désigne ou . Dans toute la fiche, est un -espace vectoriel de dimension finie , et une base de . On note la signature d’une permutation (chapitre 19). L’existence du déterminant est admise ; tout le reste est démontré.
1Formes -linéaires alternées
Définition. Une application est -linéaire si elle est linéaire en chacune de ses variables, les autres étant fixées. Elle est alternée si elle s’annule dès que deux de ses variables sont égales, et antisymétrique si l’échange de deux variables change son signe. On note l’ensemble des formes -linéaires alternées sur .
Théorème — propriétés d’une forme -linéaire alternée. Soit et .
Antisymétrie : est antisymétrique, et plus généralement, pour toute ,
- Nullité sur une famille liée : si est liée, alors .
- Invariance : est inchangée si l’on remplace par (, ) ; elle est multipliée par si l’on remplace par .
Idée de preuve (exigible). Antisymétrie : en développant par bilinéarité en ces deux places, les deux termes « diagonaux » sont nuls, d’où ; le cas général suit en décomposant en transpositions, étant un morphisme. Famille liée : si , la linéarité en la -ième place donne une somme de termes ayant deux variables égales. Invariance : même argument, le terme ayant deux variables égales.
Remarque. Une forme -linéaire n’est pas linéaire : . Ici « alternée » et « antisymétrique » sont équivalentes car est ou (donc ).
2Déterminant d’une famille de vecteurs dans une base
Théorème — existence et unicité. Il existe une unique forme -linéaire alternée sur telle que ; on la note . De plus
L’existence est admise (elle n’est pas exigible) ; l’unicité et le fait que soit une droite vectorielle se démontrent.
Idée de preuve de l’unicité (exigible). Soit . En écrivant et en développant par -linéarité, on obtient une somme sur toutes les applications ; les termes où n’est pas injective ont deux variables égales, donc sont nuls, et il ne reste que les , pour lesquelles :
Ainsi est entièrement déterminée par le scalaire , ce qui donne à la fois l’unicité et .
Propriété — expression en coordonnées. Avec : . Cette formule a termes : elle sert à démontrer, jamais à calculer dès que .
Théorème — caractérisation des bases. est une base de .
Idée de preuve (exigible). Si la famille est liée, s’annule. Si c’est une base , alors existe et le théorème précédent appliqué à donne ; en évaluant en : , donc .
Propriété — changement de base. Si et sont deux bases de , alors pour toute famille ,
et en particulier .
Figure 1 — est l’aire orientée , l’unité étant l’aire construite sur ; en dimension , c’est un volume orienté.
3Déterminant d’un endomorphisme
Définition — et théorème. Pour , le scalaire ne dépend pas de la base choisie : on l’appelle déterminant de , noté .
Idée de preuve. est -linéaire alternée, donc ; en évaluant en et en utilisant , on obtient .
Propriété. Pour , et :
- ;
- ; ; ;
- , et alors : est un morphisme de groupes de dans .
Idée de preuve. La composée s’obtient en appliquant deux fois le premier point : , et l’on évalue en . Pour l’équivalence : si et seulement si est une base, c’est-à-dire si et seulement si .
Remarque. Dans une base adaptée : ; un projecteur de rang avec a un déterminant nul ; la symétrie associée à a pour déterminant .
4Déterminant d’une matrice carrée
Définition. Pour , est le déterminant de la famille des colonnes de dans la base canonique de ; on le note aussi entre barres verticales, et . Si a pour matrice dans une base , alors ; si a pour matrice dans , alors .
Théorème — propriétés. Pour et :
- est -linéaire alternée par rapport aux colonnes, et aussi par rapport aux lignes ;
- ; ; ; ;
- , et alors ;
- deux matrices semblables ont le même déterminant : .
Idée de preuve (exigible). : est la matrice de , où sont les endomorphismes de canoniquement associés, et l’on applique . : dans la somme sur , le changement d’indice est une bijection, et . Le caractère alterné en lignes s’en déduit.
en général : pour et , alors que . La multiplication de toute la matrice par multiplie chacune des colonnes par , d’où le facteur . Enfin n’a aucun sens pour une matrice non carrée, et deux matrices de même déterminant n’ont aucune raison d’être semblables.
5Calcul pratique d’un déterminant
Propriété — petites tailles. , et (règle de Sarrus : les trois « diagonales descendantes » moins les trois « montantes », valable uniquement pour ).
Propriété — matrice triangulaire. Le déterminant d’une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure), en particulier diagonale, est le produit de ses coefficients diagonaux ; elle est donc inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls.
Théorème — effet des opérations élémentaires. Soit de déterminant . Les trois opérations élémentaires, sur les lignes comme sur les colonnes, transforment ainsi :
- (échange, ) : le déterminant devient ;
- (dilatation) : le déterminant devient ;
- (transvection, ) : le déterminant reste égal à .
Définition. Pour (), on note la matrice obtenue en supprimant la -ième ligne et la -ième colonne. Le cofacteur de en position est .
Théorème — développement selon une ligne ou une colonne. Pour (), et pour toute colonne et toute ligne fixées : (développement selon la colonne ) et (selon la ligne ). Les signes se disposent en damier, en commençant par en haut à gauche.
Méthode — calculer un déterminant. (1) développer selon une ligne ou une colonne riche en zéros ; (2) sinon en créer par des (qui ne changent rien), puis développer ; (3) ou trianguler par le pivot, en comptant les échanges et les facteurs sortis. Penser à factoriser une ligne ou une colonne, et à exploiter la structure.
6Déterminants classiques
Théorème — déterminant de Vandermonde. Pour , le déterminant de la matrice vaut
qui est non nul si et seulement si les sont deux à deux distincts.
Idée de preuve (exigible). Récurrence sur : on effectue pour de à (dans cet ordre), ce qui met en première colonne et en position ; on développe selon la première colonne, puis on factorise dans chaque colonne : il reste .
Remarque — lien avec les polynômes de Lagrange. Pour des distincts, traduit que est un isomorphisme de sur : c’est l’interpolation de Lagrange.
Propriété — déterminant tridiagonal. Si est le déterminant de la matrice de diagonale , de sur-diagonale et de sous-diagonale (zéros ailleurs), alors, en développant selon la première colonne puis la première ligne du cofacteur obtenu,
On conclut avec la théorie des suites récurrentes linéaires d’ordre .
Méthode — déterminant dont toutes les lignes ont la même somme. faire pour faire apparaître une colonne constante, la factoriser, puis créer des zéros par . Exemple : le déterminant de diagonale et de coefficients ailleurs vaut .
7Comatrice et inverse
Définition. La comatrice de () est la matrice de ses cofacteurs : avec .
Théorème. Pour toute : Par conséquent, si est inversible,
Idée de preuve (exigible). Le coefficient de est : c’est le développement selon la ligne . Pour , le coefficient est : c’est le développement, selon la ligne , du déterminant de la matrice obtenue à partir de en remplaçant la ligne par la ligne — matrice ayant deux lignes égales, donc de déterminant nul.
Remarque. En taille , donne , d’où la formule connue . Dès , la comatrice est un outil théorique : le pivot de Gauss est bien plus rapide pour inverser.
8Systèmes de Cramer
Définition. Un système de Cramer est un système linéaire de équations à inconnues dont la matrice est inversible, c’est-à-dire . Il admet alors une unique solution.
Théorème — formules de Cramer. Si , l’unique solution de a pour coordonnées pour , où est obtenue en remplaçant la -ième colonne de par .
Idée de preuve. Le système s’écrit ( : colonnes de ). En remplaçant par cette somme dans et en développant par linéarité en la -ième place, les termes ont deux colonnes égales : il reste .
Remarque. Ces formules servent à discuter (dépendance en un paramètre, caractère entier d’une solution), pas à calculer : un système demanderait cinq déterminants d’ordre .
- Calculer un déterminant d’ordre ou (opérations élémentaires puis développement), et contrôler par une seconde méthode.
- Décider si une famille est une base, une matrice inversible, un endomorphisme un automorphisme — et discuter selon un paramètre.
- Exploiter , , , et l’invariance par similitude.
- Calculer un déterminant d’ordre : structure remarquable, factorisation, ou relation de récurrence (cas tridiagonal).
- Écrire la comatrice, vérifier , en déduire ; résoudre un système de Cramer.
On crée des zéros dans la première colonne sans changer (, ), on développe selon cette colonne (signe ), puis on recommence (, ) :
Contrôle par Sarrus sur le déterminant d’ordre : . ✓ Comme , la matrice est inversible.
- Écrire , ou oublier l’exposant dans .
- Se tromper de signe dans un cofacteur : il vaut , en damier à partir de en .
- Croire que ne change rien, ou oublier le d’un échange de lignes.
- Écrire sans transposer ; appliquer Sarrus en taille .