Dans toute la fiche est un -espace vectoriel : les scalaires sont réels, il n’est jamais question de produit scalaire hermitien. On note l’espace des fonctions continues de dans .
1Produit scalaire
Définition. Un produit scalaire sur est une application bilinéaire (linéaire en chaque variable, l’autre étant fixée), symétrique (), positive ( pour tout ) et définie () : une forme bilinéaire symétrique définie positive.
Notation. On note , ou , ou . Le couple est un espace préhilbertien réel ; si de plus est de dimension finie, c’est un espace euclidien. La symétrie dispense de vérifier la linéarité par rapport à la seconde variable ; « positive » et « définie » restent deux conditions distinctes, et c’est la seconde que l’on oublie.
Propriété — les exemples du programme. Les applications suivantes sont des produits scalaires.
- Produit scalaire canonique de : . Produit scalaire canonique de : .
- Sur avec , et sur ou : , et plus généralement avec continue strictement positive sur .
Idée de preuve (cas intégraux). Bilinéarité et positivité sont celles de l’intégrale ; le caractère défini vient du théorème « une fonction continue positive d’intégrale nulle est nulle » (chapitre 21), appliqué à . C’est là, et là seulement, qu’intervient la continuité : sur les fonctions continues par morceaux, reste positive mais n’est plus définie.
Sur , le caractère défini vient de ce qu’un polynôme nul sur un segment non réduit à un point a une infinité de racines. Avec une somme d’évaluations , il faut points distincts et se restreindre à : sur entier, est non nul de « norme » nulle.
Méthode — montrer que est un produit scalaire. bilinéarité ; symétrie ; en l’écrivant comme une somme de carrés ou une intégrale de carré ; puis , une somme de carrés nulle ayant tous ses termes nuls.
2Norme associée, inégalités de Cauchy-Schwarz et triangulaire
Définition. La norme associée au produit scalaire est , et la distance de à est ; un vecteur de norme est dit unitaire. On a pour , et .
Propriété — identité remarquable et polarisation. Pour tous :
d’où la formule de polarisation, qui reconstitue le produit scalaire à partir de la seule norme :
En ajoutant les deux premières égalités : .
Théorème — inégalité de Cauchy-Schwarz. Pour tous :
avec égalité si et seulement si et sont colinéaires.
Démonstration (exigible) — l’idée : un trinôme positif. Si , tout est nul. Sinon est un trinôme du second degré () positif sur : son discriminant est , d’où l’inégalité. Égalité a une racine , et alors donne ; réciproquement si , les deux membres valent .
Sommes finies : , avec égalité si et seulement si et sont proportionnelles. Intégrales : pour continues sur , , avec égalité si et seulement si et sont proportionnelles.
Théorème — inégalité triangulaire. avec égalité si et seulement si et sont positivement colinéaires (l’un est nul, ou avec ). On en déduit .
Démonstration (exigible). par Cauchy-Schwarz, puis croissance de la racine carrée. Égalité , soit colinéaires et : colinéarité de même sens.
3Orthogonalité, familles orthonormées, Gram-Schmidt
Définition. Deux vecteurs sont orthogonaux, noté , si . Une famille est orthogonale si pour ; elle est orthonormée (ou orthonormale) si de plus pour tout , c’est-à-dire si .
Théorème — théorème de Pythagore. . Plus généralement, si est orthogonale,
Idée de preuve (exigible). C’est l’identité remarquable, lue dans les deux sens ; pour vecteurs, développer , où seuls survivent les termes .
Théorème — liberté. Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. En particulier toute famille orthonormée est libre.
Démonstration (exigible) — l’idée : tester contre chaque vecteur. Si , le produit scalaire avec donne , et force .
L’hypothèse « vecteurs non nuls » est indispensable : la famille est orthogonale et liée. Et n’entraîne pas que soit libre.
Définition — orthogonal d’une partie. Pour non vide, .
Propriété. est un sous-espace vectoriel de : c’est l’intersection des noyaux des formes linéaires , . De plus , , , ; et pour un sous-espace : , .
n’est pas le complémentaire de : c’est un sous-espace, donc il contient . Et se calcule en résolvant le système : il suffit de tester les générateurs.
Théorème — algorithme d’orthonormalisation de Gram-Schmidt. Soit une famille libre de . Il existe une unique famille orthonormée telle que et pour tout . Elle est donnée par , puis pour
Idée de preuve (exigible). Récurrence : sinon contredirait la liberté ; et pour , d’où l’orthonormalité ; enfin .
La figure : on retranche à sa composante sur ; le reste est orthogonal à , et . En pratique on utilise la variante non normalisée
et l’on ne normalise qu’à la fin : les calculs restent rationnels.
4Bases orthonormées d’un espace euclidien
Théorème — existence. Tout espace euclidien de dimension admet une base orthonormée : il suffit d’appliquer Gram-Schmidt à une base quelconque de .
Théorème — base orthonormée incomplète. Soit euclidien de dimension . Toute famille orthonormée de se complète en une base orthonormée de . Idée de preuve. Elle est libre, donc se complète en une base (chapitre 17), et Gram-Schmidt laisse inchangés les premiers vecteurs, déjà orthonormés.
Théorème — calculs dans une base orthonormée. Soit une base orthonormée de . Pour tous :
où , sont les colonnes de coordonnées dans : dans une base orthonormée, tout produit scalaire se lit comme le produit scalaire canonique sur les coordonnées. Idée de preuve. Si , le produit scalaire avec donne ; puis développer par bilinéarité avec .
Si la base est seulement orthogonale (non normée), la formule devient : oublier les est l’erreur de calcul la plus fréquente du chapitre.
5Supplémentaire orthogonal, projection orthogonale, distance
Théorème — supplémentaire orthogonal. Soient préhilbertien et un sous-espace de de dimension finie. Alors et s’appelle le supplémentaire orthogonal de dans .
Démonstration (exigible) — l’idée : poser le candidat et vérifier. , car donne . Soit une base orthonormée de (qui existe, étant euclidien) ; pour , posons et : alors pour tout , donc et .
L’hypothèse « de dimension finie » est essentielle. Sur muni de (somme finie des produits de coefficients), posons . Comme , tout vérifie pour tout , donc : bien que , et est faux.
Définition. La projection orthogonale sur , notée , est la projection sur parallèlement à : est l’unique vecteur de tel que . C’est un projecteur (), d’image et de noyau .
Théorème — expression dans une base orthonormée de . Si est une base orthonormée de , alors
C’est le vecteur construit ci-dessus. Si la base de est seulement orthogonale, .
Théorème — dimension de l’orthogonal. Si est euclidien de dimension et un sous-espace de : et .
Définition — distance à un sous-espace. Pour et de dimension finie, .
Théorème — caractérisation du projeté par la distance. Soient de dimension finie et . Alors
et est l’unique vecteur de réalisant cette borne inférieure : pour tout distinct de , .
Démonstration (exigible) — l’idée : Pythagore sur . Pour , le premier terme est dans , le second dans : ils sont orthogonaux, donc , avec égalité si et seulement si .
Théorème — hyperplan et vecteur normal. Soit non nul. Alors est le noyau de la forme linéaire non nulle : c’est un hyperplan de , de vecteur normal . En dimension finie, tout hyperplan est de cette forme, son vecteur normal étant unique à un scalaire non nul près. Pour tout :
Idée de preuve. est une base orthonormée de , donc ; puis et .
Propriété. En appliquant Pythagore à :
donc et : est le pied de la perpendiculaire abaissée de sur .
- Vérifier qu’une application est un produit scalaire (bilinéarité, symétrie, positivité, caractère défini), repérer l’axiome en défaut dans un contre-exemple ; majorer une somme ou une intégrale par Cauchy-Schwarz et discuter le cas d’égalité en revenant à la colinéarité.
- Orthonormaliser une famille libre par Gram-Schmidt dans , ou et contrôler en recalculant les ; déterminer par un système, vérifier .
- Calculer dans une base orthonormée de , puis (pour un hyperplan, passer par le vecteur normal), et reconnaître un problème de minimisation — d’une somme de carrés, d’une intégrale de carré — comme un calcul de distance.
Sur muni de , orthonormalisons : et , puis
Contrôle : pour tous . ✓ Comme avec , on obtient , c’est-à-dire , atteint pour et .
Un hyperplan de . Dans canonique, avec pour vecteur normal. Pour : , , donc et . Contrôles : ✓ ; colinéaire à ✓ ; ✓.
- Oublier le caractère défini : sur les fonctions continues par morceaux, ou sur entier, ne sont pas des produits scalaires.
- Confondre et le complémentaire de ; croire deux vecteurs orthogonaux toujours libres (faux si l’un est nul) ; écrire ou sans que soit de dimension finie.
- Oublier de normaliser à la fin de Gram-Schmidt, ou utiliser dans une base seulement orthogonale (il manque les ).
- Hors programme : « inégalité de Bessel », « identité du parallélogramme », matrices orthogonales, symétries orthogonales, endomorphismes symétriques, théorème spectral, produit scalaire hermitien.