Aller au contenu
MPSI · Mathématiques · Analyse asymptotique · Chapitre 15

Analyse asymptotique

Fiche de cours9 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026

1Relations de comparaison : le cadre

Notation. Dans tout ce bloc, a∈R‾=R∪{−∞,+∞}a\in\overline{\R}=\R\cup\ens{-\infty,+\infty}, et ff, gg sont définies au voisinage de aa, sauf peut-être en aa, avec gg qui ne s’annule pas sur un voisinage de aa privé de aa : c’est cette hypothèse qui donne un sens au quotient fg\frac{f}{g}, sur lequel portent toutes les définitions qui suivent.

Définition. Soient ff et gg comme ci-dessus. On dit que ff est dominée par gg en aa, noté f(x)=Ox→a(g(x))f(x)=\underset{x\to a}{O}\bigl(g(x)\bigr), lorsque fg\frac{f}{g} est bornée au voisinage de aa ; négligeable devant gg en aa, noté f(x)=ox→a(g(x))f(x)=\underset{x\to a}{o}\bigl(g(x)\bigr), lorsque f(x)g(x)→x→a0\frac{f(x)}{g(x)}\xrightarrow[x\to a]{}0 ; équivalente à gg en aa, noté f(x)∼x→ag(x)f(x)\underset{x\to a}{\sim}g(x), lorsque f(x)g(x)→x→a1\frac{f(x)}{g(x)}\xrightarrow[x\to a]{}1.

Propriété — liens entre les trois relations.  f=o(g)⟹f=O(g)\ f=o(g)\Longrightarrow f=O(g) ; f∼g⟹f=O(g)f\sim g\Longrightarrow f=O(g) et g=O(f)g=O(f) ; et surtout  f∼ag  ⟺  f−g=oa(g)  ⟺  f=g+oa(g)\ f\underset{a}{\sim}g\iff f-g=\underset{a}{o}(g)\iff f=g+\underset{a}{o}(g). C’est cette deuxième forme qui sert dans les calculs : « ff vaut gg, à un terme négligeable devant gg près ».

Propriété — propriétés conservées par équivalence. Si f∼agf\underset{a}{\sim}g, alors ff et gg ont la même limite dans R‾\overline{\R}, et le même signe strict au voisinage de aa (car fg⩾12>0\frac{f}{g}\geq\frac12>0 près de aa). En revanche f∼gf\sim g n’entraîne pas f−g→0f-g\to0 :  n2+n∼n2\ n^{2}+n\sim n^{2} alors que la différence tend vers +∞+\infty.

Propriété — règles de manipulation. Soient f1∼g1f_{1}\sim g_{1} et f2∼g2f_{2}\sim g_{2} en aa, et α∈R\alpha\in\R.

Formulaire
  • ∼\sim est réflexive, symétrique, transitive ; produit, quotient : f1f2∼g1g2f_{1}f_{2}\sim g_{1}g_{2} et f1f2∼g1g2\dfrac{f_{1}}{f_{2}}\sim\dfrac{g_{1}}{g_{2}} ; puissance : si f1>0f_{1}>0 et g1>0g_{1}>0 près de aa, f1 α∼g1 αf_{1}^{\,\alpha}\sim g_{1}^{\,\alpha} ;
  • calcul sur les oo :  o(g)+o(g)=o(g)\ o(g)+o(g)=o(g),  λ o(g)=o(g)\ \lambda\,o(g)=o(g) pour λ∈R∗\lambda\in\R^{*},  h⋅o(g)=o(hg)\ h\cdot o(g)=o(hg),  o(o(g))=o(g)\ o\bigl(o(g)\bigr)=o(g),  O(o(g))=o(g)\ O\bigl(o(g)\bigr)=o(g) ; et si f∼gf\sim g, alors o(f)=o(g)o(f)=o(g) et O(f)=O(g)O(f)=O(g) : on peut remplacer une fonction par un équivalent à l’intérieur d’un oo ;
  • équivalent par encadrement : si f⩽h⩽gf\leq h\leq g au voisinage de aa, avec f>0f>0 et f∼gf\sim g, alors h∼fh\sim f (car 1⩽hf⩽gf→11\leq\frac{h}{f}\leq\frac{g}{f}\to1).
Attentionles trois opérations interdites

Seuls les produits, quotients et puissances se comportent bien.

  • On n’additionne pas des équivalents : n+1∼nn+1\sim n et −n∼−n-n\sim-n, mais (n+1)+(−n)=1(n+1)+(-n)=1 n’est pas équivalent à 00 (qui n’a d’ailleurs pas d’équivalent).
  • On ne compose pas un équivalent : n+1∼nn+1\sim n mais e n+1=e⋅en≁en\e^{\,n+1}=\e\cdot\e^{n}\not\sim\e^{n} ; 1+1n∼11+\frac1n\sim1 mais ln⁡ ⁣(1+1n)≁ln⁡1=0\ln\!\left(1+\frac1n\right)\not\sim\ln1=0.
  • On ne remplace pas un terme par un équivalent dans une somme : de sin⁡x∼x\sin x\sim x on ne tire rien sur sin⁡x−x\sin x-x (qui vaut −x36+o(x3)-\frac{x^{3}}{6}+o(x^{3})). Dès qu’il y a compensation, il faut un DL.

Théorème — croissances comparées. Soient α>0\alpha>0, β>0\beta>0 : le logarithme perd contre toute puissance, toute puissance perd contre l’exponentielle. En +∞+\infty :  (ln⁡x)α=o ⁣(xβ)\ (\ln x)^{\alpha}=o\!\left(x^{\beta}\right) et xα=o ⁣(eβx)x^{\alpha}=o\!\left(\e^{\beta x}\right). En 0+0^{+} :  xβ∣ln⁡x∣α→0\ x^{\beta}\abs{\ln x}^{\alpha}\to0. En −∞-\infty :  ∣x∣αex→0\ \abs{x}^{\alpha}\e^{x}\to0. Pour les suites, avec q>1q>1 :  (ln⁡n)α=o ⁣(nβ)\ (\ln n)^{\alpha}=o\!\left(n^{\beta}\right),  nα=o ⁣(qn)\ n^{\alpha}=o\!\left(q^{n}\right) et  qn=o(n!)\ q^{n}=o(n!).

2Relations de comparaison : le cas des suites

Définition. Soient (un)(u_{n}) et (vn)(v_{n}) deux suites, (vn)(v_{n}) ne s’annulant pas à partir d’un certain rang. On reprend mot pour mot les définitions précédentes avec n→+∞n\to+\infty :  un=O(vn)\ u_{n}=O(v_{n}) si (unvn)\left(\frac{u_{n}}{v_{n}}\right) est bornée,  un=o(vn)\ u_{n}=o(v_{n}) si unvn→0\frac{u_{n}}{v_{n}}\to0,  un∼vn\ u_{n}\sim v_{n} si unvn→1\frac{u_{n}}{v_{n}}\to1. Toutes les propriétés du bloc précédent — liens, conservation de la limite et du signe, règles de manipulation, interdits — restent valables telles quelles.

Méthode — équivalent d’une suite. factoriser par le terme dominant, puis se ramener à une variable qui tend vers 00 pour appliquer un équivalent usuel :  3n3−n+52n3+n2=n3(3−1n2+5n3)n3(2+1n)∼32\ \frac{3n^{3}-n+5}{2n^{3}+n^{2}}=\frac{n^{3}\left(3-\frac{1}{n^{2}}+\frac{5}{n^{3}}\right)}{n^{3}\left(2+\frac1n\right)}\sim\frac{3}{2}, et  n2+n−n=n(1+1n−1)∼n⋅12n=12\ \sqrt{n^{2}+n}-n=n\left(\sqrt{1+\tfrac1n}-1\right)\sim n\cdot\frac{1}{2n}=\frac12 (avec h=1nh=\frac1n et 1+h−1∼h2\sqrt{1+h}-1\sim\frac{h}{2}).

Propriété — équivalents usuels en 00. Pour u→0u\to0 (donc aussi pour u=un→0u=u_{n}\to0, ou u=φ(x)→0u=\varphi(x)\to0) :

Formulaire
sin⁡u∼u,tan⁡u∼u,arctan⁡u∼u,sh⁡u∼u,ln⁡(1+u)∼u,eu−1∼u,\sin u\sim u,\quad \tan u\sim u,\quad \arctan u\sim u,\quad \operatorname{sh}u\sim u,\quad \ln(1+u)\sim u,\quad \e^{u}-1\sim u,
1−cos⁡u∼u22,ch⁡u−1∼u22,(1+u)α−1∼αu (α≠0).1-\cos u\sim\frac{u^{2}}{2},\quad \operatorname{ch}u-1\sim\frac{u^{2}}{2},\quad (1+u)^{\alpha}-1\sim\alpha u\ (\alpha\neq0).

Chacun se lit sur le développement limité correspondant : le premier terme non nul d’un DL est un équivalent.

3Développements limités

Définition. Soient II un intervalle, a∈Ia\in I, ff définie sur II et n∈Nn\in\N. On dit que ff admet un développement limité à l’ordre nn en aa (un DLn(a)DL_{n}(a)) s’il existe (a0,…,an)∈Rn+1(a_{0},\dots,a_{n})\in\R^{n+1} tel que, pour hh voisin de 00 avec a+h∈Ia+h\in I,

f(a+h)=∑k=0nakhk+oh→0 ⁣(hn),soit encoref(x)=∑k=0nak(x−a)k+ox→a ⁣((x−a)n).f(a+h)=\sum_{k=0}^{n}a_{k}h^{k}+\underset{h\to0}{o}\!\left(h^{n}\right),\qquad\text{soit encore}\qquad f(x)=\sum_{k=0}^{n}a_{k}(x-a)^{k}+\underset{x\to a}{o}\!\left((x-a)^{n}\right).

Le polynôme ∑akhk\sum a_{k}h^{k} est la partie régulière du développement.

Théorème — unicité des coefficients. Si ff admet un DLn(a)DL_{n}(a), les coefficients a0,…,ana_{0},\dots,a_{n} sont uniques.

Idée de preuve (exigible). Par différence, il suffit de montrer que si ∑k=0nckhk=o(hn)\sum_{k=0}^{n}c_{k}h^{k}=o(h^{n}) quand h→0h\to0, alors tous les ckc_{k} sont nuls. Sinon, soit pp le plus petit indice tel que cp≠0c_{p}\neq0 : en divisant par hph^{p}, on obtient cp+cp+1h+⋯→cpc_{p}+c_{p+1}h+\dots\to c_{p} d’une part, et o(hn)hp=o ⁣(hn−p)→0\frac{o(h^{n})}{h^{p}}=o\!\left(h^{n-p}\right)\to0 d’autre part, donc cp=0c_{p}=0 : contradiction.

Propriété — conséquences immédiates. Troncature : si ff admet un DLn(a)DL_{n}(a), elle admet un DLp(a)DL_{p}(a) pour tout p⩽np\leq n, obtenu en tronquant la partie régulière. Parité : si ff est paire (resp. impaire) au voisinage de 00, son DLn(0)DL_{n}(0) ne contient que des puissances paires (resp. impaires). Ordres 00 et 11 : ff admet un DL0(a)DL_{0}(a) si et seulement si ff est continue en aa (et alors a0=f(a)a_{0}=f(a)), un DL1(a)DL_{1}(a) si et seulement si ff est dérivable en aa, et alors f(a+h)=f(a)+f′(a)h+o(h)f(a+h)=f(a)+f'(a)h+o(h).

Attention

L’existence d’un DLn(a)DL_{n}(a) avec n⩾2n\geq2 n’entraîne pas que ff soit nn fois dérivable : pour f(x)=x3sin⁡1xf(x)=x^{3}\sin\frac1x (prolongée par f(0)=0f(0)=0), f(x)=o ⁣(x2)f(x)=o\!\left(x^{2}\right) donne un DL2(0)DL_{2}(0) nul alors que f′′(0)f''(0) n’existe pas. L’implication n’est vraie que pour n⩽1n\leq1.

Théorème — formule de Taylor-Young. Soient n∈Nn\in\N, II un intervalle, ff de classe CnC^{n} sur II et a∈Ia\in I. Alors ff admet un DLn(a)DL_{n}(a), donné par

 f(a+h)=∑k=0nf(k)(a)k! hk+oh→0 ⁣(hn). \boxed{\ f(a+h)=\sum_{k=0}^{n}\frac{f^{(k)}(a)}{k!}\,h^{k}+\underset{h\to0}{o}\!\left(h^{n}\right).\ }

Si ff est de classe CnC^{n}, l’unicité donne ak=f(k)(a)k!a_{k}=\frac{f^{(k)}(a)}{k!} : on lit les dérivées successives sur un DL obtenu autrement.

Idée de preuve de l’ordre 22 (exigible). Soit ff deux fois dérivable en aa et g(h)=f(a+h)−f(a)−f′(a)h−f′′(a)2h2g(h)=f(a+h)-f(a)-f'(a)h-\frac{f''(a)}{2}h^{2} : alors g(0)=0g(0)=0 et g′(h)=f′(a+h)−f′(a)−f′′(a)h=h ε(h)g'(h)=f'(a+h)-f'(a)-f''(a)h=h\,\varepsilon(h) avec ε→0\varepsilon\to0, par dérivabilité de f′f' en aa. L’égalité des accroissements finis donne g(h)=h g′(θh)g(h)=h\,g'(\theta h) avec θ∈]0 ;1[\theta\in\intoo{0}{1}, d’où ∣g(h)∣⩽h2sup⁡∣t∣⩽∣h∣∣ε(t)∣=o ⁣(h2)\abs{g(h)}\leq h^{2}\sup_{\abs{t}\leq\abs{h}}\abs{\varepsilon(t)}=o\!\left(h^{2}\right). Le cas général s’obtient par récurrence sur nn, à partir du théorème de primitivation ci-dessous appliqué à f′f'.

Propriété — développements limités usuels en 00, à tout ordre.

Formulaire
  • ex=∑k=0nxkk!+o ⁣(xn)=1+x+x22+x36+x424+o ⁣(x4)\displaystyle \e^{x}=\sum_{k=0}^{n}\frac{x^{k}}{k!}+o\!\left(x^{n}\right)=1+x+\frac{x^{2}}{2}+\frac{x^{3}}{6}+\frac{x^{4}}{24}+o\!\left(x^{4}\right) ;
  • cos⁡x=∑k=0n(−1)kx2k(2k)!+o ⁣(x2n+1)\displaystyle \cos x=\sum_{k=0}^{n}\frac{(-1)^{k}x^{2k}}{(2k)!}+o\!\left(x^{2n+1}\right) et sin⁡x=∑k=0n(−1)kx2k+1(2k+1)!+o ⁣(x2n+2)\displaystyle \sin x=\sum_{k=0}^{n}\frac{(-1)^{k}x^{2k+1}}{(2k+1)!}+o\!\left(x^{2n+2}\right) ;
  • ch⁡x=∑k=0nx2k(2k)!+o ⁣(x2n+1)\displaystyle \operatorname{ch}x=\sum_{k=0}^{n}\frac{x^{2k}}{(2k)!}+o\!\left(x^{2n+1}\right) et sh⁡x=∑k=0nx2k+1(2k+1)!+o ⁣(x2n+2)\displaystyle \operatorname{sh}x=\sum_{k=0}^{n}\frac{x^{2k+1}}{(2k+1)!}+o\!\left(x^{2n+2}\right) ;
  • ln⁡(1+x)=∑k=1n(−1)k−1xkk+o ⁣(xn)=x−x22+x33−x44+o ⁣(x4)\displaystyle \ln(1+x)=\sum_{k=1}^{n}\frac{(-1)^{k-1}x^{k}}{k}+o\!\left(x^{n}\right)=x-\frac{x^{2}}{2}+\frac{x^{3}}{3}-\frac{x^{4}}{4}+o\!\left(x^{4}\right) ;
  • 11−x=∑k=0nxk+o ⁣(xn)\displaystyle \frac{1}{1-x}=\sum_{k=0}^{n}x^{k}+o\!\left(x^{n}\right) et 11+x=∑k=0n(−1)kxk+o ⁣(xn)\displaystyle \frac{1}{1+x}=\sum_{k=0}^{n}(-1)^{k}x^{k}+o\!\left(x^{n}\right) ;
  • (1+x)α=1+∑k=1nα(α−1)⋯(α−k+1)k! xk+o ⁣(xn)\displaystyle (1+x)^{\alpha}=1+\sum_{k=1}^{n}\frac{\alpha(\alpha-1)\cdots(\alpha-k+1)}{k!}\,x^{k}+o\!\left(x^{n}\right) (α∈R\alpha\in\R) ;
  • arctan⁡x=∑k=0n(−1)kx2k+12k+1+o ⁣(x2n+2)\displaystyle \arctan x=\sum_{k=0}^{n}\frac{(-1)^{k}x^{2k+1}}{2k+1}+o\!\left(x^{2n+2}\right) et tan⁡x=x+x33+o ⁣(x4)\displaystyle \tan x=x+\frac{x^{3}}{3}+o\!\left(x^{4}\right) (seul l’ordre 33 de tan⁡\tan est à connaître ; l’ordre 55, x+x33+2x515+o ⁣(x6)x+\frac{x^{3}}{3}+\frac{2x^{5}}{15}+o\!\left(x^{6}\right), se retrouve par quotient) ;
  • deux cas particuliers de (1+x)α(1+x)^{\alpha} à écrire de tête :  1+x=1+x2−x28+x316+o ⁣(x3)\ \sqrt{1+x}=1+\frac{x}{2}-\frac{x^{2}}{8}+\frac{x^{3}}{16}+o\!\left(x^{3}\right) et 11+x=1−x2+3x28−5x316+o ⁣(x3)\dfrac{1}{\sqrt{1+x}}=1-\frac{x}{2}+\frac{3x^{2}}{8}-\frac{5x^{3}}{16}+o\!\left(x^{3}\right).

4Opérations sur les développements limités

Théorème — combinaison linéaire, produit, quotient. Si ff et gg admettent des DLn(0)DL_{n}(0) de parties régulières PP et QQ, alors λf+μg\lambda f+\mu g admet un DLn(0)DL_{n}(0) de partie régulière λP+μQ\lambda P+\mu Q, et fgfg un DLn(0)DL_{n}(0) de partie régulière PQPQ tronquée à l’ordre nn. Si de plus g(0)≠0g(0)\neq0, fg\frac{f}{g} admet un DLn(0)DL_{n}(0) ; en pratique on écrit g=g(0)(1+u)g=g(0)(1+u) avec u→0u\to0, puis 11+u=1−u+u2−…\frac{1}{1+u}=1-u+u^{2}-\dots

Théorème — primitivation. Soit ff dérivable sur II, a∈Ia\in I. Si f′f' admet un DLn(a)DL_{n}(a) de partie régulière ∑k=0nckhk\sum_{k=0}^{n}c_{k}h^{k}, alors ff admet un DLn+1(a)DL_{n+1}(a) :

f(a+h)=f(a)+c0h+c12h2+⋯+cnn+1hn+1+o ⁣(hn+1).f(a+h)=f(a)+c_{0}h+\frac{c_{1}}{2}h^{2}+\dots+\frac{c_{n}}{n+1}h^{n+1}+o\!\left(h^{n+1}\right).

On gagne un ordre, et la constante est f(a)f(a). Idée de preuve. Poser R(h)=f(a+h)−f(a)−∑ckk+1hk+1R(h)=f(a+h)-f(a)-\sum\frac{c_{k}}{k+1}h^{k+1} : R(0)=0R(0)=0 et R′(h)=o ⁣(hn)R'(h)=o\!\left(h^{n}\right), donc pour η>0\eta>0 il existe δ>0\delta>0 tel que ∣R′∣⩽η∣h∣n\abs{R'}\leq\eta\abs{h}^{n} sur [−δ ;δ]\intff{-\delta}{\delta} ; l’IAF donne ∣R(h)∣⩽η∣h∣n+1\abs{R(h)}\leq\eta\abs{h}^{n+1}, soit R(h)=o ⁣(hn+1)R(h)=o\!\left(h^{n+1}\right).

Attention

Il n’y a pas de théorème de dérivation d’un DL : ff peut admettre un DLn(0)DL_{n}(0) sans que f′f' admette un DLn−1(0)DL_{n-1}(0). Pour dériver, il faut invoquer Taylor-Young sur f′f'.

Méthode — composition, sur des exemples simples. Aucun résultat général de composition n’est exigible : on procède par substitution, après avoir vérifié que la quantité substituée tend vers 00. Pour le DL4(0)DL_{4}(0) de esin⁡x\e^{\sin x} : on pose u=sin⁡x=x−x36+o ⁣(x4)→0u=\sin x=x-\frac{x^{3}}{6}+o\!\left(x^{4}\right)\to0, puis eu=1+u+u22+u36+u424+o ⁣(u4)\e^{u}=1+u+\frac{u^{2}}{2}+\frac{u^{3}}{6}+\frac{u^{4}}{24}+o\!\left(u^{4}\right) ; comme u∼xu\sim x, o ⁣(u4)=o ⁣(x4)o\!\left(u^{4}\right)=o\!\left(x^{4}\right), et on développe chaque puissance en ne gardant que les termes de degré ⩽4\leq4 :  esin⁡x=1+x+x22−x48+o ⁣(x4)\ \e^{\sin x}=1+x+\frac{x^{2}}{2}-\frac{x^{4}}{8}+o\!\left(x^{4}\right).

Méthode — DL en un point a≠0a\neq0. poser x=a+hx=a+h et développer h↦f(a+h)h\mapsto f(a+h) en 00 : en a=1a=1, ln⁡x=ln⁡(1+h)=h−h22+h33+o ⁣(h3)\ln x=\ln(1+h)=h-\frac{h^{2}}{2}+\frac{h^{3}}{3}+o\!\left(h^{3}\right) avec h=x−1h=x-1.

5Applications à l’étude locale

Méthode — limites et équivalents. si le DLn(a)DL_{n}(a) de ff a pour premier coefficient non nul apa_{p} (avec p⩽np\leq n), alors f(a+h)∼h→0aphpf(a+h)\underset{h\to0}{\sim}a_{p}h^{p} : on obtient limites et équivalents sans forme indéterminée, là où le chapitre 9 demandait une quantité conjuguée. Gare à la perte d’ordre : dans un quotient ou une différence les premiers termes se compensent, et il faut partir plus haut que l’ordre voulu. Règle pratique : pour un résultat à l’ordre qq après division par xpx^{p}, développer le numérateur à l’ordre p+qp+q (ainsi sin⁡x−xx3\frac{\sin x-x}{x^{3}} réclame sin⁡\sin à l’ordre 33 au moins).

Théorème — position par rapport à la tangente. Soit T:y=f(a)+f′(a)(x−a)T:y=f(a)+f'(a)(x-a) la tangente à Cf\Cf en aa. Si f(a+h)=f(a)+f′(a)h+aphp+o ⁣(hp)f(a+h)=f(a)+f'(a)h+a_{p}h^{p}+o\!\left(h^{p}\right) avec ap≠0a_{p}\neq0 et p⩾2p\geq2, la différence f(a+h)−(f(a)+f′(a)h)∼aphpf(a+h)-\bigl(f(a)+f'(a)h\bigr)\sim a_{p}h^{p} a le signe de aphpa_{p}h^{p} : si pp est pair, la courbe reste du même côté de TT (au-dessus si ap>0a_{p}>0) ; si pp est impair, elle traverse TT (point d’inflexion).

Théorème — extremum, condition d’ordre 22. Soient ff deux fois dérivable en aa et aa intérieur à l’intervalle II. Condition nécessaire : si ff a un minimum (resp. maximum) local en aa, alors f′(a)=0f'(a)=0 et f′′(a)⩾0f''(a)\geq0 (resp. ⩽0\leq0). Condition suffisante : si f′(a)=0f'(a)=0 et f′′(a)>0f''(a)>0 (resp. <0<0), alors ff a en aa un minimum (resp. maximum) local strict. Idée de preuve. Taylor-Young à l’ordre 22 : f(a+h)−f(a)=f′′(a)2h2+o ⁣(h2)∼f′′(a)2h2f(a+h)-f(a)=\frac{f''(a)}{2}h^{2}+o\!\left(h^{2}\right)\sim\frac{f''(a)}{2}h^{2}, du signe de f′′(a)f''(a) près de 00.

Attention

Si f′(a)=f′′(a)=0f'(a)=f''(a)=0, on ne peut rien conclure (x4x^{4} : minimum ; −x4-x^{4} : maximum ; x3x^{3} : ni l’un ni l’autre) : il faut pousser le DL jusqu’au premier terme non nul. Et aa doit être intérieur : sur [0 ;1]\intff{0}{1}, x↦xx\mapsto x atteint son minimum en 00 sans que la dérivée s’y annule.

Méthode — asymptote oblique en +∞+\infty. poser h=1xh=\frac1x (donc h→0+h\to0^{+}) et chercher un développement f(x)=αx+β+γx+o ⁣(1x)f(x)=\alpha x+\beta+\frac{\gamma}{x}+o\!\left(\frac1x\right). La droite y=αx+βy=\alpha x+\beta est alors asymptote à Cf\Cf en +∞+\infty, et f(x)−(αx+β)∼γxf(x)-(\alpha x+\beta)\sim\frac{\gamma}{x} donne la position de la courbe (au-dessus si γ>0\gamma>0, en dessous si γ<0\gamma<0).

6Développements asymptotiques

Définition. Obtenir un développement asymptotique, c’est écrire une quantité comme une somme finie de termes explicites de plus en plus petits, suivie d’un reste négligeable devant le dernier terme conservé : ainsi n2+n=n+12−18n+o ⁣(1n)\sqrt{n^{2}+n}=n+\frac12-\frac{1}{8n}+o\!\left(\frac1n\right). Un DL en est le cas particulier où les termes sont les puissances de hh. La notion générale d’échelle de comparaison est hors programme : on travaille sur des exemples, en précisant chaque fois devant quoi le reste est négligeable.

Théorème — formule de Stirling.  n!∼n→+∞2πn(ne)n\ \displaystyle n!\underset{n\to+\infty}{\sim}\sqrt{2\pi n}\left(\frac{n}{\e}\right)^{n}. La démonstration n’est pas exigible.

Méthode — les quatre situations du programme. le ressort commun est la réinjection : on obtient un premier terme, on le reporte dans la relation de départ, ce qui donne le suivant, et ainsi de suite.

  • fonction réciproque : écrire y=f(a+h)y=f(a+h) sous forme de DL, puis inverser terme à terme en identifiant les coefficients de h=f−1(y)−ah=f^{-1}(y)-a ;
  • équation à paramètre : existence et unicité de la racine xnx_{n} (théorème de la bijection), encadrement, lim⁡xn\lim x_{n}, puis réinjection dans l’équation ;
  • suite récurrente un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n}) : chercher α\alpha tel que un+1α−unα→c≠0u_{n+1}^{\alpha}-u_{n}^{\alpha}\to c\neq0 ; le théorème de Cesàro donne unαn→c\frac{u_{n}^{\alpha}}{n}\to c, d’où un équivalent de unu_{n} ;
  • suite d’intégrales : encadrer l’intégrande, ou intégrer par parties pour obtenir une relation de récurrence.
Savoir-faire
  • Justifier f=O(g)f=O(g), f=o(g)f=o(g), f∼gf\sim g ; trouver un équivalent par factorisation du terme dominant ou par un équivalent usuel.
  • Lever une forme indéterminée par un DL, à l’ordre juste ; calculer un DL par somme, produit, quotient, substitution, primitivation ; passer d’un DL en aa à un DL en 00.
  • Tangente et position de la courbe ; extremum par la condition d’ordre 22 ; asymptote oblique et position ; développement asymptotique par réinjection (équation à paramètre, suite récurrente, suite d’intégrales) ; Stirling.
Exempledeux calculs types
  • Limite et position. ex−1−x1−cos⁡x\dfrac{\e^{x}-1-x}{1-\cos x} : numérateur ∼x22\sim\frac{x^{2}}{2} et dénominateur ∼x22\sim\frac{x^{2}}{2}, donc le quotient tend vers 11. Pour f(x)=ln⁡(1+x)f(x)=\ln(1+x) en 00, f(x)=x−x22+o ⁣(x2)f(x)=x-\frac{x^{2}}{2}+o\!\left(x^{2}\right) : la tangente est y=xy=x et f(x)−x∼−x22<0f(x)-x\sim-\frac{x^{2}}{2}<0, la courbe est en dessous de sa tangente (concavité du logarithme).
  • Développement asymptotique. (1+1n)n=exp⁡ ⁣(nln⁡ ⁣(1+1n))=exp⁡ ⁣(1−12n+o ⁣(1n))=e(1−12n+o ⁣(1n))\left(1+\frac1n\right)^{n}=\exp\!\left(n\ln\!\left(1+\frac1n\right)\right)=\exp\!\left(1-\frac{1}{2n}+o\!\left(\frac1n\right)\right)=\e\left(1-\frac{1}{2n}+o\!\left(\frac1n\right)\right), donc e−(1+1n)n∼e2n\e-\left(1+\frac1n\right)^{n}\sim\dfrac{\e}{2n}.
Pièges
  • Additionner des équivalents, composer un équivalent par exp⁡\exp ou ln⁡\ln, remplacer un terme par un équivalent dans une somme où il y a compensation ; écrire « f∼0f\sim0 » ; oublier de préciser le point.
  • Écrire un DL sans son reste ou avec un reste de mauvais ordre ; oublier la constante f(a)f(a) en primitivant ; dériver un DL ; travailler à un ordre insuffisant et obtenir 0+o(1)0+o(1), qui n’apprend rien.
  • Conclure à un extremum à partir de f′(a)=f′′(a)=0f'(a)=f''(a)=0 ; invoquer un « théorème de composition des DL » (il n’y en a aucun au programme : on substitue).

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

1

Exercices de base

PDF

Les bases : oo, OO, ∼\sim, croissances comparées, développements limités usuels et opérations

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 2 h 30sans calculatrice

  1. Vrai ou fauxDifficulté 1 sur 3
  2. Équivalents de suitesDifficulté 1 sur 3
  3. Croissances comparéesDifficulté 1 sur 3
  4. Équivalents de fonctions, en 00 puis ailleursDifficulté 2 sur 3
  5. Les DL usuels et leurs substitutions immédiatesDifficulté 1 sur 3
  6. Combinaison linéaire et produitDifficulté 2 sur 3
  7. QuotientsDifficulté 2 sur 3
  8. SubstitutionsDifficulté 2 sur 3
  9. PrimitivationDifficulté 2 sur 3
  10. Développements limités en un point a≠0a\neq0Difficulté 2 sur 3
  11. Limites par développement limitéDifficulté 2 sur 3
  12. Tangente, asymptote et positionsDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

PDF

Mise en œuvre : étude locale, asymptotes, suites récurrentes, équations à paramètre, intégrales

9 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hsans calculatrice

  1. Cinq raisonnements à examinerDifficulté 2 sur 3
  2. Quatre développements limitésDifficulté 2 sur 3
  3. Formes indéterminées de type 1∞1^{\infty}Difficulté 2 sur 3
  4. Étude locale de x↦(1+x)e−xx\mapsto(1+x)\e^{-x}Difficulté 2 sur 3
  5. Asymptotes de x↦x e1/xx\mapsto x\,\e^{1/x}Difficulté 2 sur 3
  6. Une suite récurrente : un+1=un−un2u_{n+1}=u_{n}-u_{n}^{2}Difficulté 2 sur 3
  7. Une équation à paramètre : x+ln⁡x=nx+\ln x=nDifficulté 2 sur 3
  8. Une suite d’intégralesDifficulté 2 sur 3
  9. Autour de la formule de StirlingDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

PDF

Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Quatre calculs8 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Étude de x↦ln⁡(1+x)xx\mapsto\dfrac{\ln(1+x)}{x}7 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

PDF

Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Quatre calculs7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. La suite un+1=ln⁡(1+un)u_{n+1}=\ln(1+u_{n})8 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

PDF

Démonstrations du cours, constante d’Euler, intégrales de Wallis, équations à paramètre

7 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hsans calculatrice

  1. Unicité d’un développement limité, et ce qu’elle ne donne pasDifficulté 3 sur 3
  2. La formule de Taylor-Young par récurrenceDifficulté 3 sur 3
  3. La constante d’EulerDifficulté 3 sur 3
  4. La suite un+1=sin⁡unu_{n+1}=\sin u_{n}Difficulté 3 sur 3
  5. L’équation xn+x=1x^{n}+x=1Difficulté 3 sur 3
  6. Développement limité d’une fonction réciproqueDifficulté 3 sur 3
  7. Les intégrales de WallisDifficulté 3 sur 3
6

DS type concours

PDF

Les solutions de l’équation tan⁡x=x\tan x=x : existence, localisation, développement asymptotique

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

PDF

Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Un développement limité et une limiteDifficulté 1 sur 3
  2. Une puissance indéterminéeDifficulté 2 sur 3
  3. Une suite récurrenteDifficulté 2 sur 3
  4. Une suite d’intégralesDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables