulle, presque nulles, vérifiant . — Dans : fonctions paires, impaires, bornées, continues, dérivables, de classe , -périodiques, nulles en , solutions d’une équation différentielle linéaire homogène.
Théorème — intersection. Si est une famille quelconque non vide de sous-espaces vectoriels de , alors est un sous-espace vectoriel de .
Idée de preuve. appartient à chaque donc à l’intersection ; si sont dans l’intersection et , alors pour chaque , donc dans l’intersection.
Si et sont deux sous-espaces de , alors est un sous-espace vectoriel si et seulement si ou . Dans , la réunion des deux axes n’est pas un sous-espace : elle contient et , mais pas leur somme. Le bon objet est la somme (bloc 5).
Propriété — systèmes linéaires homogènes. Pour , l’ensemble est un sous-espace vectoriel de : l’ensemble des solutions d’un système linéaire homogène à inconnues est un sous-espace vectoriel de , dont la méthode du pivot fournit une famille génératrice explicite.
3Sous-espace engendré par une partie
Théorème — et définition. Soit une partie de . L’ensemble des combinaisons linéaires d’éléments de (avec , cas ) est un sous-espace vectoriel de contenant , et c’est le plus petit : pour tout sous-espace vectoriel de ,
On l’appelle sous-espace engendré par . C’est aussi l’intersection de tous les sous-espaces vectoriels de contenant .
Idée de preuve (exigible). contient et est stable par combinaison linéaire (concaténer deux combinaisons linéaires en donne une troisième) : c’est un sous-espace, et il contient (cas , ). Si est un sous-espace contenant , une récurrence sur donne , d’où . Ainsi est l’un des sous-espaces contenant et est inclus dans tous les autres : c’est leur intersection.
Notation. Pour une famille, on note , et dans le cas fini.
Propriété. Pour : ; ; est un sous-espace vectoriel ; enfin .
Méthode — montrer . double inclusion, chacune par le théorème ci-dessus : il suffit de vérifier que chaque vecteur de est combinaison linéaire de , et réciproquement. On ne vérifie jamais l’égalité « élément par élément ».
Propriété — opérations qui ne changent pas le . On ne modifie pas en permutant deux vecteurs, en multipliant l’un d’eux par un scalaire non nul, en lui ajoutant une combinaison linéaire des autres, ou en supprimant un vecteur combinaison linéaire des autres.
4Familles génératrices, familles libres, bases
Définition. Une famille de vecteurs de est génératrice de lorsque , c’est-à-dire lorsque tout vecteur de est combinaison linéaire de la famille. On dit aussi qu’elle engendre .
Définition. Une famille finie est libre lorsque
Elle est liée dans le cas contraire, c’est-à-dire s’il existe une relation linéaire non triviale entre ses vecteurs. Une famille quelconque est libre lorsque toute sous-famille finie est libre ; de façon équivalente, lorsque la seule famille presque nulle telle que est la famille nulle.
Remarque — cas limites. la famille vide est libre et engendre ; est libre ; est liée et sont colinéaires ; toute famille contenant ou deux fois le même vecteur est liée ; toute sous-famille d’une famille libre est libre.
Propriété — ajout d’un vecteur à une famille libre. Soient une famille libre de et . Alors
Idée de preuve. Si , la relation est non triviale : la famille est liée. Réciproquement, d’une relation on tire, si , que ; donc , puis tous les sont nuls par liberté.
Théorème — polynômes de degrés distincts. Toute famille finie de polynômes non nuls de de degrés deux à deux distincts est libre.
Idée de preuve (exigible). Soient non nuls de degrés deux à deux distincts et avec les non tous nuls. Soit l’indice, parmi ceux tels que , pour lequel est maximal : il est unique puisque les degrés sont distincts. Le coefficient de dans la somme vaut alors , ce qui contredit la nullité du polynôme. Donc tous les sont nuls.
Définition. Une base de est une famille à la fois libre et génératrice de .
Théorème — coordonnées. Une famille de est une base de si et seulement si tout vecteur de s’écrit d’une unique manière avec presque nulle. Les scalaires sont les coordonnées de dans .
Idée de preuve (exigible). L’existence de l’écriture pour tout est exactement le caractère générateur. Son unicité équivaut à la liberté : deux écritures d’un même diffèrent par une relation linéaire nulle, et réciproquement une relation linéaire non triviale fournit deux écritures distinctes de .
- : où ( en -ième position). Les coordonnées de sont ses composantes.
- : , matrices élémentaires ; les coordonnées de sont ses coefficients .
- : . : (famille infinie).
- : , où est la suite valant au rang et ailleurs. Cette famille n’engendre pas .
Théorème — bases de degrés échelonnés. Soient et des polynômes de tels que pour tout . Alors est une base de .
Idée de preuve. La famille est libre (degrés deux à deux distincts, polynômes non nuls). Pour le caractère générateur, on montre par récurrence sur que : si et si est le coefficient de dans , le polynôme (où est le coefficient dominant de ) est de degré .
Pour , la famille est une base de : les coordonnées de dans cette base sont les , par la formule de Taylor polynomiale (chapitre 14).
5Somme de deux sous-espaces, somme directe
Définition. Soient et deux sous-espaces vectoriels de . Leur somme est
Propriété. est un sous-espace vectoriel de , et c’est le plus petit sous-espace contenant : . De plus . Si et , alors : on obtient une famille génératrice de la somme en concaténant des familles génératrices.
Définition. La somme est directe lorsque tout vecteur de s’écrit d’une unique manière avec et . On note alors .
Théorème — caractérisation d’une somme directe.
Idée de preuve (exigible). Si la somme est directe et , alors sont deux décompositions de : l’unicité impose . Réciproquement, si et avec , , alors appartient à et à , donc est nul.
Définition. On dit que et sont supplémentaires dans lorsque , c’est-à-dire
Méthode — montrer que . deux rédactions. (1) Par les deux conditions : montrer (prendre et montrer ), puis (partir de et construire une décomposition). (2) Par analyse-synthèse : soit ; on suppose avec , , on en déduit les seules valeurs possibles de et (unicité), puis on vérifie qu’elles conviennent (existence). La seconde donne les deux conditions d’un coup et fournit la décomposition explicite.
(fonctions paires, fonctions impaires), avec où . — , avec . — : c’est la division euclidienne par . — Dans , un plan vectoriel et une droite vectorielle non contenue dans . — .
Supplémentaire complémentaire : deux supplémentaires ont toujours en commun. Un supplémentaire n’est pas unique : dans , la droite admet pour supplémentaire , mais aussi , et toute autre droite qu’elle-même. On dit « un supplémentaire », jamais « le ». Enfin ne donne que le caractère direct de la somme : sans , les sous-espaces ne sont pas supplémentaires dans .
Figure 1 — : tout vecteur se décompose d’une seule façon en , en « projetant » parallèlement à puis à .
- Montrer qu’un ensemble est un espace vectoriel en le reconnaissant comme sous-espace d’un espace de référence ; montrer qu’une partie n’en est pas un (, ou contre-exemple de stabilité). Décrire un sous-espace par une famille génératrice (pivot sur un système homogène) et, inversement, décrire un par des équations.
- Montrer qu’une famille est libre : partir de et en déduire — par identification de coefficients, évaluation en des points bien choisis, dérivation, passage à la limite, ou argument de degré.
- Montrer qu’une famille est une base : liberté et caractère générateur (aucun argument de dimension ici) ; calculer des coordonnées. Déterminer et , décider si la somme est directe, montrer que deux sous-espaces sont supplémentaires par analyse-synthèse.
- Un par des équations. Soit dans . Alors si et seulement s’il existe tel que , , , ce qui équivaut à : est le plan vectoriel d’équation .
- Une famille libre de fonctions. Soit dans . En évaluant en , , : , , ; la somme des deux équations extrêmes donne , d’où puis : la famille est libre.
- Une somme directe. Dans , si avec et constante, l’évaluation en impose et , qui conviennent : .
- Oublier de vérifier (ou ) : c’est la moitié de la caractérisation, et le test qui élimine le plus vite les fausses pistes (, , , les suites croissantes).
- Confondre et ; croire que est un sous-espace ; confondre supplémentaire et complémentaire ; dire « le supplémentaire ».
- Conclure à partir de la seule condition : il manque .
- Oublier les cas limites (famille vide, famille , deux vecteurs égaux) ; écrire ; ne pas préciser le corps de base et conclure à tort qu’une famille est liée ( dans vu comme -espace vectoriel).
- Manipuler une « combinaison linéaire infinie » : seules les familles presque nulles de scalaires ont un sens ; ainsi est une base de , mais n’engendre pas .
- Utiliser un argument de dimension (« trois vecteurs libres de forment une base ») : c’est le chapitre 17. Ici, une base se démontre en deux temps.