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MPSI · Mathématiques · Algèbre · Chapitre 20

Déterminants

Fiche de cours9 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026

K\mathbb{K} désigne R\R ou C\C. Dans toute la fiche, EE est un K\mathbb{K}-espace vectoriel de dimension finie n⩾1n\geq1, et e=(e1,…,en)e=(e_{1},\dots,e_{n}) une base de EE. On note ε(σ)\varepsilon(\sigma) la signature d’une permutation σ∈Sn\sigma\in\mathfrak{S}_{n} (chapitre 19). L’existence du déterminant est admise ; tout le reste est démontré.

1Formes nn-linéaires alternées

Définition. Une application f:En→Kf:E^{n}\to\mathbb{K} est nn-linéaire si elle est linéaire en chacune de ses nn variables, les autres étant fixées. Elle est alternée si elle s’annule dès que deux de ses variables sont égales, et antisymétrique si l’échange de deux variables change son signe. On note Λn(E)\Lambda_{n}(E) l’ensemble des formes nn-linéaires alternées sur EE.

Théorème — propriétés d’une forme nn-linéaire alternée. Soit f∈Λn(E)f\in\Lambda_{n}(E) et (x1,…,xn)∈En(x_{1},\dots,x_{n})\in E^{n}.

Formulaire
  • Antisymétrie : ff est antisymétrique, et plus généralement, pour toute σ∈Sn\sigma\in\mathfrak{S}_{n},

    f(xσ(1),…,xσ(n))=ε(σ) f(x1,…,xn).f\bigl(x_{\sigma(1)},\dots,x_{\sigma(n)}\bigr)=\varepsilon(\sigma)\,f(x_{1},\dots,x_{n}).
  • Nullité sur une famille liée : si (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) est liée, alors f(x1,…,xn)=0f(x_{1},\dots,x_{n})=0.
  • Invariance : ff est inchangée si l’on remplace xix_{i} par xi+λxjx_{i}+\lambda x_{j} (i≠ji\neq j, λ∈K\lambda\in\mathbb{K}) ; elle est multipliée par λ\lambda si l’on remplace xix_{i} par λxi\lambda x_{i}.

Idée de preuve (exigible). Antisymétrie : en développant f(…,xi+xj,…,xi+xj,… )=0f(\dots,x_{i}+x_{j},\dots,x_{i}+x_{j},\dots)=0 par bilinéarité en ces deux places, les deux termes « diagonaux » sont nuls, d’où f(…,xi,…,xj,… )=−f(…,xj,…,xi,… )f(\dots,x_{i},\dots,x_{j},\dots)=-f(\dots,x_{j},\dots,x_{i},\dots) ; le cas général suit en décomposant σ\sigma en transpositions, ε\varepsilon étant un morphisme. Famille liée : si xi=∑j≠iλjxjx_{i}=\sum_{j\neq i}\lambda_{j}x_{j}, la linéarité en la ii-ième place donne une somme de termes ayant deux variables égales. Invariance : même argument, le terme λf(…,xj,… )\lambda f(\dots,x_{j},\dots) ayant deux variables égales.

Remarque. Une forme nn-linéaire n’est pas linéaire : f(λx1,…,λxn)=λnf(x1,…,xn)f(\lambda x_{1},\dots,\lambda x_{n})=\lambda^{n}f(x_{1},\dots,x_{n}). Ici « alternée » et « antisymétrique » sont équivalentes car K\mathbb{K} est R\R ou C\C (donc 2≠02\neq0).

2Déterminant d’une famille de vecteurs dans une base

Théorème — existence et unicité. Il existe une unique forme nn-linéaire alternée ff sur EE telle que f(e1,…,en)=1f(e_{1},\dots,e_{n})=1 ; on la note det⁡e\det\nolimits_{e}. De plus

Λn(E)=K⋅det⁡e :∀f∈Λn(E),f=f(e1,…,en) det⁡e.\boxed{\Lambda_{n}(E)=\mathbb{K}\cdot\det\nolimits_{e}\ :\qquad \forall f\in\Lambda_{n}(E),\quad f=f(e_{1},\dots,e_{n})\,\det\nolimits_{e}.}

L’existence est admise (elle n’est pas exigible) ; l’unicité et le fait que Λn(E)\Lambda_{n}(E) soit une droite vectorielle se démontrent.

Idée de preuve de l’unicité (exigible). Soit f∈Λn(E)f\in\Lambda_{n}(E). En écrivant xj=∑i=1naijeix_{j}=\sum_{i=1}^{n}a_{ij}e_{i} et en développant par nn-linéarité, on obtient une somme sur toutes les applications φ:⟦1 ;n⟧→⟦1 ;n⟧\varphi:\intent{1}{n}\to\intent{1}{n} ; les termes où φ\varphi n’est pas injective ont deux variables égales, donc sont nuls, et il ne reste que les φ=σ∈Sn\varphi=\sigma\in\mathfrak{S}_{n}, pour lesquelles f(eσ(1),…,eσ(n))=ε(σ)f(e1,…,en)f\bigl(e_{\sigma(1)},\dots,e_{\sigma(n)}\bigr)=\varepsilon(\sigma)f(e_{1},\dots,e_{n}) :

f(x1,…,xn)=(∑σ∈Snε(σ)∏j=1naσ(j)j)f(e1,…,en).f(x_{1},\dots,x_{n})=\left(\sum_{\sigma\in\mathfrak{S}_{n}}\varepsilon(\sigma)\prod_{j=1}^{n}a_{\sigma(j)j}\right)f(e_{1},\dots,e_{n}).

Ainsi ff est entièrement déterminée par le scalaire f(e1,…,en)f(e_{1},\dots,e_{n}), ce qui donne à la fois l’unicité et f=f(e) det⁡ef=f(e)\,\det\nolimits_{e}.

Propriété — expression en coordonnées. Avec xj=∑iaijeix_{j}=\sum_{i}a_{ij}e_{i} :  det⁡e(x1,…,xn)=∑σ∈Snε(σ)∏j=1naσ(j)j\ \det\nolimits_{e}(x_{1},\dots,x_{n})=\sum_{\sigma\in\mathfrak{S}_{n}}\varepsilon(\sigma)\prod_{j=1}^{n}a_{\sigma(j)j}. Cette formule a n!n! termes : elle sert à démontrer, jamais à calculer dès que n⩾4n\geq4.

Théorème — caractérisation des bases. (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) est une base de EE   ⟺  \iff det⁡e(x1,…,xn)≠0\det\nolimits_{e}(x_{1},\dots,x_{n})\neq0.

Idée de preuve (exigible). Si la famille est liée, det⁡e\det\nolimits_{e} s’annule. Si c’est une base e′e', alors det⁡e′\det\nolimits_{e'} existe et le théorème précédent appliqué à f=det⁡e′f=\det\nolimits_{e'} donne det⁡e′=det⁡e′(e) det⁡e\det\nolimits_{e'}=\det\nolimits_{e'}(e)\,\det\nolimits_{e} ; en évaluant en e′e' : 1=det⁡e′(e) det⁡e(e′)1=\det\nolimits_{e'}(e)\,\det\nolimits_{e}(e'), donc det⁡e(e′)≠0\det\nolimits_{e}(e')\neq0.

Propriété — changement de base. Si ee et e′e' sont deux bases de EE, alors pour toute famille (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}),

det⁡e′(x1,…,xn)=det⁡e′(e1,…,en)×det⁡e(x1,…,xn),\det\nolimits_{e'}(x_{1},\dots,x_{n})=\det\nolimits_{e'}(e_{1},\dots,e_{n})\times\det\nolimits_{e}(x_{1},\dots,x_{n}),

et en particulier  det⁡e(e′)×det⁡e′(e)=1\ \det\nolimits_{e}(e')\times\det\nolimits_{e'}(e)=1.

Figure 1 — det⁡e(x1,x2)\det\nolimits_{e}(x_{1},x_{2}) est l’aire orientée ±A\pm\mathcal{A}, l’unité étant l’aire construite sur ee ; en dimension 33, c’est un volume orienté.

3Déterminant d’un endomorphisme

Définition — et théorème. Pour u∈L(E)u\in\mathcal{L}(E), le scalaire det⁡e(u(e1),…,u(en))\det\nolimits_{e}\bigl(u(e_{1}),\dots,u(e_{n})\bigr) ne dépend pas de la base ee choisie : on l’appelle déterminant de uu, noté det⁡u\det u.

Idée de preuve. f:(x1,…,xn)↦det⁡e(u(x1),…,u(xn))f:(x_{1},\dots,x_{n})\mapsto\det\nolimits_{e}\bigl(u(x_{1}),\dots,u(x_{n})\bigr) est nn-linéaire alternée, donc f=f(e) det⁡ef=f(e)\,\det\nolimits_{e} ; en évaluant en e′e' et en utilisant det⁡e′=det⁡e′(e) det⁡e\det\nolimits_{e'}=\det\nolimits_{e'}(e)\,\det\nolimits_{e}, on obtient det⁡e′(u(ej′))=f(e)\det\nolimits_{e'}\bigl(u(e'_{j})\bigr)=f(e).

Propriété. Pour u,v∈L(E)u,v\in\mathcal{L}(E), λ∈K\lambda\in\mathbb{K} et (x1,…,xn)∈En(x_{1},\dots,x_{n})\in E^{n} :

Formulaire
  • det⁡e(u(x1),…,u(xn))=det⁡(u) det⁡e(x1,…,xn)\det\nolimits_{e}\bigl(u(x_{1}),\dots,u(x_{n})\bigr)=\det(u)\,\det\nolimits_{e}(x_{1},\dots,x_{n}) ;
  • det⁡(id⁡E)=1\det(\operatorname{id}_{E})=1 ; det⁡(λu)=λndet⁡u\det(\lambda u)=\lambda^{n}\det u ; det⁡(v∘u)=det⁡v×det⁡u\boxed{\det(v\circ u)=\det v\times\det u} ;
  • u∈GL(E)  ⟺  det⁡u≠0\boxed{u\in\mathrm{GL}(E)\iff\det u\neq0}, et alors det⁡(u−1)=1det⁡u\det\bigl(u^{-1}\bigr)=\dfrac{1}{\det u} : det⁡\det est un morphisme de groupes de (GL(E),∘)\bigl(\mathrm{GL}(E),\circ\bigr) dans (K∗,×)(\mathbb{K}^{*},\times).

Idée de preuve. La composée s’obtient en appliquant deux fois le premier point : det⁡(v∘u)det⁡e(x)=det⁡e(v(u(xi)))=det⁡(v) det⁡e(u(xi))=det⁡vdet⁡u det⁡e(x)\det(v\circ u)\det\nolimits_{e}(x)=\det\nolimits_{e}\bigl(v(u(x_{i}))\bigr)=\det(v)\,\det\nolimits_{e}\bigl(u(x_{i})\bigr)=\det v\det u\,\det\nolimits_{e}(x), et l’on évalue en x=ex=e. Pour l’équivalence : u∈GL(E)u\in\mathrm{GL}(E) si et seulement si (u(e1),…,u(en))\bigl(u(e_{1}),\dots,u(e_{n})\bigr) est une base, c’est-à-dire si et seulement si det⁡e(u(e1),… )=det⁡u≠0\det\nolimits_{e}\bigl(u(e_{1}),\dots\bigr)=\det u\neq0.

Remarque. Dans une base adaptée : det⁡(λ id⁡E)=λn\det(\lambda\,\operatorname{id}_{E})=\lambda^{n} ; un projecteur de rang rr avec 0<r<n0<r<n a un déterminant nul ; la symétrie associée à E=F⊕GE=F\oplus G a pour déterminant (−1)dim⁡G(-1)^{\dim G}.

4Déterminant d’une matrice carrée

Définition. Pour A=(aij)∈Mn(K)A=(a_{ij})\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}), det⁡A\det A est le déterminant de la famille des colonnes de AA dans la base canonique de Kn\mathbb{K}^{n} ; on le note aussi entre barres verticales, et  det⁡A=∑σ∈Snε(σ)∏j=1naσ(j)j\ \det A=\sum_{\sigma\in\mathfrak{S}_{n}}\varepsilon(\sigma)\prod_{j=1}^{n}a_{\sigma(j)j}. Si u∈L(E)u\in\mathcal{L}(E) a pour matrice AA dans une base ee, alors det⁡u=det⁡A\det u=\det A ; si (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) a pour matrice AA dans ee, alors det⁡e(x1,…,xn)=det⁡A\det\nolimits_{e}(x_{1},\dots,x_{n})=\det A.

Théorème — propriétés. Pour A,B∈Mn(K)A,B\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) et λ∈K\lambda\in\mathbb{K} :

Formulaire
  • det⁡\det est nn-linéaire alternée par rapport aux colonnes, et aussi par rapport aux lignes ;
  • det⁡(t ⁣A)=det⁡A\boxed{\det\bigl({}^{t}\!A\bigr)=\det A} ; det⁡(AB)=det⁡A×det⁡B\boxed{\det(AB)=\det A\times\det B} ; det⁡(λA)=λndet⁡A\boxed{\det(\lambda A)=\lambda^{n}\det A} ; det⁡In=1\det I_{n}=1 ;
  • A∈GLn(K)  ⟺  det⁡A≠0\boxed{A\in\mathrm{GL}_{n}(\mathbb{K})\iff\det A\neq0}, et alors det⁡(A−1)=1det⁡A\det\bigl(A^{-1}\bigr)=\dfrac{1}{\det A} ;
  • deux matrices semblables ont le même déterminant : det⁡(P−1AP)=det⁡A\det\bigl(P^{-1}AP\bigr)=\det A.

Idée de preuve (exigible). det⁡(AB)\det(AB) : ABAB est la matrice de u∘vu\circ v, où u,vu,v sont les endomorphismes de Kn\mathbb{K}^{n} canoniquement associés, et l’on applique det⁡(u∘v)=det⁡udet⁡v\det(u\circ v)=\det u\det v. det⁡t ⁣A=det⁡A\det{}^{t}\!A=\det A : dans la somme sur Sn\mathfrak{S}_{n}, le changement d’indice σ↦σ−1\sigma\mapsto\sigma^{-1} est une bijection, ε(σ−1)=ε(σ)\varepsilon(\sigma^{-1})=\varepsilon(\sigma) et ∏jajσ(j)=∏iaσ−1(i)i\prod_{j}a_{j\sigma(j)}=\prod_{i}a_{\sigma^{-1}(i)i}. Le caractère alterné en lignes s’en déduit.

Attention

det⁡(A+B)≠det⁡A+det⁡B\det(A+B)\neq\det A+\det B en général : pour A=I2A=I_{2} et B=−I2B=-I_{2}, det⁡(A+B)=0\det(A+B)=0 alors que det⁡A+det⁡B=2\det A+\det B=2. La multiplication de toute la matrice par λ\lambda multiplie chacune des nn colonnes par λ\lambda, d’où le facteur λn\lambda^{n}. Enfin det⁡\det n’a aucun sens pour une matrice non carrée, et deux matrices de même déterminant n’ont aucune raison d’être semblables.

5Calcul pratique d’un déterminant

Propriété — petites tailles.  ∣abcd∣=ad−bc\ \begin{vmatrix}a&b\\ c&d\end{vmatrix}=ad-bc, et  ∣abcdefghi∣=aei+bfg+cdh−ceg−afh−bdi\ \begin{vmatrix}a&b&c\\ d&e&f\\ g&h&i\end{vmatrix}=aei+bfg+cdh-ceg-afh-bdi (règle de Sarrus : les trois « diagonales descendantes » moins les trois « montantes », valable uniquement pour n=3n=3).

Propriété — matrice triangulaire. Le déterminant d’une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure), en particulier diagonale, est le produit de ses coefficients diagonaux ; elle est donc inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls.

Théorème — effet des opérations élémentaires. Soit A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) de déterminant DD. Les trois opérations élémentaires, sur les lignes comme sur les colonnes, transforment DD ainsi :

Formulaire
  • Li↔LjL_{i}\leftrightarrow L_{j} (échange, i≠ji\neq j) : le déterminant devient −D-D ;
  • Li←λLiL_{i}\leftarrow\lambda L_{i} (dilatation) : le déterminant devient λD\lambda D ;
  • Li←Li+λLjL_{i}\leftarrow L_{i}+\lambda L_{j} (transvection, j≠ij\neq i) : le déterminant reste égal à DD.

Définition. Pour A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) (n⩾2n\geq2), on note Aij∈Mn−1(K)A_{ij}\in\mathcal{M}_{n-1}(\mathbb{K}) la matrice obtenue en supprimant la ii-ième ligne et la jj-ième colonne. Le cofacteur de AA en position (i,j)(i,j) est  cij=(−1)i+jdet⁡Aij\ c_{ij}=(-1)^{i+j}\det A_{ij}.

Théorème — développement selon une ligne ou une colonne. Pour A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) (n⩾2n\geq2), et pour toute colonne jj et toute ligne ii fixées :  det⁡A=∑k=1nakj ckj\ \det A=\sum_{k=1}^{n}a_{kj}\,c_{kj} (développement selon la colonne jj) et det⁡A=∑k=1naik cik\det A=\sum_{k=1}^{n}a_{ik}\,c_{ik} (selon la ligne ii). Les signes (−1)i+j(-1)^{i+j} se disposent en damier, en commençant par ++ en haut à gauche.

Méthode — calculer un déterminant. (1) développer selon une ligne ou une colonne riche en zéros ; (2) sinon en créer par des Li←Li+λLjL_{i}\leftarrow L_{i}+\lambda L_{j} (qui ne changent rien), puis développer ; (3) ou trianguler par le pivot, en comptant les échanges et les facteurs sortis. Penser à factoriser une ligne ou une colonne, et à exploiter la structure.

6Déterminants classiques

Théorème — déterminant de Vandermonde. Pour x1,…,xn∈Kx_{1},\dots,x_{n}\in\mathbb{K}, le déterminant de la matrice (xj i−1)1⩽i,j⩽n\bigl(x_{j}^{\,i-1}\bigr)_{1\leq i,j\leq n} vaut

V(x1,…,xn)=∣11⋯1x1x2⋯xn⋮⋮⋮x1n−1x2n−1⋯xnn−1∣=∏1⩽i<j⩽n(xj−xi),V(x_{1},\dots,x_{n})=\begin{vmatrix} 1&1&\cdots&1\\ x_{1}&x_{2}&\cdots&x_{n}\\ \vdots&\vdots& &\vdots\\ x_{1}^{n-1}&x_{2}^{n-1}&\cdots&x_{n}^{n-1} \end{vmatrix}=\prod_{1\leq i<j\leq n}\bigl(x_{j}-x_{i}\bigr),

qui est non nul si et seulement si les xix_{i} sont deux à deux distincts.

Idée de preuve (exigible). Récurrence sur nn : on effectue Lk←Lk−x1Lk−1L_{k}\leftarrow L_{k}-x_{1}L_{k-1} pour kk de nn à 22 (dans cet ordre), ce qui met t ⁣(1,0,…,0){}^{t}\!(1,0,\dots,0) en première colonne et xjk−2(xj−x1)x_{j}^{k-2}(x_{j}-x_{1}) en position (k,j)(k,j) ; on développe selon la première colonne, puis on factorise (xj−x1)(x_{j}-x_{1}) dans chaque colonne j⩾2j\geq2 : il reste ∏j=2n(xj−x1) V(x2,…,xn)\prod_{j=2}^{n}(x_{j}-x_{1})\,V(x_{2},\dots,x_{n}).

Remarque — lien avec les polynômes de Lagrange. Pour des xix_{i} distincts, V≠0V\neq0 traduit que P↦(P(x1),…,P(xn))P\mapsto\bigl(P(x_{1}),\dots,P(x_{n})\bigr) est un isomorphisme de Kn−1[X]\mathbb{K}_{n-1}[X] sur Kn\mathbb{K}^{n} : c’est l’interpolation de Lagrange.

Propriété — déterminant tridiagonal. Si DnD_{n} est le déterminant de la matrice n×nn\times n de diagonale aa, de sur-diagonale bb et de sous-diagonale cc (zéros ailleurs), alors, en développant selon la première colonne puis la première ligne du cofacteur obtenu,

Dn=a Dn−1−bc Dn−2(n⩾3),D1=a,D2=a2−bc.\boxed{D_{n}=a\,D_{n-1}-bc\,D_{n-2}}\qquad(n\geq3),\qquad D_{1}=a,\quad D_{2}=a^{2}-bc.

On conclut avec la théorie des suites récurrentes linéaires d’ordre 22.

Méthode — déterminant dont toutes les lignes ont la même somme. faire C1←C1+C2+⋯+CnC_{1}\leftarrow C_{1}+C_{2}+\dots+C_{n} pour faire apparaître une colonne constante, la factoriser, puis créer des zéros par Li←Li−L1L_{i}\leftarrow L_{i}-L_{1}. Exemple : le déterminant de diagonale aa et de coefficients bb ailleurs vaut (a−b)n−1(a+(n−1)b)(a-b)^{n-1}\bigl(a+(n-1)b\bigr).

7Comatrice et inverse

Définition. La comatrice de A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) (n⩾2n\geq2) est la matrice de ses cofacteurs : Com(A)=(cij)1⩽i,j⩽n\mathrm{Com}(A)=\bigl(c_{ij}\bigr)_{1\leq i,j\leq n} avec cij=(−1)i+jdet⁡Aijc_{ij}=(-1)^{i+j}\det A_{ij}.

Théorème. Pour toute A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) :  A×t ⁣Com(A)=t ⁣Com(A)×A=det⁡(A) In.\ \boxed{A\times{}^{t}\!\mathrm{Com}(A)={}^{t}\!\mathrm{Com}(A)\times A=\det(A)\,I_{n}.} Par conséquent, si AA est inversible,

A−1=1det⁡A t ⁣Com(A).\boxed{A^{-1}=\frac{1}{\det A}\,{}^{t}\!\mathrm{Com}(A).}

Idée de preuve (exigible). Le coefficient (i,i)(i,i) de A t ⁣Com(A)A\,{}^{t}\!\mathrm{Com}(A) est ∑jaijcij=det⁡A\sum_{j}a_{ij}c_{ij}=\det A : c’est le développement selon la ligne ii. Pour i≠ki\neq k, le coefficient (i,k)(i,k) est ∑jaijckj\sum_{j}a_{ij}c_{kj} : c’est le développement, selon la ligne kk, du déterminant de la matrice obtenue à partir de AA en remplaçant la ligne kk par la ligne ii — matrice ayant deux lignes égales, donc de déterminant nul.

Remarque. En taille 22, A=(abcd)A=\begin{pmatrix}a&b\\ c&d\end{pmatrix} donne Com(A)=(d−c−ba)\mathrm{Com}(A)=\begin{pmatrix}d&-c\\ -b&a\end{pmatrix}, d’où la formule connue A−1=1ad−bc(d−b−ca)A^{-1}=\frac{1}{ad-bc}\begin{pmatrix}d&-b\\ -c&a\end{pmatrix}. Dès n=3n=3, la comatrice est un outil théorique : le pivot de Gauss est bien plus rapide pour inverser.

8Systèmes de Cramer

Définition. Un système de Cramer est un système linéaire AX=BAX=B de nn équations à nn inconnues dont la matrice A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) est inversible, c’est-à-dire det⁡A≠0\det A\neq0. Il admet alors une unique solution.

Théorème — formules de Cramer. Si det⁡A≠0\det A\neq0, l’unique solution de AX=BAX=B a pour coordonnées  xj=det⁡Aj Bdet⁡A\ x_{j}=\dfrac{\det A_{j}^{\,B}}{\det A} pour j∈⟦1 ;n⟧j\in\intent{1}{n}, où Aj BA_{j}^{\,B} est obtenue en remplaçant la jj-ième colonne de AA par BB.

Idée de preuve. Le système s’écrit ∑kxkCk=B\sum_{k}x_{k}C_{k}=B (CkC_{k} : colonnes de AA). En remplaçant BB par cette somme dans det⁡Aj B\det A_{j}^{\,B} et en développant par linéarité en la jj-ième place, les termes k≠jk\neq j ont deux colonnes égales : il reste xjdet⁡Ax_{j}\det A.

Remarque. Ces formules servent à discuter (dépendance en un paramètre, caractère entier d’une solution), pas à calculer : un système 4×44\times4 demanderait cinq déterminants d’ordre 44.

Savoir-faire
  • Calculer un déterminant d’ordre 33 ou 44 (opérations élémentaires puis développement), et contrôler par une seconde méthode.
  • Décider si une famille est une base, une matrice inversible, un endomorphisme un automorphisme — et discuter selon un paramètre.
  • Exploiter det⁡(AB)=det⁡Adet⁡B\det(AB)=\det A\det B, det⁡t ⁣A=det⁡A\det{}^{t}\!A=\det A, det⁡(λA)=λndet⁡A\det(\lambda A)=\lambda^{n}\det A, det⁡(A−1)=1/det⁡A\det\bigl(A^{-1}\bigr)=1/\det A et l’invariance par similitude.
  • Calculer un déterminant d’ordre nn : structure remarquable, factorisation, ou relation de récurrence (cas tridiagonal).
  • Écrire la comatrice, vérifier A t ⁣Com(A)=det⁡(A)InA\,{}^{t}\!\mathrm{Com}(A)=\det(A)I_{n}, en déduire A−1A^{-1} ; résoudre un système de Cramer.
Exempleun déterminant d’ordre 4, mené jusqu’au contrôle

On crée des zéros dans la première colonne sans changer DD (L2←L2−2L1L_{2}\leftarrow L_{2}-2L_{1}, L4←L4−L1L_{4}\leftarrow L_{4}-L_{1}), on développe selon cette colonne (signe ++), puis on recommence (L2←L2+L1L_{2}\leftarrow L_{2}+L_{1}, L3←L3−2L1L_{3}\leftarrow L_{3}-2L_{1}) :

D=∣1201231001211012∣=∣12010−11−201210−211∣=∣−11−2121−211∣=∣−11−203−10−15∣=−1×(15−1)=−14.D=\begin{vmatrix}1&2&0&1\\ 2&3&1&0\\ 0&1&2&1\\ 1&0&1&2\end{vmatrix}=\begin{vmatrix}1&2&0&1\\ 0&-1&1&-2\\ 0&1&2&1\\ 0&-2&1&1\end{vmatrix} =\begin{vmatrix}-1&1&-2\\ 1&2&1\\ -2&1&1\end{vmatrix} =\begin{vmatrix}-1&1&-2\\ 0&3&-1\\ 0&-1&5\end{vmatrix}=-1\times(15-1)=-14.

Contrôle par Sarrus sur le déterminant d’ordre 33 : −2−2−2−8+1−1=−14-2-2-2-8+1-1=-14. ✓ Comme D≠0D\neq0, la matrice est inversible.

Pièges
  • Écrire det⁡(A+B)=det⁡A+det⁡B\det(A+B)=\det A+\det B, ou oublier l’exposant dans det⁡(λA)=λndet⁡A\det(\lambda A)=\lambda^{n}\det A.
  • Se tromper de signe dans un cofacteur : il vaut (−1)i+j(-1)^{i+j}, en damier à partir de ++ en (1,1)(1,1).
  • Croire que Li←λLiL_{i}\leftarrow\lambda L_{i} ne change rien, ou oublier le −1-1 d’un échange de lignes.
  • Écrire A−1=1det⁡ACom(A)A^{-1}=\frac{1}{\det A}\mathrm{Com}(A) sans transposer ; appliquer Sarrus en taille 44.

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

1

Exercices de base

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Les bases : calcul en petite taille, opérations élémentaires, cofacteurs, comatrice, Cramer

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 2 hsans calculatrice

  1. Déterminants d’ordre 2 et 3Difficulté 1 sur 3
  2. Calculer sans calculerDifficulté 1 sur 3
  3. Opérations élémentairesDifficulté 1 sur 3
  4. Développement selon une ligne ou une colonneDifficulté 2 sur 3
  5. Inversibilité selon un paramètreDifficulté 2 sur 3
  6. Est-ce une base ?Difficulté 1 sur 3
  7. Déterminant d’un endomorphismeDifficulté 2 sur 3
  8. Produits, puissances, inversesDifficulté 2 sur 3
  9. Comatrice et inverseDifficulté 2 sur 3
  10. Un système de CramerDifficulté 2 sur 3
  11. Déterminant de Vandermonde en petite tailleDifficulté 2 sur 3
  12. Un déterminant d’ordre nnDifficulté 2 sur 3
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Exercices d'application

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Déterminants d’ordre nn, circulants, tridiagonaux, comatrice, Vandermonde et interpolation

10 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hsans calculatrice

  1. Diagonale aa, coefficients bb ailleursDifficulté 2 sur 3
  2. Un déterminant circulant d’ordre 3Difficulté 2 sur 3
  3. Un déterminant tridiagonalDifficulté 2 sur 3
  4. Matrices antisymétriquesDifficulté 2 sur 3
  5. Changement de base et déterminant d’une familleDifficulté 2 sur 3
  6. Autour de la comatriceDifficulté 2 sur 3
  7. Vandermonde et interpolationDifficulté 2 sur 3
  8. Rang d’une matrice dépendant d’un paramètreDifficulté 2 sur 3
  9. Le déterminant de la matrice des minimumsDifficulté 2 sur 3
  10. Complément — deux algorithmes de calcul en PythonDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Deux déterminants7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Un endomorphisme de M2(R)\mathcal{M}_{2}(\R)8 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Un déterminant à paramètre7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Vandermonde, comatrice et interpolation8 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

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Démonstrations du cours refaites, déterminants par blocs, comatrice, déterminants classiques

8 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hexercices d’oral et classiques du programme

  1. L’expression du déterminant par les permutationsDifficulté 3 sur 3
  2. Λn(E)\Lambda_{n}(E) est une droite vectorielleDifficulté 3 sur 3
  3. Déterminant par blocs (hors programme)Difficulté 3 sur 3
  4. Une perturbation de rang 1 de l’identitéDifficulté 3 sur 3
  5. Matrices inversibles à coefficients entiersDifficulté 3 sur 3
  6. Rang de la comatriceDifficulté 3 sur 3
  7. Un déterminant nul par un argument de rangDifficulté 3 sur 3
  8. Le déterminant de la matrice de PascalDifficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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Matrices circulantes, déterminant de Vandermonde et racines de l’unité

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Un inverse par la comatriceDifficulté 1 sur 3
  2. Une dimension forcément paireDifficulté 2 sur 3
  3. Un déterminant à coefficients ±1\pm1Difficulté 2 sur 3
  4. Un déterminant positifDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables