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MPSI · Mathématiques · Analyse · Chapitre 8

Nombres réels et suites numériques

Fiche de cours11 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026

1Les ensembles de nombres usuels

Notation. N⊂Z⊂D⊂Q⊂R\N\subset\Z\subset\D\subset\Q\subset\R, où D={a10n, a∈Z, n∈N}\D=\ens{\frac{a}{10^{n}},\ a\in\Z,\ n\in\N} est l’ensemble des décimaux et Q={pq, p∈Z, q∈N∗}\Q=\ens{\frac{p}{q},\ p\in\Z,\ q\in\N^{*}} celui des rationnels ; les éléments de R∖Q\R\setminus\Q sont les irrationnels (2\sqrt2 en est un). Les constructions de ces ensembles, et en particulier celle de R\R, sont hors programme : on admet l’existence de R\R, corps totalement ordonné contenant Q\Q et vérifiant la propriété de la borne supérieure. On pose R‾=R∪{−∞,+∞}\overline{\R}=\R\cup\ens{-\infty,+\infty} (droite achevée), avec −∞<x<+∞-\infty<x<+\infty pour tout réel xx.

Définition — approximations décimales. Pour x∈Rx\in\R et n∈Nn\in\N, l’approximation décimale par défaut de xx à 10−n10^{-n} près est dn=⌊10nx⌋10nd_{n}=\frac{\left\lfloor 10^{n}x\right\rfloor}{10^{n}}, celle par excès est dn+10−nd_{n}+10^{-n} ; ainsi dn⩽x<dn+10−nd_{n}\leq x<d_{n}+10^{-n}, et (dn)(d_{n}) est une suite croissante de décimaux de limite xx.

Attention

R‾\overline{\R} n’est pas un corps : +∞+\infty n’est pas un nombre. Les expressions (+∞)+(−∞)(+\infty)+(-\infty), 0×(±∞)0\times(\pm\infty), ±∞±∞\frac{\pm\infty}{\pm\infty}, 00\frac{0}{0} restent indéfinies : ces « formes indéterminées » ne sont pas des règles de calcul, mais exactement les cas où le théorème d’opérations ne s’applique pas.

2Borne supérieure, borne inférieure

Définition. Soit A⊂RA\subset\R. Un réel MM est la borne supérieure de AA, notée sup⁡A\sup A, s’il est le plus petit des majorants de AA : MM majore AA, et tout majorant M′M' de AA vérifie M⩽M′M\leq M'. Symétriquement, inf⁡A\inf A est le plus grand des minorants. Ces bornes, quand elles existent, sont uniques.

Théorème — propriété de la borne supérieure – admise. Toute partie de R\R non vide et majorée admet une borne supérieure ; toute partie non vide et minorée admet une borne inférieure (appliquer le premier point à −A={−x, x∈A}-A=\ens{-x,\ x\in A} : inf⁡A=−sup⁡(−A)\inf A=-\sup(-A)).

Théorème — caractérisation de la borne supérieure. Soient A⊂RA\subset\R non vide et M∈RM\in\R. Alors

M=sup⁡A  ⟺  {∀x∈A, x⩽M(M majore A)∀ε>0, ∃x∈A, x>M−ε(aucun reˊel <M ne majore A)M=\sup A\iff\left\{\begin{array}{l}\forall x\in A,\ x\leq M\qquad\text{($M$ majore $A$)}\\[0.4mm] \forall\varepsilon>0,\ \exists x\in A,\ x>M-\varepsilon\qquad\text{(aucun réel $<M$ ne majore $A$)}\end{array}\right.

De même, m=inf⁡Am=\inf A si et seulement si mm minore AA et  ∀ε>0,∃x∈A, x<m+ε\ \forall\varepsilon>0,\exists x\in A,\ x<m+\varepsilon. Enfin, AA admet un maximum si et seulement si sup⁡A\sup A existe et appartient à AA, et alors max⁡A=sup⁡A\max A=\sup A.

Propriété — traduction séquentielle. Soit A⊂RA\subset\R non vide. Si AA est majorée, il existe une suite (an)(a_{n}) d’éléments de AA de limite sup⁡A\sup A ; si AA n’est pas majorée, il existe une suite d’éléments de AA de limite +∞+\infty.

Idée de preuve (exigible). Premier point : la caractérisation avec ε=1n+1\varepsilon=\frac{1}{n+1} fournit an∈Aa_{n}\in A tel que sup⁡A−1n+1<an⩽sup⁡A\sup A-\frac{1}{n+1}<a_{n}\leq\sup A ; on conclut par encadrement. Second point : « AA non majorée » s’écrit ∀M∈R,∃x∈A, x>M\forall M\in\R,\exists x\in A,\ x>M ; on prend M=nM=n.

Méthode — montrer que M=sup⁡AM=\sup A. deux étapes, jamais une seule : (i) MM majore AA ; (ii) aucun réel plus petit ne majore AA — soit en exhibant pour tout ε>0\varepsilon>0 un x∈Ax\in A avec x>M−εx>M-\varepsilon, soit en construisant une suite d’éléments de AA de limite MM. Si de plus M∈AM\in A, conclure M=max⁡AM=\max A.

Attention

sup⁡A\sup A n’appartient pas à AA en général : sup⁡[0 ;1[=1∉[0 ;1[\sup\intfo{0}{1}=1\notin\intfo{0}{1}. On n’écrit donc jamais « sup⁡A∈A\sup A\in A » sans preuve, et « MM majore AA » n’entraîne pas « M=sup⁡AM=\sup A ».

Théorème — caractérisation des intervalles. I⊂RI\subset\R est un intervalle si et seulement si  ∀(a,b)∈I2, a⩽b⟹[a ;b]⊂I\ \forall(a,b)\in I^{2},\ a\leq b\Longrightarrow\intff{a}{b}\subset I.

Définition. A⊂RA\subset\R est dense dans R\R si tout intervalle ouvert non vide rencontre AA :  ∀(x,y)∈R2, x<y⟹A∩]x ;y[≠∅\ \forall(x,y)\in\R^{2},\ x<y\Longrightarrow A\cap\intoo{x}{y}\neq\varnothing. Caractérisation séquentielle : AA est dense dans R\R si et seulement si tout réel est limite d’une suite d’éléments de AA.

Théorème. D\D, Q\Q et R∖Q\R\setminus\Q sont denses dans R\R.

Idée de preuve (exigible). Soient x<yx<y et n∈Nn\in\N tel que 10−n<y−x10^{-n}<y-x. Posons d=⌊10nx⌋+110n∈Dd=\frac{\left\lfloor 10^{n}x\right\rfloor+1}{10^{n}}\in\D : de ⌊10nx⌋⩽10nx<⌊10nx⌋+1\left\lfloor 10^{n}x\right\rfloor\leq10^{n}x<\left\lfloor 10^{n}x\right\rfloor+1 on tire x<d⩽x+10−n<yx<d\leq x+10^{-n}<y. Pour les irrationnels : ]x−2 ;y−2[\intoo{x-\sqrt2}{y-\sqrt2} contient un rationnel rr, et r+2∈]x ;y[r+\sqrt2\in\intoo{x}{y} est irrationnel (sinon 2=(r+2)−r∈Q\sqrt2=(r+\sqrt2)-r\in\Q).

3Généralités sur les suites réelles

Notation. Une suite réelle est une application u:N→Ru:\N\to\R, notée (un)(u_{n}). Trois modes de définition : explicite (un=f(n)u_{n}=f(n)), par récurrence (u0u_{0} donné et un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n}), ou relation à plusieurs termes), implicite (unu_{n} unique solution d’une équation dépendant de nn). Une propriété est vraie à partir d’un certain rang (apcr) s’il existe NN telle qu’elle soit vraie pour tout n⩾Nn\geq N. Enfin, (un)(u_{n}) est majorée si ∃M∈R,∀n∈N, un⩽M\exists M\in\R,\forall n\in\N,\ u_{n}\leq M ; minorée si ∃m∈R,∀n∈N, m⩽un\exists m\in\R,\forall n\in\N,\ m\leq u_{n} ; bornée si elle est majorée et minorée, ce qui équivaut à ∃M∈R+,∀n∈N, ∣un∣⩽M\exists M\in\R_{+},\forall n\in\N,\ \abs{u_{n}}\leq M ; croissante si un⩽un+1u_{n}\leq u_{n+1} pour tout nn (strictement si un<un+1u_{n}<u_{n+1}) ; stationnaire si elle est constante apcr.

Attention

L’ordre des quantificateurs est décisif : dans « ∃M,∀n\exists M,\forall n », le majorant est le même pour tous les indices ; « ∀n,∃M, un⩽M\forall n,\exists M,\ u_{n}\leq M » est vrai pour toute suite et ne dit rien. Une suite non majorée ne tend pas nécessairement vers +∞+\infty : un=n(1+(−1)n)u_{n}=n(1+(-1)^{n}) n’est pas majorée et u2n+1=0u_{2n+1}=0.

4Limite d’une suite réelle

Définition. Soient (un)(u_{n}) une suite réelle et ℓ∈R\ell\in\R. On dit que (un)(u_{n}) converge vers ℓ\ell, et on note un→ℓu_{n}\to\ell ou lim⁡un=ℓ\lim u_{n}=\ell, si

∀ε>0, ∃N∈N, ∀n⩾N,∣un−ℓ∣⩽ε.\boxed{\forall\varepsilon>0,\ \exists N\in\N,\ \forall n\geq N,\quad\abs{u_{n}-\ell}\leq\varepsilon.}

(un)(u_{n}) tend vers +∞+\infty si  ∀A∈R,∃N∈N,∀n⩾N, un⩾A\ \forall A\in\R,\exists N\in\N,\forall n\geq N,\ u_{n}\geq A ; vers −∞-\infty si  ∀A∈R,∃N∈N,∀n⩾N, un⩽A\ \forall A\in\R,\exists N\in\N,\forall n\geq N,\ u_{n}\leq A. La suite est convergente si elle a une limite finie, divergente sinon (limite infinie, ou pas de limite).

Remarque. Les définitions sont énoncées avec des inégalités larges — ce qui ne change rien : avoir ∣un−ℓ∣⩽ε\abs{u_{n}-\ell}\leq\varepsilon apcr pour tout ε>0\varepsilon>0 équivaut à l’avoir avec << (appliquer l’un à ε/2\varepsilon/2). Le rang NN dépend de ε\varepsilon ; on l’écrit au besoin NεN_{\varepsilon}.

Méthode — rédiger une preuve de convergence. « Soit ε>0\varepsilon>0. » — majorer ∣un−ℓ∣\abs{u_{n}-\ell} par une expression simple vnv_{n} de limite nulle — résoudre vn⩽εv_{n}\leq\varepsilon en nn — « Posons N=…N=\dots » (un entier explicite, par exemple N=⌊1/ε⌋+1N=\left\lfloor 1/\varepsilon\right\rfloor+1) — « Alors, pour tout n⩾Nn\geq N, ∣un−ℓ∣⩽vn⩽ε\abs{u_{n}-\ell}\leq v_{n}\leq\varepsilon. » — « Ceci valant pour tout ε>0\varepsilon>0, un→ℓu_{n}\to\ell. »

Théorème — unicité, bornitude. Une suite réelle admet au plus une limite dans R‾\overline{\R}, et toute suite convergente est bornée.

Idées de preuve (exigibles). Unicité : si un→ℓu_{n}\to\ell et un→ℓ′u_{n}\to\ell' avec ℓ≠ℓ′\ell\neq\ell' réels, les deux définitions avec ε=∣ℓ−ℓ′∣3\varepsilon=\frac{\abs{\ell-\ell'}}{3} et n⩾max⁡(Nε,Nε′)n\geq\max(N_{\varepsilon},N'_{\varepsilon}) donnent ∣ℓ−ℓ′∣⩽∣ℓ−un∣+∣un−ℓ′∣⩽23∣ℓ−ℓ′∣\abs{\ell-\ell'}\leq\abs{\ell-u_{n}}+\abs{u_{n}-\ell'}\leq\frac{2}{3}\abs{\ell-\ell'}, donc ∣ℓ−ℓ′∣⩽0\abs{\ell-\ell'}\leq0 : absurde (cas mixtes analogues). Bornitude : ε=1\varepsilon=1 donne NN tel que ∣un∣⩽∣ℓ∣+1\abs{u_{n}}\leq\abs{\ell}+1 pour n⩾Nn\geq N, et M=max⁡(∣u0∣,…,∣uN−1∣,∣ℓ∣+1)M=\max\bigl(\abs{u_{0}},\dots,\abs{u_{N-1}},\abs{\ell}+1\bigr) — maximum d’un nombre fini de réels — majore (∣un∣)(\abs{u_{n}}).

Théorème — opérations. Soient (un)(u_{n}), (vn)(v_{n}) de limites ℓ,ℓ′∈R\ell,\ell'\in\R et λ∈R\lambda\in\R : un+vn→ℓ+ℓ′u_{n}+v_{n}\to\ell+\ell', λun→λℓ\lambda u_{n}\to\lambda\ell, unvn→ℓℓ′u_{n}v_{n}\to\ell\ell', ∣un∣→∣ℓ∣\abs{u_{n}}\to\abs{\ell}, et si ℓ′≠0\ell'\neq0 alors vn≠0v_{n}\neq0 apcr et unvn→ℓℓ′\frac{u_{n}}{v_{n}}\to\frac{\ell}{\ell'} ; ces énoncés s’étendent aux limites infinies hors des formes indéterminées. Le produit d’une suite bornée et d’une suite de limite nulle tend vers 00 — sans hypothèse de convergence sur la suite bornée : sin⁡nn→0\frac{\sin n}{n}\to0.

Théorème — comparaison. Soient (un)(u_{n}), (vn)(v_{n}), (wn)(w_{n}) réelles.

Formulaire
  • Passage à la limite : si un⩽vnu_{n}\leq v_{n} apcr, un→ℓu_{n}\to\ell et vn→ℓ′v_{n}\to\ell' dans R‾\overline{\R}, alors ℓ⩽ℓ′\ell\leq\ell' — les limites sont supposées connues.
  • Encadrement (« gendarmes ») : si vn⩽un⩽wnv_{n}\leq u_{n}\leq w_{n} apcr et vn→ℓv_{n}\to\ell, wn→ℓw_{n}\to\ell avec ℓ∈R\ell\in\R, alors (un)(u_{n}) converge et un→ℓu_{n}\to\ell ; variante : ∣un−ℓ∣⩽wn\abs{u_{n}-\ell}\leq w_{n} apcr et wn→0w_{n}\to0 donnent un→ℓu_{n}\to\ell.
  • Minoration / majoration : si vn⩽unv_{n}\leq u_{n} apcr et vn→+∞v_{n}\to+\infty, alors un→+∞u_{n}\to+\infty (et symétriquement en −∞-\infty). Enfin, si un→ℓ>0u_{n}\to\ell>0, alors un>0u_{n}>0 apcr (définition avec ε=ℓ2\varepsilon=\frac{\ell}{2}).

Les deux derniers points démontrent l’existence de la limite, le premier la suppose acquise. Attention : le passage à la limite affaiblit les inégalités strictes — 1n+1>0\frac{1}{n+1}>0 pour tout nn et la limite vaut 00 ; de « un<vnu_{n}<v_{n} » on ne tire donc que ℓ⩽ℓ′\ell\leq\ell'.

5Suites monotones, suites adjacentes

Théorème — théorème de la limite monotone. Toute suite réelle monotone admet une limite dans R‾\overline{\R}. Si (un)(u_{n}) est croissante : lorsqu’elle est majorée, elle converge et lim⁡un=sup⁡{un, n∈N}\lim u_{n}=\sup\ens{u_{n},\ n\in\N} ; lorsqu’elle n’est pas majorée, un→+∞u_{n}\to+\infty. Énoncé symétrique pour une suite décroissante (avec inf⁡\inf et −∞-\infty).

Idée de preuve (exigible). (un)(u_{n}) croissante majorée : A={un,n∈N}A=\ens{u_{n},n\in\N} est non vide et majorée, donc ℓ=sup⁡A\ell=\sup A existe. Soit ε>0\varepsilon>0 ; la caractérisation de sup⁡\sup fournit NN tel que uN>ℓ−εu_{N}>\ell-\varepsilon, et la croissance donne ℓ−ε<uN⩽un⩽ℓ\ell-\varepsilon<u_{N}\leq u_{n}\leq\ell pour n⩾Nn\geq N. Non majorée : pour A∈RA\in\R il existe NN avec uN>Au_{N}>A, donc un⩾uN>Au_{n}\geq u_{N}>A pour n⩾Nn\geq N.

Définition. Deux suites (un)(u_{n}) et (vn)(v_{n}) sont adjacentes si (un)(u_{n}) est croissante, (vn)(v_{n}) décroissante et vn−un→0v_{n}-u_{n}\to0.

Théorème — suites adjacentes. Deux suites adjacentes convergent vers une même limite ℓ\ell et, pour tout nn,  un⩽ℓ⩽vn\ u_{n}\leq\ell\leq v_{n} — d’où la majoration d’erreur ∣ℓ−un∣⩽vn−un\abs{\ell-u_{n}}\leq v_{n}-u_{n}.

Idée de preuve (exigible). (vn−un)(v_{n}-u_{n}) est décroissante de limite 00, donc positive : un⩽vnu_{n}\leq v_{n} pour tout nn. Alors (un)(u_{n}) croît et est majorée par v0v_{0}, (vn)(v_{n}) décroît et est minorée par u0u_{0} : elles convergent vers ℓ\ell et ℓ′\ell', et ℓ′−ℓ=lim⁡(vn−un)=0\ell'-\ell=\lim(v_{n}-u_{n})=0. L’encadrement s’obtient en passant à la limite dans un⩽upu_{n}\leq u_{p} et vp⩽vnv_{p}\leq v_{n} (p⩾np\geq n). Attention : une suite croissante majorée converge, mais pas vers son majorant — un=1−1n+1u_{n}=1-\frac{1}{n+1} est majorée par 1717 et tend vers 1=sup⁡{un}1=\sup\ens{u_{n}}.

6Suites extraites, théorème de Bolzano-Weierstrass

Définition. Une suite extraite (ou sous-suite) de (un)(u_{n}) est une suite (uφ(n))n∈N\left(u_{\varphi(n)}\right)_{n\in\N} avec φ:N→N\varphi:\N\to\N strictement croissante ; on a alors φ(n)⩾n\varphi(n)\geq n pour tout nn (récurrence immédiate).

Théorème. Si un→ℓu_{n}\to\ell dans R‾\overline{\R}, toute suite extraite de (un)(u_{n}) tend vers ℓ\ell. Réciproque partielle : si (u2n)(u_{2n}) et (u2n+1)(u_{2n+1}) convergent vers une même limite ℓ\ell, alors un→ℓu_{n}\to\ell.

Idées de preuve. Première : si ∣un−ℓ∣⩽ε\abs{u_{n}-\ell}\leq\varepsilon dès que n⩾Nn\geq N, alors φ(n)⩾n⩾N\varphi(n)\geq n\geq N pour n⩾Nn\geq N. Seconde : avec N1,N2N_{1},N_{2} adaptés aux deux extraites, tout n⩾max⁡(2N1,2N2+1)n\geq\max(2N_{1},2N_{2}+1) est pair ou impair et convient.

Méthode — prouver qu’une suite n’a pas de limite. exhiber deux suites extraites de limites différentes : ((−1)n)\bigl((-1)^{n}\bigr) diverge car les indices pairs donnent 11 et les impairs −1-1.

Théorème — Bolzano-Weierstrass. De toute suite réelle bornée on peut extraire une suite convergente.

Idée de preuve (exigible) : dichotomie. Soit (un)(u_{n}) à valeurs dans I0=[a ;b]I_{0}=\intff{a}{b}. On construit des segments emboîtés Ip=[ap ;bp]I_{p}=\intff{a_{p}}{b_{p}} de longueur b−a2p\frac{b-a}{2^{p}} contenant chacun unu_{n} pour une infinité d’indices (on coupe IpI_{p} en deux et l’on garde une moitié contenant une infinité de termes) : (ap)(a_{p}) et (bp)(b_{p}) sont adjacentes, de limite commune ℓ\ell. On choisit à l’étape pp un indice φ(p)>φ(p−1)\varphi(p)>\varphi(p-1) avec uφ(p)∈Ipu_{\varphi(p)}\in I_{p}, et ap⩽uφ(p)⩽bpa_{p}\leq u_{\varphi(p)}\leq b_{p} donne uφ(p)→ℓu_{\varphi(p)}\to\ell.

Attention

Une suite extraite convergente ne dit rien de la suite : ((−1)n)\bigl((-1)^{n}\bigr) en possède et diverge. Bolzano-Weierstrass ne fournit qu’une sous-suite convergente : « bornée » n’est pas « convergente ».

7Suites complexes

Définition. Soient (zn)(z_{n}) une suite complexe et ℓ∈C\ell\in\C : zn→ℓz_{n}\to\ell si  ∀ε>0,∃N∈N,∀n⩾N, ∣zn−ℓ∣⩽ε\ \forall\varepsilon>0,\exists N\in\N,\forall n\geq N,\ \abs{z_{n}-\ell}\leq\varepsilon (∣⋅∣\abs{\cdot} = module) ; la suite est bornée si (∣zn∣)(\abs{z_{n}}) est majorée.

Propriété. zn→ℓ  ⟺  Re⁡(zn)→Re⁡(ℓ)z_{n}\to\ell\iff\Ree(z_{n})\to\Ree(\ell) et Im⁡(zn)→Im⁡(ℓ)\Imm(z_{n})\to\Imm(\ell). Unicité de la limite, « convergente ⇒\Rightarrow bornée » et opérations restent valables. Il n’y a en revanche ni ordre, ni monotonie, ni gendarmes dans C\C : seule la majoration ∣zn−ℓ∣⩽wn→0\abs{z_{n}-\ell}\leq w_{n}\to0 subsiste.

Théorème — Bolzano-Weierstrass dans C\C. De toute suite complexe bornée on peut extraire une suite convergente : on extrait une sous-suite le long de laquelle (Re⁡(zn))(\Ree(z_{n})) converge, puis, la partie imaginaire restant bornée, on extrait à nouveau — une extraite d’une extraite est une extraite.

8Suites classiques

Propriété. Si un+1=un+ru_{n+1}=u_{n}+r alors un=u0+nru_{n}=u_{0}+nr ; si un+1=qunu_{n+1}=qu_{n} alors un=u0qnu_{n}=u_{0}q^{n}. Pour q∈Rq\in\R : qn→0q^{n}\to0 si ∣q∣<1\abs{q}<1, qn→+∞q^{n}\to+\infty si q>1q>1, et (qn)(q^{n}) n’a pas de limite si q⩽−1q\leq-1. Pour z∈Cz\in\C : zn→0z^{n}\to0 si ∣z∣<1\abs{z}<1, et (zn)(z^{n}) diverge si ∣z∣⩾1\abs{z}\geq1 et z≠1z\neq1.

Théorème — suites arithmético-géométriques. Soient a∈R∖{1}a\in\R\setminus\ens{1}, b∈Rb\in\R et un+1=aun+bu_{n+1}=au_{n}+b. L’équation ℓ=aℓ+b\ell=a\ell+b a l’unique solution ℓ=b1−a\ell=\frac{b}{1-a}, et (un−ℓ)(u_{n}-\ell) est géométrique de raison aa :

un=ℓ+an(u0−ℓ),ℓ=b1−a(convergence vers ℓ si ∣a∣<1).\boxed{u_{n}=\ell+a^{n}\left(u_{0}-\ell\right),\qquad\ell=\frac{b}{1-a}}\qquad\text{(convergence vers $\ell$ si $\abs{a}<1$).}

On ne mémorise pas la formule : on cherche la solution constante ℓ\ell, on soustrait ℓ=aℓ+b\ell=a\ell+b de un+1=aun+bu_{n+1}=au_{n}+b, et on reconnaît une suite géométrique. (Si a=1a=1, la suite est arithmétique.)

Théorème — récurrences linéaires d’ordre 22. Soient (a,b)∈C×C∗(a,b)\in\C\times\C^{*} et E\mathcal{E} l’ensemble des suites complexes vérifiant  ∀n∈N, un+2=a un+1+b un\ \forall n\in\N,\ u_{n+2}=a\,u_{n+1}+b\,u_{n}. Soit r2=ar+br^{2}=ar+b l’équation caractéristique, de discriminant Δ=a2+4b\Delta=a^{2}+4b.

Formulaire
  • Δ≠0\Delta\neq0 : deux racines distinctes r1,r2r_{1},r_{2} et  E={(λr1n+μr2n)n, (λ,μ)∈C2}\ \mathcal{E}=\ens{\bigl(\lambda r_{1}^{n}+\mu r_{2}^{n}\bigr)_{n},\ (\lambda,\mu)\in\C^{2}}.
  • Δ=0\Delta=0 : racine double r0=a2≠0r_{0}=\frac{a}{2}\neq0 et  E={((λn+μ)r0n)n, (λ,μ)∈C2}\ \mathcal{E}=\ens{\bigl((\lambda n+\mu)r_{0}^{n}\bigr)_{n},\ (\lambda,\mu)\in\C^{2}}.
  • Cas réel avec Δ<0\Delta<0 : les racines sont conjuguées, r1=ρeiθr_{1}=\rho\e^{i\theta}, r2=ρe−iθr_{2}=\rho\e^{-i\theta} avec ρ>0\rho>0, et les suites réelles de E\mathcal{E} sont les (ρn(λcos⁡(nθ)+μsin⁡(nθ)))n\bigl(\rho^{n}\left(\lambda\cos(n\theta)+\mu\sin(n\theta)\right)\bigr)_{n}, (λ,μ)∈R2(\lambda,\mu)\in\R^{2}.

Dans tous les cas, (λ,μ)(\lambda,\mu) est déterminé de façon unique par u0u_{0} et u1u_{1}. Exemple : un+2=5un+1−6unu_{n+2}=5u_{n+1}-6u_{n} avec u0=1u_{0}=1, u1=4u_{1}=4 ; r2=5r−6r^{2}=5r-6 a pour racines 22 et 33, et λ+μ=1\lambda+\mu=1, 2λ+3μ=42\lambda+3\mu=4 donnent un=2⋅3n−2nu_{n}=2\cdot3^{n}-2^{n}.

Idée de preuve (exigible), cas Δ≠0\Delta\neq0. (r1n)(r_{1}^{n}), (r2n)(r_{2}^{n}) et leurs combinaisons linéaires sont dans E\mathcal{E} (calcul direct). Réciproquement, r1≠r2r_{1}\neq r_{2} assure que λ+μ=u0\lambda+\mu=u_{0}, λr1+μr2=u1\lambda r_{1}+\mu r_{2}=u_{1} a une unique solution ; vn=λr1n+μr2nv_{n}=\lambda r_{1}^{n}+\mu r_{2}^{n} est dans E\mathcal{E} et coïncide avec (un)(u_{n}) en 00 et 11, donc partout par récurrence double.

Méthode — étude de un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n}). soient I⊂RI\subset\R, f:I→Rf:I\to\R et u0∈Iu_{0}\in I.

  • Intervalle stable : montrer f(I)⊂If(I)\subset I ; alors un∈Iu_{n}\in I pour tout nn par récurrence, et la suite est bien définie. Toujours la première étape.
  • Monotonie : étudier le signe de f(x)−xf(x)-x sur II. Si ff croît sur II, (un)(u_{n}) est monotone, de sens donné par celui de u1−u0u_{1}-u_{0} ; si ff décroît, f∘ff\circ f croît et l’on étudie séparément (u2n)(u_{2n}) et (u2n+1)(u_{2n+1}).
  • Convergence puis identification : conclure par la limite monotone (la stabilité de II fournit la borne) ; ensuite, si un→ℓu_{n}\to\ell avec ℓ∈I\ell\in I et ff continue en ℓ\ell, passer à la limite dans un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n}) donne ℓ=f(ℓ)\ell=f(\ell) : ℓ\ell est un point fixe.
  • Représentation graphique : tracer Cf\mathcal{C}_{f} et y=xy=x, puis construire les termes en « escalier » (ff croît) ou en « escargot » (ff décroît).
Attention

L’identification ℓ=f(ℓ)\ell=f(\ell) suppose la convergence déjà prouvée — la faute la plus fréquente du chapitre : la suite u0=0u_{0}=0, un+1=un2+1u_{n+1}=u_{n}^{2}+1 n’a aucun point fixe réel et tend vers +∞+\infty.

Savoir-faire
  • Déterminer sup⁡\sup, inf⁡\inf, max⁡\max, min⁡\min d’une partie de R\R ; rédiger la double étape de la caractérisation de sup⁡\sup.
  • Démontrer une convergence à la main : « soit ε>0\varepsilon>0, posons N=…N=\dots » ; lever une forme indéterminée (terme dominant, quantité conjuguée, croissances comparées).
  • Utiliser encadrement, limite monotone, suites adjacentes, Bolzano-Weierstrass ; prouver une divergence par deux suites extraites ; résoudre une suite arithmético-géométrique, une récurrence linéaire d’ordre 22 ; étudier un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n}).
Exempleune convergence rédigée à la main

Montrons que un=3n+1n+2→3u_{n}=\frac{3n+1}{n+2}\to3. Pour n⩾1n\geq1,  ∣un−3∣=∣3n+1−3n−6n+2∣=5n+2⩽5n\ \abs{u_{n}-3}=\left|\frac{3n+1-3n-6}{n+2}\right|=\frac{5}{n+2}\leq\frac{5}{n}. Soit ε>0\varepsilon>0 ; posons N=⌊5ε⌋+1N=\left\lfloor \frac{5}{\varepsilon}\right\rfloor+1. Pour tout n⩾Nn\geq N on a n>5εn>\frac{5}{\varepsilon}, donc ∣un−3∣⩽5n<ε\abs{u_{n}-3}\leq\frac{5}{n}<\varepsilon. Ceci valant pour tout ε>0\varepsilon>0, on a bien un→3u_{n}\to3.

Pièges
  • Manipuler sup⁡A\sup A comme un élément de AA ; conclure « MM majore AA » ⇒\Rightarrow « M=sup⁡AM=\sup A ».
  • Poser « soit ℓ\ell la limite » avant d’avoir prouvé qu’elle existe (surtout pour un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n})) ; traiter ∞−∞\infty-\infty, 0×∞0\times\infty, ∞∞\frac{\infty}{\infty} comme des règles de calcul ; conclure à une inégalité stricte par passage à la limite.
  • Croire qu’une extraite convergente entraîne la convergence de la suite ; confondre « non majorée » et « de limite +∞+\infty », ou « bornée » et « convergente ».

Exercices, contrôles et sujets

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1

Exercices de base

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Les bases : borne supérieure, limites à la main, encadrements, suites classiques

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hsans calculatrice

  1. Partie entière et approximations décimalesDifficulté 1 sur 3
  2. Majorants, bornes, maximumDifficulté 1 sur 3
  3. Caractérisation de la borne supérieureDifficulté 2 sur 3
  4. Revenir à la définition de la limiteDifficulté 2 sur 3
  5. Calculs de limitesDifficulté 1 sur 3
  6. Le théorème d’encadrementDifficulté 2 sur 3
  7. Théorème de la limite monotoneDifficulté 2 sur 3
  8. Suites extraitesDifficulté 2 sur 3
  9. Suites arithmético-géométriquesDifficulté 1 sur 3
  10. Récurrences linéaires d’ordre 22Difficulté 1 sur 3
  11. Suites adjacentesDifficulté 2 sur 3
  12. Suites complexesDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

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Application : bornes, densité, Cesàro, suites récurrentes, dichotomie, Bolzano-Weierstrass

9 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hsans calculatrice

  1. Quatre bornes supérieuresDifficulté 2 sur 3
  2. DensitéDifficulté 2 sur 3
  3. Le théorème de CesàroDifficulté 2 sur 3
  4. Une suite récurrente et sa vitesse de convergenceDifficulté 2 sur 3
  5. Dichotomie : construction de 2\sqrt{2}Difficulté 2 sur 3
  6. Fibonacci, dénombrement et nombre d’orDifficulté 2 sur 3
  7. Bolzano-Weierstrass et suites extraitesDifficulté 2 sur 3
  8. Les suites (sin⁡n)(\sin n) et (cos⁡n)(\cos n) n’ont pas de limiteDifficulté 3 sur 3
  9. Une similitude itéréeDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Une borne supérieure et trois limites7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Une suite récurrente et sa vitesse8 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Une borne supérieure et deux suites7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Une récurrence à fonction décroissante8 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

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Extraction monotone, irrationalité de e\e, moyenne arithmético-géométrique, parties denses

7 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 5 hsans calculatrice

  1. Toute suite admet une suite extraite monotoneDifficulté 3 sur 3
  2. L’irrationalité de e\eDifficulté 3 sur 3
  3. La moyenne arithmético-géométriqueDifficulté 3 sur 3
  4. Comportement de un+1=un+1unu_{n+1}=u_{n}+\frac{1}{u_{n}}Difficulté 3 sur 3
  5. Les parties de R\R stables par différenceDifficulté 3 sur 3
  6. Les valeurs d’adhérence de (cos⁡n)(\cos n)Difficulté 3 sur 3
  7. Suites de Cauchy (hors programme — pour aller plus loin)Difficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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La série harmonique, la constante d’Euler et la série harmonique alternée

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Une suite arithmético-géométriqueDifficulté 1 sur 3
  2. Une suite logistiqueDifficulté 2 sur 3
  3. Somme et produit de limite nulleDifficulté 2 sur 3
  4. La méthode de HéronDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables