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MPSI · Mathématiques · Procédés sommatoires discrets · Chapitre 25

Séries et familles sommables

Fiche de cours9 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026

1Séries numériques : vocabulaire et premiers théorèmes

Définition. Soit (un)n∈N(u_{n})_{n\in\N} une suite d’éléments de K=R\mathbb{K}=\R ou C\C. La série de terme général unu_{n}, notée ∑un\sum u_{n}, est la donnée de la suite (Sn)(S_{n}) de ses sommes partielles Sn=∑k=0nukS_{n}=\sum_{k=0}^{n}u_{k}. Elle converge si (Sn)(S_{n}) converge ; sa limite est alors sa somme ∑n=0+∞un\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n}, et Rn=S−Sn=∑k=n+1+∞ukR_{n}=S-S_{n}=\sum_{k=n+1}^{+\infty}u_{k} est son reste d’ordre nn (qui tend vers 00). Sinon elle diverge. La nature d’une série est le fait qu’elle converge ou qu’elle diverge.

AttentionTrois objets à ne jamais confondre

La suite (un)(u_{n}), la suite des sommes partielles (Sn)(S_{n}) et, lorsqu’elle existe, la somme ∑n=0+∞un\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n}. « La série tend vers 00 » n’a aucun sens ; et le symbole ∑n=0+∞un\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n} est interdit tant que la convergence n’est pas établie.

Notation. Si (un)(u_{n}) n’est définie qu’à partir de n0n_{0}, on note ∑n⩾n0un\sum_{n\geq n_{0}}u_{n}. Modifier un nombre fini de termes ne change pas la nature de la série (mais change la somme).

Propriété — linéarité. Si ∑un\sum u_{n} et ∑vn\sum v_{n} convergent et si (λ,μ)∈K2(\lambda,\mu)\in\mathbb{K}^{2}, alors ∑(λun+μvn)\sum(\lambda u_{n}+\mu v_{n}) converge, de somme λ∑n=0+∞un+μ∑n=0+∞vn\lambda\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n}+\mu\sum_{n=0}^{+\infty}v_{n}. Si ∑un\sum u_{n} converge et ∑vn\sum v_{n} diverge, ∑(un+vn)\sum(u_{n}+v_{n}) diverge (la somme de deux séries divergentes est de nature indéterminée). Pour un∈Cu_{n}\in\C, ∑un\sum u_{n} converge si et seulement si ∑Re⁡(un)\sum\Ree(u_{n}) et ∑Im⁡(un)\sum\Imm(u_{n}) convergent, et alors Re⁡(∑n=0+∞un)=∑n=0+∞Re⁡(un)\Ree\left(\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n}\right)=\sum_{n=0}^{+\infty}\Ree(u_{n}).

Théorème — condition nécessaire. Si ∑un\sum u_{n} converge, alors un→0u_{n}\to0. Par contraposée, si (un)(u_{n}) ne tend pas vers 00, ∑un\sum u_{n} diverge : on dit qu’elle diverge grossièrement. Idée de preuve (exigible) : un=Sn−Sn−1→S−S=0u_{n}=S_{n}-S_{n-1}\to S-S=0.

Remarque. La réciproque est fausse : 1n→0\frac1n\to0 et ∑1n\sum\frac1n diverge. Ce critère ne démontre jamais une convergence.

Théorème — lien suite-série. Soit (an)(a_{n}) une suite de K\mathbb{K}. La suite (an)(a_{n}) converge si et seulement si la série télescopique ∑(an+1−an)\sum\left(a_{n+1}-a_{n}\right) converge, et alors ∑n=0+∞(an+1−an)=lim⁡an−a0\sum_{n=0}^{+\infty}\left(a_{n+1}-a_{n}\right)=\lim a_{n}-a_{0}. Idée de preuve (exigible) : ∑k=0n(ak+1−ak)=an+1−a0\sum_{k=0}^{n}\left(a_{k+1}-a_{k}\right)=a_{n+1}-a_{0} (télescopage) ; les suites (Sn)(S_{n}) et (an+1)(a_{n+1}) ne diffèrent que de la constante a0a_{0}.

Méthode — deux lectures d’un même énoncé. pour étudier une suite, étudier la série de ses accroissements ; pour sommer une série, chercher à écrire un=an+1−anu_{n}=a_{n+1}-a_{n} (télescopage).

2Les séries de référence

Théorème — série géométrique. Soit q∈Cq\in\C. La série ∑qn\sum q^{n} converge si et seulement si ∣q∣<1\abs{q}<1, et alors

∑n=0+∞qn=11−q,∑n=N+∞qn=qN1−q,Rn=qn+11−q.\sum_{n=0}^{+\infty}q^{n}=\frac{1}{1-q},\qquad \sum_{n=N}^{+\infty}q^{n}=\frac{q^{N}}{1-q},\qquad R_{n}=\frac{q^{n+1}}{1-q}.

Idée de preuve (exigible). Si q≠1q\neq1, Sn=1−qn+11−qS_{n}=\frac{1-q^{n+1}}{1-q} et qn→0q^{n}\to0 dès que ∣q∣<1\abs{q}<1 ; si ∣q∣⩾1\abs{q}\geq1, ∣qn∣⩾1\abs{q^{n}}\geq1 ne tend pas vers 00 (divergence grossière), et Sn=n+1S_{n}=n+1 si q=1q=1.

Théorème — séries de Riemann. Soit α∈R\alpha\in\R. La série ∑n⩾11nα\displaystyle\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^{\alpha}} converge si et seulement si α>1\alpha>1. En particulier la série harmonique ∑1n\sum\frac1n diverge et ∑1n2\sum\frac{1}{n^{2}} converge. Démonstration exigible, par la méthode des rectangles (ci-dessous).

Théorème — exponentielle. Pour tout z∈Cz\in\C, ∑znn!\sum\frac{z^{n}}{n!} est absolument convergente et  ez=∑n=0+∞znn!\ \boxed{\e^{z}=\displaystyle\sum_{n=0}^{+\infty}\frac{z^{n}}{n!}}

Idée de preuve. Convergence absolue : pour n⩾N⩾2∣z∣n\geq N\geq2\abs{z} on a ∣z∣n+1(n+1)!⩽12∣z∣nn!\frac{\abs{z}^{n+1}}{(n+1)!}\leq\frac12\frac{\abs{z}^{n}}{n!}, donc ∣z∣nn!⩽∣z∣NN!2N−n\frac{\abs{z}^{n}}{n!}\leq\frac{\abs{z}^{N}}{N!}2^{N-n} : domination par une série géométrique. Somme : la formule de Taylor avec reste intégral (chapitre 21) appliquée à g:t↦etzg:t\mapsto\e^{tz} sur [0 ;1]\intff{0}{1}, de classe C∞C^{\infty} avec g(k)(t)=zketzg^{(k)}(t)=z^{k}\e^{tz}, donne ez−∑k=0nzkk!=zn+1n!∫01(1−t)netz ⁣dt\e^{z}-\sum_{k=0}^{n}\frac{z^{k}}{k!}=\frac{z^{n+1}}{n!}\int_{0}^{1}(1-t)^{n}\e^{tz}\dd t, de module majoré par ∣z∣n+1(n+1)!e∣z∣→0\frac{\abs{z}^{n+1}}{(n+1)!}\e^{\abs{z}}\to0.

3Séries à termes positifs ou nuls

Théorème — critère fondamental. Si un⩾0u_{n}\geq0 pour tout nn, la suite (Sn)(S_{n}) est croissante et  ∑un\ \sum u_{n} converge   ⟺  (Sn)\iff(S_{n}) est majorée. Sinon Sn→+∞S_{n}\to+\infty, et l’on écrit ∑n=0+∞un=+∞\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n}=+\infty.

Théorème — comparaison et équivalence. Soient (un)(u_{n}), (vn)(v_{n}) deux suites réelles.

Formulaire
  • Comparaison : si 0⩽un⩽vn0\leq u_{n}\leq v_{n} à partir d’un certain rang, la convergence de ∑vn\sum v_{n} entraîne celle de ∑un\sum u_{n} (avec ∑un⩽∑vn\sum u_{n}\leq\sum v_{n}), et la divergence de ∑un\sum u_{n} entraîne celle de ∑vn\sum v_{n}.
  • Équivalence : si (un)(u_{n}) et (vn)(v_{n}) sont positives à partir d’un certain rang et si un∼vnu_{n}\sim v_{n}, les séries ∑un\sum u_{n} et ∑vn\sum v_{n} sont de même nature.

Idées de preuve (exigibles). Comparaison : Sn⩽Tn⩽∑k=0+∞vkS_{n}\leq T_{n}\leq\sum_{k=0}^{+\infty}v_{k}, donc (Sn)(S_{n}) est croissante majorée. Équivalence : pour nn assez grand 12vn⩽un⩽32vn\frac12v_{n}\leq u_{n}\leq\frac32v_{n} (définition de ∼\sim avec ε=12\varepsilon=\frac12), puis comparaison dans les deux sens.

Attention

Le signe constant est indispensable : avec un=(−1)nn+1nu_{n}=\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}+\frac1n et vn=(−1)nnv_{n}=\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}, on a un∼vnu_{n}\sim v_{n} alors que ∑vn\sum v_{n} converge et ∑un\sum u_{n} diverge. Et l’équivalence ne donne jamais l’égalité des sommes, seulement la même nature.

Théorème — méthode des rectangles. Soit ff continue par morceaux et décroissante sur [1 ;+∞[\intfo{1}{+\infty}. Pour tout k⩾2k\geq2,

∫kk+1 ⁣ ⁣f(t) ⁣dt ⩽ f(k) ⩽ ∫k−1k ⁣ ⁣f(t) ⁣dt,\int_{k}^{k+1}\!\!f(t)\dd t\ \leq\ f(k)\ \leq\ \int_{k-1}^{k}\!\!f(t)\dd t,

d’où, en sommant de k=2k=2 à k=nk=n et en télescopant (Chasles),

∫2n+1 ⁣ ⁣f ⩽ ∑k=2nf(k) ⩽ ∫1n ⁣ ⁣f.\int_{2}^{n+1}\!\!f\ \leq\ \sum_{k=2}^{n}f(k)\ \leq\ \int_{1}^{n}\!\!f.

Si de plus f⩾0f\geq0, la série ∑f(n)\sum f(n) converge si et seulement si la suite (∫1nf)n⩾1\left(\int_{1}^{n}f\right)_{n\geq1} est majorée.

Figure 1 — ff décroissante : le rectangle de hauteur f(k)f(k) posé à droite de kk est sous la courbe, celui posé à gauche est au-dessus.

Méthode — nature des séries de Riemann, démonstration exigible. on applique le théorème à f:t↦t−αf:t\mapsto t^{-\alpha}, positive décroissante sur [1 ;+∞[\intfo{1}{+\infty} dès que α>0\alpha>0. Si α⩽0\alpha\leq0, 1nα↛0\frac{1}{n^{\alpha}}\not\to0 : divergence grossière. Si α>0\alpha>0 et α≠1\alpha\neq1, ∫1nt−α ⁣dt=n1−α−11−α\int_{1}^{n}t^{-\alpha}\dd t=\frac{n^{1-\alpha}-1}{1-\alpha}, suite majorée si et seulement si α>1\alpha>1. Si α=1\alpha=1, ∫1n ⁣dtt=ln⁡n→+∞\int_{1}^{n}\frac{\dd t}{t}=\ln n\to+\infty : divergence, et l’encadrement donne ln⁡(n+1)⩽∑k=1n1k⩽1+ln⁡n\ln(n+1)\leq\sum_{k=1}^{n}\frac1k\leq1+\ln n, donc ∑k=1n1k∼ln⁡n\sum_{k=1}^{n}\frac1k\sim\ln n.

4Convergence absolue et séries alternées

Définition. ∑un\sum u_{n} (à termes dans R\R ou C\C) est absolument convergente si la série à termes positifs ∑∣un∣\sum\abs{u_{n}} converge.

Théorème. Toute série absolument convergente converge, et ∣∑n=0+∞un∣⩽∑n=0+∞∣un∣\left|\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n}\right|\leq\sum_{n=0}^{+\infty}\abs{u_{n}}. Critère de domination : si (un)(u_{n}) est à valeurs complexes, (vn)(v_{n}) à valeurs dans R+\R_{+}, un=O(vn)u_{n}=O(v_{n}) et ∑vn\sum v_{n} converge, alors ∑un\sum u_{n} est absolument convergente, donc convergente.

Idée de preuve (exigible). Cas réel : un+=max⁡(un,0)u_{n}^{+}=\max(u_{n},0) et un−=max⁡(−un,0)u_{n}^{-}=\max(-u_{n},0) sont positifs, majorés par ∣un∣\abs{u_{n}}, et un=un+−un−u_{n}=u_{n}^{+}-u_{n}^{-} ; les séries ∑un±\sum u_{n}^{\pm} convergent par comparaison, puis ∑un\sum u_{n} par linéarité. Cas complexe : séparer Re⁡\Ree et Im⁡\Imm, majorés en module par ∣un∣\abs{u_{n}}.

Attention

La réciproque est fausse : ∑(−1)nn\sum\frac{(-1)^{n}}{n} converge sans converger absolument (série semi-convergente). Au programme, les seules séries semi-convergentes étudiées sont celles fournies par le théorème des séries alternées. Le critère de Cauchy est hors programme, et la règle de d’Alembert ne figure pas au programme.

Théorème — séries alternées. Soit (un)(u_{n}) une suite réelle positive, décroissante, de limite nulle. Alors ∑(−1)nun\sum(-1)^{n}u_{n} converge, et en notant SS sa somme :

Formulaire
  • S2n+1⩽S⩽S2nS_{2n+1}\leq S\leq S_{2n} : les sommes partielles d’indice pair majorent SS, celles d’indice impair la minorent ;
  • RnR_{n} est du signe de (−1)n+1(-1)^{n+1}, c’est-à-dire du signe du premier terme négligé ;
  • ∣Rn∣⩽un+1\boxed{\abs{R_{n}}\leq u_{n+1}} : le reste est majoré par le premier terme négligé ; en particulier 0⩽S⩽u00\leq S\leq u_{0}.

Idée de preuve (exigible). (S2n)(S_{2n}) et (S2n+1)(S_{2n+1}) sont adjacentes : S2n+2−S2n=u2n+2−u2n+1⩽0S_{2n+2}-S_{2n}=u_{2n+2}-u_{2n+1}\leq0, S2n+3−S2n+1=u2n+2−u2n+3⩾0S_{2n+3}-S_{2n+1}=u_{2n+2}-u_{2n+3}\geq0 et S2n−S2n+1=u2n+1→0S_{2n}-S_{2n+1}=u_{2n+1}\to0 ; elles convergent donc vers une limite commune SS avec S2n+1⩽S⩽S2nS_{2n+1}\leq S\leq S_{2n}, d’où R2n∈[−u2n+1 ;0]R_{2n}\in\intff{-u_{2n+1}}{0} et R2n+1∈[0 ;u2n+2]R_{2n+1}\in\intff{0}{u_{2n+2}}.

Remarque — la décroissance est indispensable. et doit être démontrée : avec u2k=1k+1u_{2k}=\frac{1}{k+1} et u2k+1=1(k+1)2u_{2k+1}=\frac{1}{(k+1)^{2}}, la suite (un)(u_{n}) tend vers 00 sans être décroissante, et ∑(−1)nun\sum(-1)^{n}u_{n} diverge.

5Familles sommables de réels positifs

Notation — calcul dans [0 ;+∞[\intfo{0}{+\infty}. on prolonge l’ordre et l’addition de R+\R_{+} à [0 ;+∞[=R+∪{+∞}\intfo{0}{+\infty}=\R_{+}\cup\ens{+\infty} par x⩽+∞x\leq+\infty et x+(+∞)=+∞x+(+\infty)=+\infty. Toute partie non vide AA y admet une borne supérieure : sup⁡A\sup A au sens usuel si AA est majorée dans R\R, et +∞+\infty sinon.

Définition. Soient II un ensemble quelconque, F(I)\mathcal{F}(I) l’ensemble de ses parties finies et (ui)i∈I(u_{i})_{i\in I} une famille d’éléments de [0 ;+∞[\intfo{0}{+\infty}. On pose

 ∑i∈Iui=sup⁡{ ∑i∈Fui ; F∈F(I) }∈[0 ;+∞[ \boxed{\ \sum_{i\in I}u_{i}=\sup\left\{\ \sum_{i\in F}u_{i}\ ;\ F\in\mathcal{F}(I)\ \right\}\in\intfo{0}{+\infty}\ }

(avec ∑i∈∅ui=0\sum_{i\in\varnothing}u_{i}=0). La famille est sommable lorsque ∑i∈Iui<+∞\sum_{i\in I}u_{i}<+\infty.

Remarque. Cette définition n’utilise aucun ordre sur II : on somme « en vrac ». Elle redonne la somme usuelle si II est fini ; pour I=NI=\N, une famille positive (un)n∈N(u_{n})_{n\in\N} est sommable si et seulement si la série ∑un\sum u_{n} converge, avec la même somme.

Propriété — opérations. Pour (ui)i∈I(u_{i})_{i\in I}, (vi)i∈I(v_{i})_{i\in I} à valeurs dans [0 ;+∞[\intfo{0}{+\infty} et λ∈R+∗\lambda\in\R_{+}^{*} : ∑i∈I(ui+vi)=∑i∈Iui+∑i∈Ivi\sum_{i\in I}(u_{i}+v_{i})=\sum_{i\in I}u_{i}+\sum_{i\in I}v_{i},  ∑i∈Iλui=λ∑i∈Iui\ \sum_{i\in I}\lambda u_{i}=\lambda\sum_{i\in I}u_{i}, et ui⩽viu_{i}\leq v_{i} pour tout ii entraîne ∑i∈Iui⩽∑i∈Ivi\sum_{i\in I}u_{i}\leq\sum_{i\in I}v_{i}. Pour toute bijection σ:J→I\sigma:J\to I,  ∑j∈Juσ(j)=∑i∈Iui\ \sum_{j\in J}u_{\sigma(j)}=\sum_{i\in I}u_{i} : la somme est invariante par permutation.

Théorème — sommation par paquets, puis Fubini positif. Soit (ui)i∈I(u_{i})_{i\in I} une famille d’éléments de [0 ;+∞[\intfo{0}{+\infty}.

  • Si (Ij)j∈J(I_{j})_{j\in J} est une partition de II, alors, dans [0 ;+∞[\intfo{0}{+\infty},  ∑i∈Iui=∑j∈J(∑i∈Ijui)\ \displaystyle\sum_{i\in I}u_{i}=\sum_{j\in J}\left(\sum_{i\in I_{j}}u_{i}\right).
  • Cas d’un produit : pour une famille (ui,j)(i,j)∈I×J(u_{i,j})_{(i,j)\in I\times J},  ∑(i,j)∈I×Jui,j=∑i∈I(∑j∈Jui,j)=∑j∈J(∑i∈Iui,j)\ \displaystyle\sum_{(i,j)\in I\times J}u_{i,j}=\sum_{i\in I}\left(\sum_{j\in J}u_{i,j}\right)=\sum_{j\in J}\left(\sum_{i\in I}u_{i,j}\right),

en partitionnant I×JI\times J en « lignes » {i}×J\ens{i}\times J puis en « colonnes » I×{j}I\times\ens{j}. La démonstration est hors programme.

Attention

Ces égalités valent sans aucune hypothèse de sommabilité : la positivité seule les justifie, et chaque membre est fini si et seulement si l’autre l’est — c’est précisément ainsi qu’on établit la sommabilité. Pour une famille de signe variable, c’est faux sans sommabilité préalable.

6Familles sommables de nombres complexes

Définition. Une famille (ui)i∈I(u_{i})_{i\in I} de nombres complexes est sommable si ∑i∈I∣ui∣<+∞\sum_{i\in I}\abs{u_{i}}<+\infty ; l’ensemble de ces familles se note ℓ1(I)\boxed{\ell^{1}(I)}. On lui associe alors un unique nombre complexe ∑i∈Iui\sum_{i\in I}u_{i}, qui prolonge la somme finie. Pour I=NI=\N, (un)∈ℓ1(N)(u_{n})\in\ell^{1}(\N) équivaut à la convergence absolue de ∑un\sum u_{n}, et ∑n∈Nun=∑n=0+∞un\sum_{n\in\N}u_{n}=\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n}.

Propriété. Soient (ui)i∈I,(vi)i∈I∈ℓ1(I)(u_{i})_{i\in I},(v_{i})_{i\in I}\in\ell^{1}(I) et (λ,μ)∈C2(\lambda,\mu)\in\C^{2}.

Formulaire
  • Domination : si (wi)i∈I(w_{i})_{i\in I} est complexe, (vi)(v_{i}) positive sommable et ∣wi∣⩽vi\abs{w_{i}}\leq v_{i} pour tout ii, alors (wi)∈ℓ1(I)(w_{i})\in\ell^{1}(I).
  • Linéarité : (λui+μvi)∈ℓ1(I)(\lambda u_{i}+\mu v_{i})\in\ell^{1}(I) et ∑i∈I(λui+μvi)=λ∑i∈Iui+μ∑i∈Ivi\sum_{i\in I}(\lambda u_{i}+\mu v_{i})=\lambda\sum_{i\in I}u_{i}+\mu\sum_{i\in I}v_{i} ; de plus ∣∑i∈Iui∣⩽∑i∈I∣ui∣\left|\sum_{i\in I}u_{i}\right|\leq\sum_{i\in I}\abs{u_{i}} et ∑i∈Iui‾=∑i∈Iui‾\sum_{i\in I}\overline{u_{i}}=\overline{\sum_{i\in I}u_{i}}.
  • Sous-famille : pour toute partie J⊂IJ\subset I, (ui)i∈J(u_{i})_{i\in J} est sommable. Invariance par permutation : pour toute bijection σ:J→I\sigma:J\to I, ∑j∈Juσ(j)=∑i∈Iui\sum_{j\in J}u_{\sigma(j)}=\sum_{i\in I}u_{i}.
  • Approximation : pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe F∈F(I)F\in\mathcal{F}(I) tel que ∣∑i∈Iui−∑i∈Fui∣⩽ε\left|\sum_{i\in I}u_{i}-\sum_{i\in F}u_{i}\right|\leq\varepsilon.

Théorème — paquets et Fubini. Soit (ui)i∈I∈ℓ1(I)(u_{i})_{i\in I}\in\ell^{1}(I) et (Ij)j∈J(I_{j})_{j\in J} une partition de II. Alors chaque (ui)i∈Ij(u_{i})_{i\in I_{j}} est sommable, la famille (∑i∈Ijui)j∈J\left(\sum_{i\in I_{j}}u_{i}\right)_{j\in J} est sommable et  ∑i∈Iui=∑j∈J(∑i∈Ijui)\ \sum_{i\in I}u_{i}=\sum_{j\in J}\left(\sum_{i\in I_{j}}u_{i}\right). En particulier, si (ui,j)(i,j)∈I×J(u_{i,j})_{(i,j)\in I\times J} est sommable,

∑(i,j)∈I×Jui,j=∑i∈I(∑j∈Jui,j)=∑j∈J(∑i∈Iui,j).\sum_{(i,j)\in I\times J}u_{i,j}=\sum_{i\in I}\left(\sum_{j\in J}u_{i,j}\right)=\sum_{j\in J}\left(\sum_{i\in I}u_{i,j}\right).

La démonstration est hors programme.

Méthode — la pratique recommandée par le programme. mener d’abord le calcul formel (échange de sommes, regroupement par paquets), puis le justifier : la sommabilité s’obtient en appliquant Fubini positif à la famille des modules, ce qui est toujours licite.

Théorème — famille produit, puis produit de Cauchy. Si (ai)i∈I∈ℓ1(I)(a_{i})_{i\in I}\in\ell^{1}(I) et (bi′)i′∈I′∈ℓ1(I′)(b_{i'})_{i'\in I'}\in\ell^{1}(I'), alors (aibi′)∈ℓ1(I×I′)\left(a_{i}b_{i'}\right)\in\ell^{1}(I\times I') et ∑(i,i′)aibi′=(∑i∈Iai)(∑i′∈I′bi′)\sum_{(i,i')}a_{i}b_{i'}=\left(\sum_{i\in I}a_{i}\right)\left(\sum_{i'\in I'}b_{i'}\right) (extension à un nombre fini de familles sommables, sans rédaction de la démonstration). En particulier, si ∑an\sum a_{n} et ∑bn\sum b_{n} sont absolument convergentes et si cn=∑k=0nakbn−kc_{n}=\sum_{k=0}^{n}a_{k}b_{n-k}, alors ∑cn\sum c_{n} est absolument convergente et

∑n=0+∞cn=(∑n=0+∞an)(∑n=0+∞bn).\sum_{n=0}^{+\infty}c_{n}=\left(\sum_{n=0}^{+\infty}a_{n}\right)\left(\sum_{n=0}^{+\infty}b_{n}\right).

Idée de preuve. La famille (apbq)\left(a_{p}b_{q}\right) est sommable sur N2\N^{2} ; on la somme par paquets selon les diagonales In={(p,q), p+q=n}I_{n}=\ens{(p,q),\ p+q=n}, qui partitionnent N2\N^{2}, et l’on a ∑(p,q)∈Inapbq=cn\sum_{(p,q)\in I_{n}}a_{p}b_{q}=c_{n}.

Remarque — l’exponentielle est un morphisme. avec an=znn!a_{n}=\frac{z^{n}}{n!} et bn=z′ nn!b_{n}=\frac{z'^{\,n}}{n!}, la formule du binôme donne cn=1n!∑k=0n(nk)zkz′ n−k=(z+z′)nn!c_{n}=\frac{1}{n!}\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}z^{k}z'^{\,n-k}=\frac{(z+z')^{n}}{n!}, d’où ezez′=ez+z′\e^{z}\e^{z'}=\e^{z+z'} : on retrouve que exp⁡\exp est un morphisme de (C,+)(\C,+) dans (C∗,×)(\C^{*},\times).

Savoir-faire
  • Conclure à la divergence grossière ; reconnaître une série géométrique, de Riemann, l’exponentielle ; sommer par télescopage. Série à termes positifs : comparer, équivalencer, encadrer par la méthode des rectangles.
  • Signe variable : convergence absolue par domination, ou théorème des séries alternées après avoir démontré la décroissance. Majorer un reste : ∣Rn∣=∣q∣n+1∣1−q∣\abs{R_{n}}=\frac{\abs{q}^{n+1}}{\abs{1-q}} (géométrique), ∣Rn∣⩽un+1\abs{R_{n}}\leq u_{n+1} (alternée), encadrement par rectangles.
  • Justifier la sommabilité d’une famille double par Fubini positif, puis calculer par paquets ou par Fubini ; appliquer le produit de Cauchy.
Exempletrois réflexes
  • Équivalence. un=ln⁡ ⁣(1+1n2)⩾0u_{n}=\ln\!\left(1+\frac{1}{n^{2}}\right)\geq0 et un∼1n2u_{n}\sim\frac{1}{n^{2}} : la série converge (Riemann, α=2>1\alpha=2>1).
  • Alternée. (1n+1)\left(\frac{1}{\sqrt{n+1}}\right) est positive, décroissante, de limite nulle : ∑(−1)nn+1\sum\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n+1}} converge, sans converger absolument (α=12⩽1\alpha=\frac12\leq1), et ∣Rn∣⩽1n+2\abs{R_{n}}\leq\frac{1}{\sqrt{n+2}}.
  • Fubini. Pour up,q=12p3q⩾0u_{p,q}=\frac{1}{2^{p}3^{q}}\geq0 sur N2\N^{2}, Fubini positif donne ∑(p,q)∈N2up,q=(∑p⩾02−p)(∑q⩾03−q)=2×32=3\sum_{(p,q)\in\N^{2}}u_{p,q}=\left(\sum_{p\geq0}2^{-p}\right)\left(\sum_{q\geq0}3^{-q}\right)=2\times\frac32=3 : famille sommable de somme 33.
Pièges
  • Écrire ∑n=0+∞un\sum_{n=0}^{+\infty}u_{n} avant d’avoir prouvé la convergence ; dire « la série tend vers 00 » ; conclure de un→0u_{n}\to0 à la convergence ; appliquer comparaison ou équivalence à une série dont le terme général change de signe ; croire que un∼vnu_{n}\sim v_{n} donne l’égalité des sommes.
  • Oublier la décroissance (séries alternées) ou la monotonie (rectangles) ; intervertir deux sommations infinies sans justifier la sommabilité sur les modules.
  • Utiliser le critère de Cauchy ou la règle de d’Alembert (hors programme) ; parler d’ensemble « dénombrable » (le programme indexe par un II quelconque et somme sur les parties finies).

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

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Exercices de base

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Les bases : nature d’une série, séries de référence, comparaison, séries alternées, familles sommables

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 2 h 30sans calculatrice

  1. Divergence grossièreDifficulté 1 sur 3
  2. Séries géométriquesDifficulté 1 sur 3
  3. TélescopagesDifficulté 1 sur 3
  4. Comparaison de séries à termes positifsDifficulté 1 sur 3
  5. Équivalence de séries à termes positifsDifficulté 2 sur 3
  6. Séries de Riemann et méthode des rectanglesDifficulté 2 sur 3
  7. Convergence absolueDifficulté 2 sur 3
  8. Une série alternée et son resteDifficulté 2 sur 3
  9. Majoration du reste d’une série de RiemannDifficulté 2 sur 3
  10. Familles sommables de réels positifsDifficulté 2 sur 3
  11. Produits de CauchyDifficulté 2 sur 3
  12. Vrai ou fauxDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

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Application : analyse asymptotique, méthode des rectangles, calculs approchés, familles doubles

9 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hun complément Python

  1. Six natures par développement asymptotiqueDifficulté 2 sur 3
  2. La méthode des rectangles au-delà des puissancesDifficulté 2 sur 3
  3. Un calcul exact, un reste majoré, un programmeDifficulté 2 sur 3
  4. Un produit infiniDifficulté 2 sur 3
  5. Deux séries de signe variable qui ne sont pas « alternées décroissantes »Difficulté 2 sur 3
  6. Sommation par paquets selon les diagonalesDifficulté 2 sur 3
  7. Deux produits de CauchyDifficulté 2 sur 3
  8. Sommation par paquets modulo 3Difficulté 2 sur 3
  9. Une même somme double, calculée dans les deux ordresDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Natures, sommes, et une famille double7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Une famille double et les sommes Z(s)Z(s)8 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Cinq natures, une somme, un produit de Cauchy7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. L’exponentielle complexe comme somme de série8 ptsDifficulté 3 sur 3
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Approfondissement

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Développements asymptotiques, contre-exemples, Cauchy-Schwarz, invariance par permutation

7 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hdeux compléments hors programme signalés

  1. Une domination géométrique à partir du rapportDifficulté 3 sur 3
  2. Développement asymptotique de ∑k=1n1k\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{\sqrt k}Difficulté 3 sur 3
  3. Un produit de Cauchy divergentDifficulté 3 sur 3
  4. Une interversion illiciteDifficulté 3 sur 3
  5. Cauchy-Schwarz et Minkowski pour les sériesDifficulté 3 sur 3
  6. L’invariance de la somme par permutationDifficulté 3 sur 3
  7. Les puissances de 11−x\frac{1}{1-x} par produits de CauchyDifficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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Les sommes Z(s)=∑n−sZ(s)=\sum n^{-s}, le nombre de diviseurs, et la série alternée associée

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Trois natures et une sommeDifficulté 1 sur 3
  2. Une somme télescopique déguiséeDifficulté 2 sur 3
  3. Une famille sommable indexée par les couplesDifficulté 2 sur 3
  4. Le reste d’une série alternéeDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables