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MPSI · Mathématiques · Fonctions de deux variables · Chapitre 26

Fonctions de deux variables

Fiche de cours11 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026
AttentionLe périmètre de ce chapitre est très étroit

« Le point de vue est donc essentiellement pratique. Toute extension et tout développement théorique supplémentaire sont hors programme. » Sont absents du programme : les dérivées partielles d’ordre 22, la classe C2\mathcal{C}^{2}, le théorème de Schwarz, la formule de Taylor à l’ordre 22, la matrice hessienne et son critère, toute condition suffisante d’extremum, la notion de fonction différentiable, les intégrales doubles. Le texte ajoute : « l’étude de la continuité d’une fonction n’est pas un objectif du programme ».

1Le plan R2\R^{2} : boules et ouverts

Notation. On identifie R2\R^{2} et le plan muni d’un repère orthonormé. Un élément A=(a,b)A=(a,b) est appelé indifféremment point ou vecteur. On munit R2\R^{2} de sa norme euclidienne canonique et du produit scalaire associé :

⟨(x,y) , (x′,y′)⟩=xx′+yy′,∥(x,y)∥=x2+y2,∥M−A∥=AM.\left\langle (x,y)\,,\,(x',y')\right\rangle=xx'+yy',\qquad \norme{(x,y)}=\sqrt{x^{2}+y^{2}},\qquad \norme{M-A}=AM.

Définition — boule ouverte. Pour A∈R2A\in\R^{2} et r>0r>0, la boule ouverte  B(A,r)={M∈R2, ∥M−A∥<r} \ B(A,r)=\ens{M\in\R^{2},\ \norme{M-A}<r}\ est le disque de centre AA et de rayon rr, privé de son cercle.

Définition — ouvert. Une partie UU de R2\R^{2} est un ouvert de R2\R^{2} si  ∀A∈U, ∃r>0, B(A,r)⊂U\ \forall A\in U,\ \exists r>0,\ B(A,r)\subset U : tout point de UU est le centre d’un disque, de rayon strictement positif, entièrement contenu dans UU.

Propriété. ∅\varnothing et R2\R^{2} sont des ouverts ; toute boule ouverte est un ouvert ; une réunion quelconque d’ouverts est un ouvert ; une intersection finie d’ouverts est un ouvert.

Méthode — montrer qu’un ensemble est ouvert. soit on exhibe, pour A∈UA\in U quelconque, un rayon rr explicite (en fonction de AA) tel que B(A,r)⊂UB(A,r)\subset U ; soit on reconnaît UU comme réunion ou intersection finie d’ensembles {g>0}\ens{g>0} avec gg continue, qui sont des ouverts.

Exempleouverts et non-ouverts

Ouverts : {x>0}\ens{x>0} (demi-plan ouvert), {x2+y2<1}\ens{x^{2}+y^{2}<1}, R2∖{(0,0)}\R^{2}\setminus\ens{(0,0)}, {xy≠0}\ens{xy\neq0}, {y>x2}\ens{y>x^{2}}. Non ouverts : le disque fermé {x2+y2⩽1}\ens{x^{2}+y^{2}\leq1} (aucune boule centrée en (1,0)(1,0) n’y est contenue), une droite, un segment, {x⩾0}\ens{x\geq0}, tout ensemble fini non vide.

Remarque. Les ouverts ne servent ici qu’à disposer d’un cadre où « bouger un peu dans toutes les directions » a un sens : c’est exactement ce dont on a besoin pour dériver et pour parler d’extremum local. Aucune topologie de R2\R^{2} n’est étudiée pour elle-même.

2Fonctions de deux variables, surface, lignes de niveau

Définition. Soit UU un ouvert de R2\R^{2}. Une fonction de deux variables sur UU est une application f:U→Rf:U\to\R. Son graphe  S={(x,y,f(x,y)), (x,y)∈U}⊂R3 \ \mathcal{S}=\ens{\bigl(x,y,f(x,y)\bigr),\ (x,y)\in U}\subset\R^{3}\ est appelé la surface d’équation z=f(x,y)z=f(x,y).

Définition. Pour λ∈R\lambda\in\R, la ligne de niveau λ\lambda de ff est  Cλ={(x,y)∈U, f(x,y)=λ}\ \mathcal{C}_{\lambda}=\ens{(x,y)\in U,\ f(x,y)=\lambda}. C’est la projection sur le plan (xOy)(xOy) de l’intersection de S\mathcal{S} avec le plan horizontal z=λz=\lambda : ce sont les « courbes de niveau » d’une carte topographique.

Définition. ff est continue en A∈UA\in U si  ∀ε>0, ∃δ>0, ∀M∈U, ∥M−A∥<δ  ⟹  ∣f(M)−f(A)∣<ε\ \forall\varepsilon>0,\ \exists\delta>0,\ \forall M\in U,\ \norme{M-A}<\delta\implies\abs{f(M)-f(A)}<\varepsilon, c’est-à-dire si f(M)→f(A)f(M)\to f(A) quand ∥M−A∥→0\norme{M-A}\to0 ; ff est continue sur UU si elle l’est en tout point de UU.

Propriété. Les applications (x,y)↦x(x,y)\mapsto x, (x,y)↦y(x,y)\mapsto y et les constantes sont continues ; somme, produit, quotient (de dénominateur ne s’annulant pas) et composition g∘fg\circ f avec gg continue sur un intervalle contenant f(U)f(U) conservent la continuité. En pratique, toute fonction obtenue par ces opérations à partir des fonctions usuelles est continue sur son ensemble de définition.

Remarque. « La notion de continuité est introduite uniquement en vue du calcul différentiel. L’étude de la continuité d’une fonction n’est pas un objectif du programme. » On ne cherchera donc jamais à étudier la continuité en un point où elle pose problème.

3Dérivées partielles, fonctions de classe C1\mathcal{C}^{1}

Définition — applications partielles. Soient UU un ouvert, f:U→Rf:U\to\R et (x0,y0)∈U(x_{0},y_{0})\in U. Les applications partielles en (x0,y0)(x_{0},y_{0}) sont x↦f(x,y0)x\mapsto f(x,y_{0}) et y↦f(x0,y)y\mapsto f(x_{0},y), définies sur un intervalle ouvert contenant respectivement x0x_{0} et y0y_{0} (c’est ici que sert l’hypothèse « UU ouvert »).

Définition — dérivées partielles. ff admet une dérivée partielle par rapport à xx en (x0,y0)(x_{0},y_{0}) si la première application partielle est dérivable en x0x_{0} ; on note alors

∂f∂x(x0,y0)=lim⁡h→0f(x0+h,y0)−f(x0,y0)h,∂f∂y(x0,y0)=lim⁡k→0f(x0,y0+k)−f(x0,y0)k.\frac{\partial f}{\partial x}(x_{0},y_{0})=\lim_{h\to0}\frac{f(x_{0}+h,y_{0})-f(x_{0},y_{0})}{h},\qquad \frac{\partial f}{\partial y}(x_{0},y_{0})=\lim_{k\to0}\frac{f(x_{0},y_{0}+k)-f(x_{0},y_{0})}{k}.

Méthode — calculer une dérivée partielle. pour ∂f/∂x\partial f/\partial x, on dérive l’expression de ff par rapport à xx en traitant yy comme une constante ; toutes les règles de dérivation d’une variable (produit, quotient, composée) s’appliquent telles quelles.

Définition — classe C1\mathcal{C}^{1}. ff est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur l’ouvert UU si ses deux dérivées partielles existent en tout point de UU et si les deux fonctions ∂f/∂x\partial f/\partial x et ∂f/∂y\partial f/\partial y sont continues sur UU.

Propriété — opérations. Si ff et gg sont de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU et λ∈R\lambda\in\R, alors f+λgf+\lambda g, fgfg et f/gf/g sur {g≠0}\ens{g\neq0} le sont, avec les formules usuelles (∂(fg)/∂x=∂f/∂x g+f ∂g/∂x\partial (fg)/\partial x=\partial f/\partial x\,g+f\,\partial g/\partial x, etc.). Si de plus φ\varphi est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur un intervalle ouvert contenant f(U)f(U), alors φ∘f\varphi\circ f est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU et

∂(φ∘f)∂x=φ′(f) ∂f∂x,∂(φ∘f)∂y=φ′(f) ∂f∂y.\frac{\partial (\varphi\circ f)}{\partial x}=\varphi'(f)\,\frac{\partial f}{\partial x},\qquad \frac{\partial (\varphi\circ f)}{\partial y}=\varphi'(f)\,\frac{\partial f}{\partial y}.

En particulier toute fonction polynomiale, et toute fonction obtenue à partir des fonctions usuelles par ces opérations, est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur l’ouvert où elle est définie.

Attention

L’existence des deux dérivées partielles en un point n’entraîne pas la continuité en ce point (commentaire explicite du programme) : elles ne décrivent le comportement de ff que le long de deux directions. C’est la continuité des dérivées partielles — la classe C1\mathcal{C}^{1} — qui donne de bonnes propriétés : toutes les hypothèses du chapitre sont des hypothèses de classe C1\mathcal{C}^{1}.

4Gradient, développement limité à l’ordre 11, plan tangent

Définition — gradient. Si ff est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU et (x0,y0)∈U(x_{0},y_{0})\in U, le gradient de ff en (x0,y0)(x_{0},y_{0}) est le vecteur de R2\R^{2}

∇f(x0,y0)=(∂f∂x(x0,y0), ∂f∂y(x0,y0)).\nabla f(x_{0},y_{0})=\left(\frac{\partial f}{\partial x}(x_{0},y_{0}),\ \frac{\partial f}{\partial y}(x_{0},y_{0})\right).

Théorème — développement limité à l’ordre 11. Soient UU un ouvert, ff de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU et (x0,y0)∈U(x_{0},y_{0})\in U. Alors, quand (h,k)→(0,0)(h,k)\to(0,0),

f(x0+h,y0+k)=f(x0,y0)+∂f∂x(x0,y0) h+∂f∂y(x0,y0) k+o(∥(h,k)∥)\boxed{f(x_{0}+h,y_{0}+k)=f(x_{0},y_{0})+\frac{\partial f}{\partial x}(x_{0},y_{0})\,h+\frac{\partial f}{\partial y}(x_{0},y_{0})\,k+o\bigl(\norme{(h,k)}\bigr)}

soit, à l’aide du gradient,  f((x0,y0)+(h,k))=f(x0,y0)+⟨∇f(x0,y0) , (h,k)⟩+o(∥(h,k)∥)\ f\bigl((x_{0},y_{0})+(h,k)\bigr)=f(x_{0},y_{0})+\left\langle \nabla f(x_{0},y_{0})\,,\,(h,k)\right\rangle+o\bigl(\norme{(h,k)}\bigr).

La démonstration est hors programme. Ce qu’il faut retenir : près de (x0,y0)(x_{0},y_{0}), ff est bien approchée par une fonction affine des deux variables — c’est l’approximation linéaire.

Remarque. Une fonction de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU est en particulier continue sur UU : le développement limité donne f(M)→f(A)f(M)\to f(A) quand M→AM\to A.

Théorème — plan tangent. Avec les mêmes hypothèses, le plan d’équation

z=f(x0,y0)+∂f∂x(x0,y0)(x−x0)+∂f∂y(x0,y0)(y−y0)\boxed{z=f(x_{0},y_{0})+\frac{\partial f}{\partial x}(x_{0},y_{0})(x-x_{0})+\frac{\partial f}{\partial y}(x_{0},y_{0})(y-y_{0})}

est le plan tangent à la surface z=f(x,y)z=f(x,y) au point (x0,y0,f(x0,y0))\bigl(x_{0},y_{0},f(x_{0},y_{0})\bigr) : c’est le plan dont le graphe approche celui de ff à un o(∥(h,k)∥)o\bigl(\norme{(h,k)}\bigr) près.

Méthode — approximation numérique. pour estimer f(x0+h,y0+k)f(x_{0}+h,y_{0}+k) avec h,kh,k petits, on calcule ff et ∇f\nabla f en un point simple voisin, puis f(x0+h,y0+k)≈f(x0,y0)+⟨∇f(x0,y0) , (h,k)⟩f(x_{0}+h,y_{0}+k)\approx f(x_{0},y_{0})+\left\langle \nabla f(x_{0},y_{0})\,,\,(h,k)\right\rangle.

Schéma

Figure 1 — La surface z=f(x,y)z=f(x,y) et son plan tangent en un point : au voisinage du point de contact, les deux se confondent au premier ordre.

5Dérivée selon un vecteur et règle de la chaîne

Définition — dérivée selon un vecteur. Soient f:U→Rf:U\to\R, A∈UA\in U et u∈R2u\in\R^{2}. La dérivée de ff en AA selon le vecteur uu est, lorsqu’elle existe,  Duf(A)=lim⁡t→0f(A+tu)−f(A)t\ D_{u}f(A)=\lim\limits_{t\to0}\dfrac{f(A+tu)-f(A)}{t}. (UU étant ouvert, A+tu∈UA+tu\in U pour tt assez petit : le quotient a un sens.)

Théorème. Si ff est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU, alors Duf(A)D_{u}f(A) existe pour tout u∈R2u\in\R^{2} et

Duf(A)=⟨∇f(A) , u⟩=u1∂f∂x(A)+u2∂f∂y(A)ouˋ u=(u1,u2).\boxed{D_{u}f(A)=\left\langle \nabla f(A)\,,\,u\right\rangle=u_{1}\frac{\partial f}{\partial x}(A)+u_{2}\frac{\partial f}{\partial y}(A)}\qquad\text{où }u=(u_{1},u_{2}).

En particulier D(1,0)f(A)=∂f/∂x(A)D_{(1,0)}f(A)=\partial f/\partial x(A) et D(0,1)f(A)=∂f/∂y(A)D_{(0,1)}f(A)=\partial f/\partial y(A).

Propriété — direction de plus forte croissance. Supposons ∇f(A)≠0\nabla f(A)\neq0. Pour tout vecteur unitaire uu, l’inégalité de Cauchy-Schwarz donne

∣Duf(A)∣=∣⟨∇f(A) , u⟩∣⩽∥∇f(A)∥,\abs{D_{u}f(A)}=\abs{\left\langle \nabla f(A)\,,\,u\right\rangle}\leq\norme{\nabla f(A)},

avec égalité si et seulement si uu est colinéaire à ∇f(A)\nabla f(A). La valeur maximale ∥∇f(A)∥\norme{\nabla f(A)} est atteinte pour u=∇f(A)∥∇f(A)∥u=\dfrac{\nabla f(A)}{\norme{\nabla f(A)}} : le gradient indique la direction dans laquelle ff croît le plus vite, et sa norme donne ce taux de croissance maximal.

Théorème — règle de la chaîne, le long d’un arc. Soient II un intervalle, xx et yy deux fonctions de classe C1\mathcal{C}^{1} sur II telles que γ(t)=(x(t),y(t))∈U\gamma(t)=\bigl(x(t),y(t)\bigr)\in U pour tout t∈It\in I, et ff de classe C1\mathcal{C}^{1} sur l’ouvert UU. Alors f∘γ:t↦f(x(t),y(t))f\circ\gamma:t\mapsto f\bigl(x(t),y(t)\bigr) est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur II et

 ⁣d ⁣dtf(x(t),y(t))=∂f∂x(x(t),y(t))x′(t)+∂f∂y(x(t),y(t))y′(t)=⟨∇f(γ(t)) , γ′(t)⟩.\boxed{\frac{\dd}{\dd t}f\bigl(x(t),y(t)\bigr)=\frac{\partial f}{\partial x}\bigl(x(t),y(t)\bigr)x'(t)+\frac{\partial f}{\partial y}\bigl(x(t),y(t)\bigr)y'(t)=\left\langle \nabla f\bigl(\gamma(t)\bigr)\,,\,\gamma'(t)\right\rangle.}

Théorème — règle de la chaîne, deux variables. Soient VV un ouvert de R2\R^{2}, φ\varphi et ψ\psi de classe C1\mathcal{C}^{1} sur VV telles que (φ(u,v),ψ(u,v))∈U\bigl(\varphi(u,v),\psi(u,v)\bigr)\in U pour tout (u,v)∈V(u,v)\in V, et ff de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU. Alors F:(u,v)↦f(φ(u,v),ψ(u,v))F:(u,v)\mapsto f\bigl(\varphi(u,v),\psi(u,v)\bigr) est de classe C1\mathcal{C}^{1} sur VV et

∂F∂u=∂f∂x(φ,ψ) ∂φ∂u+∂f∂y(φ,ψ) ∂ψ∂u,∂F∂v=∂f∂x(φ,ψ) ∂φ∂v+∂f∂y(φ,ψ) ∂ψ∂v.\frac{\partial F}{\partial u}=\frac{\partial f}{\partial x}(\varphi,\psi)\,\frac{\partial \varphi}{\partial u}+\frac{\partial f}{\partial y}(\varphi,\psi)\,\frac{\partial \psi}{\partial u},\qquad \frac{\partial F}{\partial v}=\frac{\partial f}{\partial x}(\varphi,\psi)\,\frac{\partial \varphi}{\partial v}+\frac{\partial f}{\partial y}(\varphi,\psi)\,\frac{\partial \psi}{\partial v}.
Exemplecoordonnées polaires

Pour ff de classe C1\mathcal{C}^{1} sur R2\R^{2}, posons g(r,θ)=f(rcos⁡θ,rsin⁡θ)g(r,\theta)=f(r\cos\theta,r\sin\theta). La règle de la chaîne donne, les dérivées partielles de ff étant évaluées en (rcos⁡θ,rsin⁡θ)(r\cos\theta,r\sin\theta),

∂g∂r=cos⁡θ ∂f∂x+sin⁡θ ∂f∂y,∂g∂θ=−rsin⁡θ ∂f∂x+rcos⁡θ ∂f∂y.\frac{\partial g}{\partial r}=\cos\theta\,\frac{\partial f}{\partial x}+\sin\theta\,\frac{\partial f}{\partial y},\qquad \frac{\partial g}{\partial \theta}=-r\sin\theta\,\frac{\partial f}{\partial x}+r\cos\theta\,\frac{\partial f}{\partial y}.

Théorème — le gradient est orthogonal aux lignes de niveau. Soient ff de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU et γ:I→U\gamma:I\to U un arc de classe C1\mathcal{C}^{1} tracé sur la ligne de niveau Cλ\mathcal{C}_{\lambda}, c’est-à-dire tel que f(γ(t))=λf\bigl(\gamma(t)\bigr)=\lambda pour tout t∈It\in I. Alors

∀t∈I,⟨∇f(γ(t)) , γ′(t)⟩=0.\forall t\in I,\qquad \left\langle \nabla f\bigl(\gamma(t)\bigr)\,,\,\gamma'(t)\right\rangle=0.

Idée de preuve (exigible). La fonction t↦f(γ(t))t\mapsto f(\gamma(t)) est constante sur l’intervalle II, donc de dérivée nulle ; or cette dérivée vaut ⟨∇f(γ(t)) , γ′(t)⟩\left\langle \nabla f(\gamma(t))\,,\,\gamma'(t)\right\rangle par la règle de la chaîne.

Remarque. Autrement dit : en un point où il est non nul, le gradient est orthogonal à la tangente à la ligne de niveau passant par ce point. La tangente à Cλ\mathcal{C}_{\lambda} en A=(x0,y0)A=(x_{0},y_{0}) a donc pour équation

∂f∂x(A)(x−x0)+∂f∂y(A)(y−y0)=0.\frac{\partial f}{\partial x}(A)(x-x_{0})+\frac{\partial f}{\partial y}(A)(y-y_{0})=0.

Figure 2 — Lignes de niveau de f(x,y)=x2+4y2f(x,y)=x^{2}+4y^{2} et gradient en AA : il est orthogonal à la ligne de niveau et pointe vers les niveaux croissants.

6Extremums

Définition. Soient AA une partie de R2\R^{2}, f:A→Rf:A\to\R et P∈AP\in A. ff admet en PP un maximum global sur AA si f(M)⩽f(P)f(M)\leq f(P) pour tout M∈AM\in A, et un maximum local s’il existe r>0r>0 tel que f(M)⩽f(P)f(M)\leq f(P) pour tout M∈A∩B(P,r)M\in A\cap B(P,r) ; on définit de même les minima en renversant l’inégalité. Un extremum est un maximum ou un minimum ; il est dit strict si l’inégalité est stricte pour M≠PM\neq P.

Définition — point critique. Soit ff de classe C1\mathcal{C}^{1} sur un ouvert UU. Un point P∈UP\in U est un point critique de ff si

∇f(P)=(0,0),c’est-aˋ-dire∂f∂x(P)=∂f∂y(P)=0.\nabla f(P)=(0,0),\qquad\text{c'est-à-dire}\qquad \frac{\partial f}{\partial x}(P)=\frac{\partial f}{\partial y}(P)=0.

Théorème — condition nécessaire d’extremum. Soient UU un ouvert de R2\R^{2} et ff de classe C1\mathcal{C}^{1} sur UU. Si ff admet un extremum local en P∈UP\in U, alors PP est un point critique de ff.

Démonstration (exigible). Notons P=(x0,y0)P=(x_{0},y_{0}) et supposons par exemple ff maximale localement en PP : il existe r>0r>0 tel que B(P,r)⊂UB(P,r)\subset U et f(M)⩽f(P)f(M)\leq f(P) sur B(P,r)B(P,r). L’application partielle σ:x↦f(x,y0)\sigma:x\mapsto f(x,y_{0}) est dérivable sur l’intervalle ouvert ]x0−r ;x0+r[\intoo{x_{0}-r}{x_{0}+r} et y admet un maximum en un point intérieur, x0x_{0} ; le théorème correspondant à une variable donne σ′(x0)=0\sigma'(x_{0})=0, c’est-à-dire ∂f/∂x(P)=0\partial f/\partial x(P)=0. De même avec y↦f(x0,y)y\mapsto f(x_{0},y) : ∂f/∂y(P)=0\partial f/\partial y(P)=0, d’où ∇f(P)=0\nabla f(P)=0. □\square

Attentionles deux erreurs à ne pas commettre
  • La réciproque est fausse : f(x,y)=x2−y2f(x,y)=x^{2}-y^{2} vérifie ∇f(0,0)=(0,0)\nabla f(0,0)=(0,0), mais f(t,0)=t2>0f(t,0)=t^{2}>0 et f(0,t)=−t2<0f(0,t)=-t^{2}<0 pour t≠0t\neq0 : ff prend des valeurs >f(0,0)>f(0,0) et <f(0,0)<f(0,0) dans tout disque centré en l’origine. Un point critique peut n’être ni un maximum ni un minimum.
  • L’hypothèse « UU ouvert » est essentielle : sur A=[0 ;1]2A=\intff{0}{1}^{2}, la fonction f(x,y)=x+yf(x,y)=x+y atteint son maximum en (1,1)(1,1) sans que son gradient y soit nul. Un extremum peut être atteint au bord, où le théorème ne dit rien.

Méthode — étudier les extremums sur un ouvert. aucune condition suffisante n’est au programme : après avoir déterminé les points critiques, on conclut par des arguments élémentaires. Extremum global : écrire f(M)−f(P)f(M)-f(P) comme une somme de carrés ou une quantité de signe constant (factorisation, forme canonique), ou majorer par une inégalité classique. Point critique qui n’est pas un extremum : exhiber deux vecteurs uu pour lesquels t↦f(P+tu)−f(P)t\mapsto f(P+tu)-f(P) change de signe. Extremum local : étudier le signe de f(P+(h,k))−f(P)f\bigl(P+(h,k)\bigr)-f(P) pour (h,k)(h,k) petit, en minorant les termes de plus bas degré. Sur une partie AA non ouverte : séparer les points autour desquels AA contient une boule (points critiques) et le bord (paramétrage, puis étude à une variable).

Savoir-faire
  • Reconnaître un ouvert de R2\R^{2} et le justifier par une boule explicite ; calculer des dérivées partielles, un gradient ; justifier qu’une fonction est de classe C1\mathcal{C}^{1}.
  • Écrire l’équation du plan tangent et s’en servir pour une approximation numérique.
  • Calculer une dérivée selon un vecteur, déterminer la direction de plus forte croissance ; déterminer la tangente à une ligne de niveau à l’aide du gradient.
  • Appliquer la règle de la chaîne le long d’un arc, et lors d’un changement de variables (u,v)↦(φ(u,v),ψ(u,v))(u,v)\mapsto\bigl(\varphi(u,v),\psi(u,v)\bigr) — en particulier en polaires.
  • Déterminer les points critiques, puis conclure sur leur nature par une factorisation ou une inégalité.
Exempleune étude complète

Soit f(x,y)=x4+y4−4xyf(x,y)=x^{4}+y^{4}-4xy sur l’ouvert R2\R^{2}. Elle est polynomiale, donc de classe C1\mathcal{C}^{1}, et ∇f(x,y)=(4x3−4y, 4y3−4x)\nabla f(x,y)=\left(4x^{3}-4y,\ 4y^{3}-4x\right). Le système y=x3y=x^{3}, x=y3x=y^{3} donne x=x9x=x^{9}, soit x(x8−1)=0x\left(x^{8}-1\right)=0 : les points critiques sont (0,0)(0,0), (1,1)(1,1) et (−1,−1)(-1,-1). Pour conclure, on écrit

f(x,y)+2=x4+y4−4xy+2=(x2−y2)2+2x2y2−4xy+2=(x2−y2)2+2(xy−1)2⩾0.f(x,y)+2=x^{4}+y^{4}-4xy+2=\left(x^{2}-y^{2}\right)^{2}+2x^{2}y^{2}-4xy+2=\left(x^{2}-y^{2}\right)^{2}+2(xy-1)^{2}\geq0.

Donc f⩾−2f\geq-2 sur R2\R^{2}, avec égalité si et seulement si x2=y2x^{2}=y^{2} et xy=1xy=1, c’est-à-dire en (1,1)(1,1) et (−1,−1)(-1,-1) : ff admet −2-2 pour minimum global, atteint en ces deux points. Enfin f(t,t)=2t4−4t2<0=f(0,0)f(t,t)=2t^{4}-4t^{2}<0=f(0,0) et f(t,0)=t4>0f(t,0)=t^{4}>0 pour tt petit non nul : (0,0)(0,0) n’est pas un extremum.

Pièges
  • Dériver par rapport à xx en oubliant que yy est fixé (ou l’inverse) ; confondre le gradient (un vecteur) et une dérivée (un nombre).
  • Oublier d’évaluer ∂f/∂x\partial f/\partial x et ∂f/∂y\partial f/\partial y au point courant de l’arc dans la règle de la chaîne : (f∘γ)′(t)=∂f/∂x(γ(t))x′(t)+∂f/∂y(γ(t))y′(t)(f\circ\gamma)'(t)=\partial f/\partial x\bigl(\gamma(t)\bigr)x'(t)+\partial f/\partial y\bigl(\gamma(t)\bigr)y'(t).
  • Croire qu’un point critique est un extremum, ou chercher à conclure par un « critère » d’ordre 22 : il n’y en a aucun au programme ; conclure à un extremum global à partir d’une étude locale, ou oublier le bord lorsque l’ensemble d’étude n’est pas ouvert.
  • Oublier l’hypothèse « vecteur unitaire » dans « le gradient donne la direction de plus forte croissance » ; écrire le plan tangent sous la forme z=f(x,y)+…z=f(x,y)+\dots alors que les dérivées partielles y sont évaluées au point de contact et que l’équation est affine en (x,y)(x,y).

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

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Exercices de base

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Les bases : ouverts, dérivées partielles, gradient, plan tangent, règle de la chaîne, points critiques

11 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 2 hsans calculatrice

  1. Ouverts de R2\R^{2}Difficulté 1 sur 3
  2. Calcul de dérivées partiellesDifficulté 1 sur 3
  3. Gradient, plan tangent, approximationDifficulté 1 sur 3
  4. Dérivée selon un vecteurDifficulté 1 sur 3
  5. Règle de la chaîne le long d’un arcDifficulté 2 sur 3
  6. Lignes de niveau et gradientDifficulté 2 sur 3
  7. Coordonnées polairesDifficulté 2 sur 3
  8. Points critiquesDifficulté 1 sur 3
  9. Un minimum global par somme de carrésDifficulté 2 sur 3
  10. Fonctions radialesDifficulté 2 sur 3
  11. Un changement de variables affineDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

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Applications : études d’extremums, plan tangent, changements de variables, règle de la chaîne

8 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hsans calculatrice

  1. Une étude complèteDifficulté 2 sur 3
  2. Un point critique qui est un minimum local, mais pas globalDifficulté 2 sur 3
  3. Le paraboloïde hyperbolique z=xyz=xyDifficulté 2 sur 3
  4. Extremums le long d’un cercleDifficulté 2 sur 3
  5. La droite des moindres carrésDifficulté 2 sur 3
  6. Relation d’Euler et fonctions de y/xy/xDifficulté 2 sur 3
  7. Le cône z=x2+y2z=\sqrt{x^{2}+y^{2}}Difficulté 2 sur 3
  8. Extremums sur un disque ferméDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours6 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Gradient, plan tangent et lignes de niveau7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Une étude d’extremum7 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours6 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Un changement de variables7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Un minimum global atteint en deux points7 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

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Relation d’Euler, accroissements finis, familles orthogonales, équation de transport, lignes de plus grande pente

7 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hsans calculatrice

  1. La réciproque de la relation d’EulerDifficulté 3 sur 3
  2. Les fonctions de gradient nulDifficulté 3 sur 3
  3. Accroissements finis le long d’un segmentDifficulté 3 sur 3
  4. Deux familles de lignes de niveau orthogonalesDifficulté 3 sur 3
  5. Un maximum sur un triangle ouvertDifficulté 3 sur 3
  6. L’équation de transportDifficulté 3 sur 3
  7. Lignes de plus grande penteDifficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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Une famille de fonctions fλ(x,y)=x4+y4−4λxyf_{\lambda}(x,y)=x^{4}+y^{4}-4\lambda xy

durée : 3 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Plan tangent et plus forte croissanceDifficulté 1 sur 3
  2. Un minimum sur un quadrantDifficulté 2 sur 3
  3. Fonctions homogènes de degré 11Difficulté 2 sur 3
  4. Une équation aux dérivées partiellesDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables