1Univers, événements, variables aléatoires
Définition. Un univers est un ensemble fini non vide , dont les éléments modélisent les issues d’une expérience aléatoire ; un événement est une partie de , un événement élémentaire un singleton. Tout ce chapitre se limite au cas d’un univers fini.
Notation. Le vocabulaire probabiliste relit le vocabulaire ensembliste : « réalise » ; « et » ; « ou » ; événement contraire ; « implique » ; « et incompatibles (ou disjoints) ».
Définition. est un système complet d’événements lorsque les sont deux à deux incompatibles et . Exemple fondamental : , et plus généralement pour une variable aléatoire .
Définition. Une variable aléatoire sur est une application , où est un ensemble quelconque. Pour et on note et .
Remarque. Une variable aléatoire n’est ni un nombre ni une inconnue : c’est une fonction. On ne parlera d’espérance (resp. de variance) que lorsque (resp. ).
2Espaces probabilisés finis
Définition. Une probabilité sur est une application telle que et pour tous événements incompatibles , . Le couple est un espace probabilisé fini.
Définition. Une distribution de probabilités sur un ensemble est une famille d’éléments de de somme .
Théorème. Une probabilité sur est entièrement déterminée par la distribution , et réciproquement toute distribution provient d’une unique probabilité, donnée par .
Définition. La probabilité uniforme sur est celle de distribution constante : , et alors . C’est le modèle d’équiprobabilité : tout calcul s’y ramène à un dénombrement (chapitre 22).
Propriété — règles de calcul. Pour tous événements , : ; ; ; croissance : et alors ; enfin
Si sont deux à deux incompatibles, ; si c’est de plus un système complet, cette somme vaut . La formule du crible est hors programme : la formule de la réunion n’est disponible que pour deux événements ; au-delà, on découpe en événements deux à deux incompatibles ou l’on passe au contraire.
3Probabilités conditionnelles
Définition. Si , la probabilité conditionnelle de sachant est . Convention officielle : lorsque , de sorte que soit vraie sans hypothèse.
Théorème. est une probabilité sur : toutes les règles ci-dessus lui s’appliquent (, etc.). En revanche est une probabilité en la première variable seulement : n’a aucune raison de valoir .
Théorème — probabilités composées. Si , alors
Idée de preuve. Récurrence sur ; par croissance, tous les conditionnements écrits portent sur des événements de probabilité non nulle.
Théorème — probabilités totales. Si est un système complet d’événements, alors pour tout événement
(la seconde écriture avec la convention ci-dessus). Idée de preuve (exigible). Les sont deux à deux incompatibles et de réunion : on applique l’additivité puis la définition du conditionnement.
Théorème — formule de Bayes. Si et , ; et si est un système complet d’événements de probabilités non nulles,
Idée de preuve (exigible). Calculer de deux façons, puis développer le dénominateur par les probabilités totales.
Méthode — arbre de probabilités. un arbre dont le premier niveau est un système complet d’événements résume les trois formules : on multiplie le long d’une branche (composées), on additionne les branches aboutissant à un même événement (totales) ; Bayes remonte l’arbre.
4Lois de variables aléatoires
Définition. La loi de est la probabilité définie par ; elle est déterminée par la distribution , nulle hors de l’ensemble fini . On note lorsque . Si , alors est une variable aléatoire et . Attention, n’entraîne pas : sur équiprobable, et ont même loi et ne sont jamais égales.
Définition — lois usuelles.
- , fini non vide : est à valeurs dans et pour tout .
- , : , , ( code le succès d’une expérience). Pour , l’indicatrice suit .
- (loi binomiale), : est à valeurs dans et . Interprétation : nombre de succès lors de répétitions indépendantes d’une expérience de probabilité de succès . Contrôle : (binôme).
Définition. Pour , la loi conditionnelle de sachant est la loi de pour , c’est-à-dire la distribution .
Définition. Le couple est une variable aléatoire ; sa loi, dite loi conjointe, est donnée par les . Les lois de et sont les lois marginales, et on les retrouve par
probabilités totales appliquées au système complet (resp. ). Tout s’étend aux -uplets.
Remarque. Les marges ne déterminent pas la loi conjointe : les tableaux et ont les mêmes marges, toutes deux uniformes sur .
5Indépendance
Définition. et sont indépendants lorsque ; si , cela s’écrit . La famille est indépendante lorsque pour toute partie de .
Propriété. Si et sont indépendants, et le sont aussi (donc aussi et ) ; dans une famille indépendante, on peut remplacer certains par leurs contraires sans perdre l’indépendance.
Remarque — les deux confusions à ne jamais faire. Incompatibilité et indépendance sont sans rapport : deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants, puisque . Et l’indépendance deux à deux n’implique pas l’indépendance de la famille : il faut vérifier toutes les parties , y compris .
Définition. et sont indépendantes, ce qu’on note , lorsque pour toutes parties et les événements et sont indépendants.
Théorème — caractérisation. si et seulement si pour tous : la loi conjointe est le produit des lois marginales. De même sont indépendantes lorsque pour tous .
Notation. On modélise expériences aléatoires indépendantes par une famille finie de variables aléatoires indépendantes ; la construction explicite d’un univers portant ce -uplet n’est pas un objectif du programme.
Théorème. Si sont indépendantes de même loi , alors . Idée de preuve (exigible). est la réunion disjointe, sur les parties de cardinal , des , chacune de probabilité par indépendance.
Théorème — stabilité, lemme des coalitions. Si , alors pour toutes applications . Plus généralement (lemme des coalitions, admis) : si sont indépendantes et , alors ; l’énoncé s’étend à plus de deux coalitions, formées de blocs d’indices disjoints.
6Espérance
Définition. Pour , l’espérance de est : c’est un indicateur de position. est dite centrée si ; l’est toujours. L’espérance ne dépend que de la loi, celle d’une constante vaut , et .
Théorème — propriétés. Pour , sur à valeurs complexes et : linéarité — sans aucune hypothèse d’indépendance ; positivité : ; croissance : ; inégalité triangulaire : . En particulier .
Idée de preuve (exigible). Tout se lit sur : linéarité de la somme, positivité des , inégalité triangulaire du module.
Théorème — formule de transfert. Pour et , : on calcule sans déterminer la loi de . Elle vaut aussi pour les couples et -uplets : .
Idée de preuve (exigible). Regrouper selon la valeur de , ce qui est licite car est un système complet d’événements.
Théorème. Si , alors ; plus généralement si sont indépendantes. La réciproque est fausse (voir « décorrélées »).
Propriété. Si , ; si , ; si , . Idée de preuve (exigible) pour la binomiale. Écrire avec indépendantes et appliquer la linéarité. (Le calcul direct par marche aussi, mais la décomposition en indicatrices est la bonne méthode.)
Méthode — exemple type : décomposer en indicatrices. pour , le nombre de points fixes s’écrit avec ; comme , et : un point fixe en moyenne, quel que soit . Les n’étant pas indépendants, la variance réclamera les covariances.
7Variance, écart type, covariance
Définition. Pour : variance et écart type — des indicateurs de dispersion. est réduite si .
Théorème — formule de König-Huygens. , d’où . Idée de preuve (exigible). Avec constante, développer et appliquer la linéarité : .
Propriété. si et seulement s’il existe tel que . Pour : et . Si , la variable est centrée réduite.
Définition. La covariance est ; si , et sont dites décorrélées.
Théorème. ; est symétrique, bilinéaire, et . Si , alors et sont décorrélées ; la réciproque est fausse. Idée de preuve (exigible). Développer le produit et appliquer la linéarité (comme pour König-Huygens) ; l’implication est le théorème .
Théorème — variance d’une somme. . Si les sont deux à deux décorrélées (en particulier si elles sont indépendantes), . En particulier, pour et décorrélées, ; prendre montre que l’hypothèse est indispensable, car .
Propriété. Si , ; si , ; si , . Idée de preuve (exigible). Pour : , donc . Pour la binomiale : avec les indépendantes de loi , donc les variances s’ajoutent.
8Inégalités de concentration
Théorème — inégalité de Markov. Si est positive, alors pour tout : . Idée de preuve (exigible). On a sur tout (disjonction des cas selon que réalise ou non , en utilisant ) ; on prend l’espérance par croissance et .
Théorème — inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Pour réelle et : . Idée de preuve (exigible). Appliquer Markov à la variable positive et au seuil , en remarquant que et .
Théorème — concentration d’une moyenne. Soient indépendantes de même loi, d’espérance et de variance , et . Alors , , et
Idée de preuve (exigible). Linéarité pour l’espérance ; par indépendance et ; puis Bienaymé-Tchebychev appliqué à .
Remarque — interprétation fréquentiste. Pour indépendantes, est la fréquence de succès et , d’où : à fixé, le majorant est aussi petit qu’on veut pour grand, ce qui justifie la lecture d’une probabilité comme une fréquence. La majoration est non asymptotique — vraie pour chaque , elle fournit un explicite. On la démontre, on ne l’invoque pas sous un nom : « la loi faible des grands nombres » n’est pas un résultat du cours de première année, et la convergence en probabilité est hors programme.
- Décrire un univers fini et une probabilité dessus ; reconnaître l’équiprobabilité, se ramener à un dénombrement.
- Construire un système complet d’événements, puis appliquer composées, totales, Bayes (arbre) ; prouver ou réfuter l’indépendance de deux événements, d’une famille, de deux variables aléatoires.
- Déterminer une loi, une loi conjointe, des lois marginales, une loi conditionnelle sachant un événement.
- Calculer et par la loi, par transfert, ou par décomposition en somme d’indicatrices — presque toujours la bonne idée ; calculer une covariance, en déduire la variance d’une somme ; majorer une probabilité par Markov ou Bienaymé-Tchebychev et trouver un assurant une précision donnée.
- Confondre et ; écrire sans ; appliquer les probabilités totales à une famille qui n’est pas un système complet. Confondre incompatibles et indépendants.
- Écrire ou sans justifier l’indépendance (resp. la décorrélation) ; croire que décorrélées indépendantes.
- Confondre et le nombre ; écrire ou .
- Modéliser un tirage sans remise par une binomiale ; appliquer Markov à une variable non positive, ou Bienaymé-Tchebychev sans centrer. Formule du crible, loi géométrique ou de Poisson, fonction génératrice, densité, univers infini : hors programme.