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MPSI · Mathématiques · Algèbre · Chapitre 17

Dimension et applications linéaires

Fiche de cours10 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026

K\mathbb{K} désigne R\R ou C\C, et EE, FF, GG des K\mathbb{K}-espaces vectoriels ; toute hypothèse de dimension finie est écrite explicitement. L’étude théorique des espaces de dimension infinie et la dualité sont hors programme.

1Espaces de dimension finie, existence de bases

Définition. EE est de dimension finie s’il admet une famille génératrice finie. Sinon, EE est dit de dimension infinie.

Notation. Kn\mathbb{K}^{n}, Kn[X]\mathbb{K}_{n}[X], Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) sont de dimension finie ; K[X]\mathbb{K}[X] et KN\mathbb{K}^{\N} ne le sont pas.

Théorème — base extraite. Soit E≠{0}E\neq\ens{0} de dimension finie et (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) une famille génératrice de EE. Alors on peut en extraire une base : il existe I⊂⟦1 ;n⟧I\subset\intent{1}{n} tel que (xi)i∈I(x_{i})_{i\in I} soit une base de EE.

Théorème — base incomplète. Soit EE de dimension finie, (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) une famille génératrice de EE et (xi)i∈I(x_{i})_{i\in I} une sous-famille libre (I⊂⟦1 ;n⟧I\subset\intent{1}{n}). Alors il existe JJ avec I⊂J⊂⟦1 ;n⟧I\subset J\subset\intent{1}{n} tel que (xj)j∈J(x_{j})_{j\in J} soit une base de EE. En particulier : toute famille libre d’un espace de dimension finie se complète en une base à l’aide de vecteurs d’une famille génératrice donnée.

Idée de preuve (exigible). On considère l’ensemble des parties J⊃IJ\supset I telles que (xj)j∈J(x_{j})_{j\in J} soit libre ; il est non vide (il contient II) et fini, donc possède un élément JJ de cardinal maximal. Pour k∉Jk\notin J, la famille (xj)j∈J∪(xk)(x_{j})_{j\in J}\cup(x_{k}) est liée par maximalité, donc xk∈Vect⁡(xj)j∈Jx_{k}\in\operatorname{Vect}(x_{j})_{j\in J} (le seul coefficient pouvant être non nul dans une relation est celui de xkx_{k}, car (xj)j∈J(x_{j})_{j\in J} est libre). Ainsi Vect⁡(xj)j∈J\operatorname{Vect}(x_{j})_{j\in J} contient tous les xkx_{k}, donc contient Vect⁡(x1,…,xn)=E\operatorname{Vect}(x_{1},\dots,x_{n})=E : la famille est libre et génératrice, c’est une base.

Remarque. Il n’y a aucune unicité du complément, et on ne complète pas avec n’importe quel vecteur : ((1,1,0),(0,0,1))\bigl((1,1,0),(0,0,1)\bigr) est libre dans R3\R^{3} mais (2,2,0)(2,2,0) ne la complète pas en une base.

2Dimension

Théorème — lemme fondamental. Si EE est engendré par nn vecteurs, alors toute famille de n+1n+1 vecteurs de EE est liée. Autrement dit : dans un espace engendré par nn vecteurs, une famille libre a au plus nn éléments.

Idée de preuve (exigible). Récurrence sur nn : pour n=1n=1, deux vecteurs d’une droite sont colinéaires ; pour l’hérédité, on décompose les n+1n+1 vecteurs sur la famille génératrice et l’on élimine le dernier générateur par combinaisons, se ramenant à nn vecteurs d’un espace engendré par n−1n-1 vecteurs.

Théorème — dimension. Si E≠{0}E\neq\ens{0} est de dimension finie, toutes ses bases ont le même cardinal fini, appelé dimension de EE et noté dim⁡E\dim E. Par convention dim⁡{0}=0\dim\ens{0}=0.

Propriété — dimensions usuelles.

Formulaire
  • dim⁡Kn=n\dim\mathbb{K}^{n}=n (base canonique) ; dim⁡Kn[X]=n+1\dim\mathbb{K}_{n}[X]=n+1 (base (1,X,…,Xn)(1,X,\dots,X^{n})) ; dim⁡Mn,p(K)=np\dim\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})=np.
  • C\C vu comme R\R-espace vectoriel est de dimension 22 (base (1,i)(1,i)) : la dimension dépend du corps de base.
  • dim⁡(E1×⋯×Em)=dim⁡E1+⋯+dim⁡Em\dim(E_{1}\times\dots\times E_{m})=\dim E_{1}+\dots+\dim E_{m}.
  • Solutions de y′+a(t)y=0y'+a(t)y=0 sur un intervalle II (aa continue) : dimension 11. Solutions de y′′+by′+cy=0y''+by'+cy=0 (b,cb,c constantes) : dimension 22. Suites vérifiant un+2=αun+1+βunu_{n+2}=\alpha u_{n+1}+\beta u_{n} avec β≠0\beta\neq0 : dimension 22.

Théorème — caractérisation des bases par le cardinal. Soit EE de dimension finie n⩾1n\geq1 et F\mathcal{F} une famille de exactement nn vecteurs de EE. Alors

F est une base  ⟺  F est libre  ⟺  F est geˊneˊratrice.\mathcal{F}\ \text{est une base}\iff\mathcal{F}\ \text{est libre}\iff\mathcal{F}\ \text{est génératrice}.

Méthode — prouver qu’une famille est une base. compter d’abord ses éléments. Si le cardinal vaut dim⁡E\dim E, une seule des deux vérifications suffit — en pratique la liberté, qui se ramène à un système linéaire homogène.

Définition. Le rang d’une famille finie de vecteurs est rg⁡(x1,…,xn)=dim⁡Vect⁡(x1,…,xn)\operatorname{rg}(x_{1},\dots,x_{n})=\dim\operatorname{Vect}(x_{1},\dots,x_{n}). On a toujours rg⁡(x1,…,xn)⩽n\operatorname{rg}(x_{1},\dots,x_{n})\leq n, avec égalité si et seulement si la famille est libre.

3Sous-espaces et dimension

Théorème. Soit EE de dimension finie et FF un sous-espace de EE. Alors FF est de dimension finie,  dim⁡F⩽dim⁡E\ \dim F\leq\dim E, et

dim⁡F=dim⁡E  ⟺  F=E.\boxed{\dim F=\dim E\iff F=E.}

Remarque. L’implication « dim⁡F=dim⁡E⇒F=E\dim F=\dim E\Rightarrow F=E » exige que FF soit un sous-espace de EE et dim⁡E\dim E finie ; deux sous-espaces quelconques de même dimension n’ont, eux, aucune raison d’être égaux.

Théorème — formule de Grassmann. Si E1E_{1} et E2E_{2} sont deux sous-espaces de dimension finie de EE,

dim⁡(E1+E2)=dim⁡E1+dim⁡E2−dim⁡(E1∩E2).\boxed{\dim(E_{1}+E_{2})=\dim E_{1}+\dim E_{2}-\dim(E_{1}\cap E_{2}).}

Idée de preuve (exigible). On complète une base (ai)(a_{i}) de E1∩E2E_{1}\cap E_{2} en une base (ai,bj)(a_{i},b_{j}) de E1E_{1} et en une base (ai,ck)(a_{i},c_{k}) de E2E_{2} ; la famille (ai,bj,ck)(a_{i},b_{j},c_{k}) est une base de E1+E2E_{1}+E_{2} — pour la liberté, on écrit ∑λjbj=−∑μkck∈E1∩E2\sum\lambda_{j}b_{j}=-\sum\mu_{k}c_{k}\in E_{1}\cap E_{2}.

Théorème — somme directe et dimension. Soient E1,E2E_{1},E_{2} de dimension finie. Alors

dim⁡(E1⊕E2)=dim⁡E1+dim⁡E2,\dim(E_{1}\oplus E_{2})=\dim E_{1}+\dim E_{2},

et, si EE est de dimension finie, deux des trois conditions suivantes entraînent la troisième — donc caractérisent E=E1⊕E2E=E_{1}\oplus E_{2} :

(i) E1∩E2={0} ;(ii) E1+E2=E ;(iii) dim⁡E1+dim⁡E2=dim⁡E.\text{(i) } E_{1}\cap E_{2}=\ens{0}\ ;\qquad \text{(ii) } E_{1}+E_{2}=E\ ;\qquad \text{(iii) } \dim E_{1}+\dim E_{2}=\dim E.

Théorème — existence d’un supplémentaire. Tout sous-espace FF d’un espace EE de dimension finie admet au moins un supplémentaire, et tous ses supplémentaires ont pour dimension dim⁡E−dim⁡F\dim E-\dim F. Un supplémentaire n’est jamais unique dès que F≠{0}F\neq\ens{0} et F≠EF\neq E.

Notation — base adaptée. Si E=F⊕GE=F\oplus G, la concaténation d’une base de FF et d’une base de GG est une base de EE, dite adaptée à la décomposition. Plus généralement pour E=F1⊕⋯⊕FmE=F_{1}\oplus\dots\oplus F_{m}.

4Applications linéaires : noyau, image, rang

Définition. u:E→Fu:E\to F est linéaire si u(λx+μy)=λu(x)+μu(y)u(\lambda x+\mu y)=\lambda u(x)+\mu u(y) pour tous x,y∈Ex,y\in E, λ,μ∈K\lambda,\mu\in\mathbb{K}. On note L(E,F)\mathcal{L}(E,F) l’ensemble de ces applications ; c’est un K\mathbb{K}-espace vectoriel. Un isomorphisme est une application linéaire bijective ; sa réciproque est alors linéaire.

Propriété. Ker⁡u={x∈E, u(x)=0F}\operatorname{Ker} u=\ens{x\in E,\ u(x)=0_{F}} est un sous-espace de EE ; Im⁡u=u(E)\operatorname{Im} u=u(E) est un sous-espace de FF. Plus généralement l’image directe et l’image réciproque d’un sous-espace par uu sont des sous-espaces.

Théorème — caractérisation de l’injectivité. uu est injective   ⟺  Ker⁡u={0E}\iff\operatorname{Ker} u=\ens{0_{E}}.

Idée de preuve (exigible). Si uu est injective et u(x)=0=u(0)u(x)=0=u(0) alors x=0x=0. Réciproquement, u(x)=u(y)⇒u(x−y)=0⇒x−y∈Ker⁡u={0}u(x)=u(y)\Rightarrow u(x-y)=0\Rightarrow x-y\in\operatorname{Ker} u=\ens{0}, par linéarité.

Propriété — image et famille génératrice. Si (xi)i∈I(x_{i})_{i\in I} engendre EE, alors Im⁡u=Vect⁡(u(xi))i∈I\operatorname{Im} u=\operatorname{Vect}\bigl(u(x_{i})\bigr)_{i\in I}. En particulier, si B=(e1,…,ep)\mathcal{B}=(e_{1},\dots,e_{p}) est une base de EE,  Im⁡u=Vect⁡(u(e1),…,u(ep))\ \operatorname{Im} u=\operatorname{Vect}\bigl(u(e_{1}),\dots,u(e_{p})\bigr) et  rg⁡u=rg⁡(u(e1),…,u(ep))\ \operatorname{rg} u=\operatorname{rg}\bigl(u(e_{1}),\dots,u(e_{p})\bigr).

Définition. Si Im⁡u\operatorname{Im} u est de dimension finie, le rang de uu est rg⁡u=dim⁡Im⁡u\operatorname{rg} u=\dim\operatorname{Im} u.

Propriété. Pour u∈L(E,F)u\in\mathcal{L}(E,F) et v∈L(F,G)v\in\mathcal{L}(F,G) (images de dimension finie) :  rg⁡(v∘u)⩽min⁡(rg⁡u,rg⁡v)\ \operatorname{rg}(v\circ u)\leq\min(\operatorname{rg} u,\operatorname{rg} v). De plus le rang est invariant par composition par un isomorphisme : si φ\varphi et ψ\psi sont des isomorphismes, rg⁡(ψ∘u∘φ)=rg⁡u\operatorname{rg}(\psi\circ u\circ\varphi)=\operatorname{rg} u.

5Endomorphismes, projecteurs et symétries

Définition. Un endomorphisme de EE est un élément de L(E)=L(E,E)\mathcal{L}(E)=\mathcal{L}(E,E). (L(E),+,∘)\bigl(\mathcal{L}(E),+,\circ\bigr) est un anneau d’unité id⁡E\operatorname{id}_{E}, non commutatif dès que dim⁡E⩾2\dim E\geq2. On note vuvu pour v∘uv\circ u et uku^{k} pour u∘⋯∘uu\circ\dots\circ u. Les automorphismes de EE forment le groupe GL(E)\mathrm{GL}(E) des inversibles de cet anneau.

Définition. Si E=F⊕GE=F\oplus G, la projection sur FF parallèlement à GG est p:x=xF+xG↦xFp:x=x_{F}+x_{G}\mapsto x_{F}, et la symétrie associée est s:x↦xF−xGs:x\mapsto x_{F}-x_{G}.

Théorème — caractérisations. Soit p∈L(E)p\in\mathcal{L}(E). Alors

p est un projecteur (i.e. p2=p)  ⟺  p est la projection sur Im⁡p paralleˋlement aˋ Ker⁡p,p\ \text{est un projecteur}\ (\text{i.e. } p^{2}=p)\iff p\ \text{est la projection sur }\operatorname{Im} p\ \text{parallèlement à }\operatorname{Ker} p,

et dans ce cas  E=Im⁡p⊕Ker⁡p\ \boxed{E=\operatorname{Im} p\oplus\operatorname{Ker} p} avec Im⁡p=Ker⁡(p−id⁡E)\operatorname{Im} p=\operatorname{Ker}(p-\operatorname{id}_{E}) : les vecteurs de Im⁡p\operatorname{Im} p sont exactement les vecteurs invariants. De même s2=id⁡Es^{2}=\operatorname{id}_{E} si et seulement si ss est la symétrie associée à E=Ker⁡(s−id⁡E)⊕Ker⁡(s+id⁡E)E=\operatorname{Ker}(s-\operatorname{id}_{E})\oplus\operatorname{Ker}(s+\operatorname{id}_{E}). Enfin p↦s=2p−id⁡Ep\mapsto s=2p-\operatorname{id}_{E} est une bijection entre projecteurs et symétries.

Idée de preuve (exigible). Si p2=pp^{2}=p : pour x∈Ex\in E, x=p(x)+(x−p(x))x=p(x)+\bigl(x-p(x)\bigr) avec p(x)∈Im⁡pp(x)\in\operatorname{Im} p et p(x−p(x))=p(x)−p2(x)=0p\bigl(x-p(x)\bigr)=p(x)-p^{2}(x)=0, donc E=Im⁡p+Ker⁡pE=\operatorname{Im} p+\operatorname{Ker} p. Si y∈Im⁡p∩Ker⁡py\in\operatorname{Im} p\cap\operatorname{Ker} p, écrivons y=p(x)y=p(x) : alors y=p(x)=p2(x)=p(y)=0y=p(x)=p^{2}(x)=p(y)=0. D’où la somme directe, et pp est bien l’identité sur Im⁡p\operatorname{Im} p.

Remarque. E=Im⁡u⊕Ker⁡uE=\operatorname{Im} u\oplus\operatorname{Ker} u est faux pour un endomorphisme quelconque : pour u:(x,y)↦(y,0)u:(x,y)\mapsto(y,0) dans R2\R^{2}, Im⁡u=Ker⁡u=R×{0}\operatorname{Im} u=\operatorname{Ker} u=\R\times\ens{0}. Le théorème du rang ne donne que l’égalité des dimensions.

Figure 1 — Projection et symétrie associées à E=F⊕GE=F\oplus G ; hyperplan HH, droite supplémentaire et hyperplan affine a+Ha+H.

6Applications linéaires en dimension finie

Théorème — détermination par l’image d’une base. Soit B=(e1,…,ep)\mathcal{B}=(e_{1},\dots,e_{p}) une base de EE et (f1,…,fp)(f_{1},\dots,f_{p}) une famille quelconque de FF. Il existe une unique u∈L(E,F)u\in\mathcal{L}(E,F) telle que u(ei)=fiu(e_{i})=f_{i} pour tout ii ; elle est donnée par u(∑λiei)=∑λifiu\left(\sum\lambda_{i}e_{i}\right)=\sum\lambda_{i}f_{i}. De plus

u injective  ⟺  (f1,…,fp) libre,u surjective  ⟺  (f1,…,fp) geˊneˊratrice de F,u\ \text{injective}\iff(f_{1},\dots,f_{p})\ \text{libre},\qquad u\ \text{surjective}\iff(f_{1},\dots,f_{p})\ \text{génératrice de }F,
u bijective  ⟺  (f1,…,fp) est une base de F.u\ \text{bijective}\iff(f_{1},\dots,f_{p})\ \text{est une base de }F.

Théorème — espaces isomorphes. Deux espaces de dimension finie sont isomorphes si et seulement s’ils ont même dimension. En particulier tout espace de dimension nn est isomorphe à Kn\mathbb{K}^{n} (isomorphisme « coordonnées dans une base »). Enfin  dim⁡L(E,F)=dim⁡E×dim⁡F\ \dim\mathcal{L}(E,F)=\dim E\times\dim F.

Théorème — dimensions égales. Soient EE et FF de même dimension finie et u∈L(E,F)u\in\mathcal{L}(E,F). Alors

u injective  ⟺  u surjective  ⟺  u bijective.\boxed{u\ \text{injective}\iff u\ \text{surjective}\iff u\ \text{bijective}.}

En particulier, en dimension finie, un endomorphisme inversible à gauche ou à droite est inversible.

Remarque. L’équivalence tombe si dim⁡E≠dim⁡F\dim E\neq\dim F, et en dimension infinie : sur K[X]\mathbb{K}[X], P↦XPP\mapsto XP est injective non surjective et P↦P′P\mapsto P' surjective non injective.

Théorème — théorème du rang. Soit u∈L(E,F)u\in\mathcal{L}(E,F) avec EE de dimension finie.

  • Forme géométrique : si SS est un supplémentaire de Ker⁡u\operatorname{Ker} u dans EE, alors uu induit un isomorphisme de SS sur Im⁡u\operatorname{Im} u.
  • Formule :  dim⁡E=dim⁡Ker⁡u+rg⁡u.\ \boxed{\dim E=\dim\operatorname{Ker} u+\operatorname{rg} u.}

Idée de preuve (exigible). Soit SS un supplémentaire de Ker⁡u\operatorname{Ker} u (il existe, EE étant de dimension finie) et u~:S→Im⁡u\widetilde{u}:S\to\operatorname{Im} u la restriction de uu. Injectivité : Ker⁡u~=S∩Ker⁡u={0}\operatorname{Ker}\widetilde{u}=S\cap\operatorname{Ker} u=\ens{0}. Surjectivité : pour x∈Ex\in E, x=xS+xKx=x_{S}+x_{K} donne u(x)=u(xS)∈u~(S)u(x)=u(x_{S})\in\widetilde{u}(S). Donc dim⁡S=rg⁡u\dim S=\operatorname{rg} u, et dim⁡E=dim⁡Ker⁡u+dim⁡S\dim E=\dim\operatorname{Ker} u+\dim S.

Attention

La formule fait intervenir dim⁡E\dim E, la dimension de l’espace de départ, et non dim⁡F\dim F : écrire dim⁡Ker⁡u+rg⁡u=dim⁡F\dim\operatorname{Ker} u+\operatorname{rg} u=\dim F est l’erreur la plus fréquente du chapitre. Conséquences utiles : rg⁡u⩽min⁡(dim⁡E,dim⁡F)\operatorname{rg} u\leq\min(\dim E,\dim F) et dim⁡Ker⁡u⩾dim⁡E−dim⁡F\dim\operatorname{Ker} u\geq\dim E-\dim F.

7Formes linéaires et hyperplans

Définition. Une forme linéaire sur EE est un élément de L(E,K)\mathcal{L}(E,\mathbb{K}). Si B=(e1,…,en)\mathcal{B}=(e_{1},\dots,e_{n}) est une base de EE, les formes coordonnées ei∗:∑λjej↦λie_{i}^{*}:\sum\lambda_{j}e_{j}\mapsto\lambda_{i} sont des formes linéaires.

Définition. Un hyperplan de EE est le noyau d’une forme linéaire non nulle.

Théorème. Soit EE de dimension finie n⩾1n\geq1 et HH un sous-espace de EE. Alors

H est un hyperplan  ⟺  dim⁡H=n−1  ⟺  ∃ a∉H, E=H⊕Ka.H\ \text{est un hyperplan}\iff\dim H=n-1\iff\exists\,a\notin H,\ E=H\oplus\mathbb{K} a.

Plus précisément : si HH est un hyperplan et DD une droite non contenue dans HH, alors E=H⊕DE=H\oplus D ; réciproquement, tout supplémentaire d’une droite est un hyperplan.

Idée de preuve (exigible). Soit H=Ker⁡φH=\operatorname{Ker}\varphi avec φ≠0\varphi\neq0 : φ\varphi est surjective sur K\mathbb{K} (son image est un sous-espace non nul de K\mathbb{K}), donc rg⁡φ=1\operatorname{rg}\varphi=1 et le théorème du rang donne dim⁡H=n−1\dim H=n-1. Si D=KaD=\mathbb{K} a avec a∉Ha\notin H, alors φ(a)≠0\varphi(a)\neq0 et H∩D={0}H\cap D=\ens{0} ; comme dim⁡H+dim⁡D=n\dim H+\dim D=n, on a E=H⊕DE=H\oplus D. Concrètement, x=(x−φ(x)φ(a)a)+φ(x)φ(a)ax=\left(x-\frac{\varphi(x)}{\varphi(a)}a\right)+\frac{\varphi(x)}{\varphi(a)}a.

Propriété — équations. En dimension nn, un hyperplan HH admet, dans une base fixée, une équation α1x1+⋯+αnxn=0\alpha_{1}x_{1}+\dots+\alpha_{n}x_{n}=0 avec (α1,…,αn)≠(0,…,0)(\alpha_{1},\dots,\alpha_{n})\neq(0,\dots,0), et deux équations d’un même hyperplan sont proportionnelles (de rapport non nul).

Théorème — intersections d’hyperplans. L’intersection de mm hyperplans de EE (dim⁡E=n\dim E=n) est un sous-espace de dimension ⩾n−m\geq n-m. Réciproquement, tout sous-espace de dimension n−mn-m est l’intersection de mm hyperplans : c’est son système d’équations, formé de mm équations indépendantes.

Remarque. Dans R2\R^{2} les hyperplans sont les droites vectorielles (ax+by=0ax+by=0) ; dans R3\R^{3} ce sont les plans vectoriels (ax+by+cz=0ax+by+cz=0), et une droite vectorielle est l’intersection de deux plans, donc décrite par un système de deux équations indépendantes.

8Sous-espaces affines

Définition. Un sous-espace affine de EE est une partie de la forme A=a+F={a+x, x∈F}\mathcal{A}=a+F=\ens{a+x,\ x\in F}, où a∈Ea\in E et FF est un sous-espace vectoriel de EE, appelé direction de A\mathcal{A} ; on pose dim⁡A=dim⁡F\dim\mathcal{A}=\dim F. La direction est unique, et a+F=b+F  ⟺  b−a∈Fa+F=b+F\iff b-a\in F : tout point de A\mathcal{A} peut servir de point de base. Un hyperplan affine est un sous-espace affine de direction un hyperplan.

Remarque. Un sous-espace affine n’est un sous-espace vectoriel que s’il contient 00, c’est-à-dire si a∈Fa\in F. L’intersection de deux sous-espaces affines est vide ou un sous-espace affine de direction F1∩F2F_{1}\cap F_{2} : contrairement au cas vectoriel, elle peut être vide.

Théorème — équation linéaire. Soient u∈L(E,F)u\in\mathcal{L}(E,F) et b∈Fb\in F. L’ensemble S={x∈E, u(x)=b}\mathcal{S}=\ens{x\in E,\ u(x)=b} est

  • vide si b∉Im⁡ub\notin\operatorname{Im} u ;
  • le sous-espace affine x0+Ker⁡ux_{0}+\operatorname{Ker} u si b∈Im⁡ub\in\operatorname{Im} u, où x0x_{0} est une solution particulière.

Autrement dit : solution générale == solution particulière ++ solution générale de l’équation homogène, et dim⁡S=dim⁡Ker⁡u\dim\mathcal{S}=\dim\operatorname{Ker} u.

Remarque. Ce seul énoncé recouvre les systèmes linéaires AX=BAX=B, les équations différentielles y′+ay=by'+ay=b et y′′+by′+cy=fy''+by'+cy=f, les suites arithmético-géométriques, et l’interpolation de Lagrange.

Savoir-faire
  • Déterminer la dimension et une base d’un sous-espace donné par un système d’équations, ou par une famille génératrice (calcul d’un rang).
  • Calculer Ker⁡u\operatorname{Ker} u, Im⁡u\operatorname{Im} u, rg⁡u\operatorname{rg} u, contrôler par le théorème du rang, conclure à l’injectivité, la surjectivité ou la bijectivité.
  • Appliquer Grassmann ; reconnaître une somme directe par la caractérisation dimensionnelle ; construire une base adaptée.
  • Reconnaître un projecteur (p2=pp^{2}=p) ou une symétrie (s2=id⁡s^{2}=\operatorname{id}), en déterminer les sous-espaces Im⁡p\operatorname{Im} p et Ker⁡p\operatorname{Ker} p, ou Ker⁡(s−id⁡)\operatorname{Ker}(s-\operatorname{id}) et Ker⁡(s+id⁡)\operatorname{Ker}(s+\operatorname{id}).
  • Donner une équation, ou un système d’équations, d’un sous-espace ; décrire l’ensemble des solutions de u(x)=bu(x)=b comme sous-espace affine.
Exempleun calcul type, mené jusqu’au contrôle

Soit u:R3→R3u:\R^{3}\to\R^{3}, u(x,y,z)=(x+y−z, 2x−y+z, x−2y+2z)u(x,y,z)=(x+y-z,\ 2x-y+z,\ x-2y+2z). Elle est linéaire (chaque coordonnée est une forme linéaire). Noyau : x+y−z=0x+y-z=0 et 2x−y+z=02x-y+z=0 donnent, en ajoutant, 3x=03x=0 donc x=0x=0 puis y=zy=z ; la troisième équation est alors automatiquement vérifiée. Donc Ker⁡u=Vect⁡((0,1,1))\operatorname{Ker} u=\operatorname{Vect}\bigl((0,1,1)\bigr) et dim⁡Ker⁡u=1\dim\operatorname{Ker} u=1. Image : Im⁡u=Vect⁡((1,2,1),(1,−1,−2),(−1,1,2))\operatorname{Im} u=\operatorname{Vect}\bigl((1,2,1),(1,-1,-2),(-1,1,2)\bigr) ; comme u(e3)=−u(e2)u(e_{3})=-u(e_{2}) et que les deux premiers ne sont pas colinéaires, rg⁡u=2\operatorname{rg} u=2 et Im⁡u\operatorname{Im} u est le plan d’équation a−b+c=0a-b+c=0. Contrôle : 1+2=3=dim⁡R31+2=3=\dim\R^{3}. Conséquence : u(x)=(1,2,1)u(x)=(1,2,1) a pour solutions le sous-espace affine (1,0,0)+Vect⁡((0,1,1))(1,0,0)+\operatorname{Vect}\bigl((0,1,1)\bigr), alors que u(x)=(1,0,0)u(x)=(1,0,0) n’en a aucune car 1−0+0≠01-0+0\neq0.

Pièges
  • Écrire dim⁡Ker⁡u+rg⁡u=dim⁡F\dim\operatorname{Ker} u+\operatorname{rg} u=\dim F : le théorème du rang porte sur dim⁡E\dim E, dimension du départ.
  • Appliquer « injectif   ⟺  \iff surjectif » sans l’hypothèse dim⁡E=dim⁡F<+∞\dim E=\dim F<+\infty.
  • Croire que E=Im⁡u⊕Ker⁡uE=\operatorname{Im} u\oplus\operatorname{Ker} u pour tout endomorphisme : c’est vrai pour un projecteur, faux en général.
  • Confondre rg⁡u\operatorname{rg} u et dim⁡E\dim E, ou F∪GF\cup G et F+GF+G ; parler du supplémentaire de FF.
  • Oublier de vérifier la linéarité : (x,y)↦(xy,0)(x,y)\mapsto(xy,0) et (x,y)↦(x+1,y)(x,y)\mapsto(x+1,y) ne sont pas linéaires.
  • Confondre sous-espace affine et sous-espace vectoriel ; utiliser une matrice d’application linéaire (chapitre 18).

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

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Exercices de base

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Les bases : dimension, rang, noyau et image, théorème du rang, projecteurs, hyperplans

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 2 h 30sans calculatrice

  1. Dimension et base d’un sous-espaceDifficulté 1 sur 3
  2. Rang d’une famille de vecteursDifficulté 1 sur 3
  3. Formule de GrassmannDifficulté 2 sur 3
  4. Linéaire ou non ?Difficulté 1 sur 3
  5. Noyau, image, rangDifficulté 2 sur 3
  6. Déterminer une application linéaire par l’image d’une baseDifficulté 2 sur 3
  7. Un projecteur et la symétrie associéeDifficulté 2 sur 3
  8. Un endomorphisme de R3[X]\R_{3}[X]Difficulté 2 sur 3
  9. Forme linéaire et hyperplanDifficulté 2 sur 3
  10. Systèmes d’équations d’un sous-espaceDifficulté 2 sur 3
  11. Une équation linéaire et son sous-espace affineDifficulté 2 sur 3
  12. Dimensions d’espaces de solutionsDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

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Mise en œuvre : Grassmann, théorème du rang, projecteurs, nilpotence, hyperplans, interpolation

10 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hsans calculatrice

  1. Une somme qui remplit tout l’espaceDifficulté 2 sur 3
  2. Un endomorphisme de carré nulDifficulté 2 sur 3
  3. Ce que la dimension interditDifficulté 2 sur 3
  4. Somme de deux projecteursDifficulté 2 sur 3
  5. Un endomorphisme nilpotent, et la non-commutativitéDifficulté 2 sur 3
  6. Intersection de deux hyperplansDifficulté 2 sur 3
  7. Un sous-espace affine de polynômesDifficulté 2 sur 3
  8. Les projecteurs de rang 1Difficulté 2 sur 3
  9. Un rang qui dépend d’un paramètreDifficulté 2 sur 3
  10. L’évaluation en n+1n+1 points est un isomorphismeDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Deux sous-espaces de R4\R^{4}7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Un endomorphisme de rang 1 de R3\R^{3}8 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Un endomorphisme de R3[X]\R_{3}[X]7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Deux formes linéaires et leurs noyaux8 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

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Démonstrations du cours refaites, inégalités de rang, noyaux itérés, projecteurs, hyperplans

8 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hexercices d’oral et classiques du programme

  1. Base extraite et base incomplète, autrementDifficulté 3 sur 3
  2. Rang d’une sommeDifficulté 3 sur 3
  3. Inégalité de SylvesterDifficulté 3 sur 3
  4. Noyaux et images itérésDifficulté 3 sur 3
  5. Somme de deux projecteursDifficulté 3 sur 3
  6. Tout sous-espace est une intersection d’hyperplansDifficulté 3 sur 3
  7. Le commutant d’un projecteurDifficulté 3 sur 3
  8. Ce que la dimension infinie change (hors programme)Difficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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L’opérateur de différence finie sur Rn[X]\R_{n}[X] et les polynômes binomiaux

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Deux sous-espaces supplémentaires de R4\R^{4}Difficulté 1 sur 3
  2. Une relation polynomialeDifficulté 2 sur 3
  3. Deux endomorphismes contraintsDifficulté 2 sur 3
  4. Les endomorphismes de rang 1Difficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables