désigne un intervalle de non vide et non réduit à un point, et une fonction définie sur (ou sur privé d’un point) à valeurs dans . Le point où l’on étudie une limite est soit un élément de , soit une extrémité de , éventuellement si n’est pas borné : c’est la seule condition pour que « » ait un sens. Toutes les définitions sont écrites avec des inégalités larges, comme pour les suites.
1Limite en un point : les définitions quantifiées
Définition. Soient ou extrémité de , et . On dit que tend vers en , et l’on note ou , si
Notation. Les autres cas s’obtiennent en remplaçant « » et « » par la condition correspondante :
| « est proche de » | « est proche de » | |
| () | ||
| () | ||
| () | ||
| () | ||
| () | ||
| () |
Le quantificateur portant sur (ou ) vient toujours en premier : (ou ) dépend de . Ainsi s’écrit .
Définition — limites à droite, à gauche. Si n’est pas l’extrémité droite de , la limite à droite de en est la limite en de la restriction de à ; on la note ou . Définition symétrique à gauche. Dans ces limites, la valeur n’intervient pas.
Propriété. Soient intérieur à et . Si n’est pas définie en : . Si est définie en : .
Théorème — unicité, valeur en , bornitude locale. (i) Si admet une limite en dans , cette limite est unique. (ii) Si est définie en et admet une limite en , alors (prendre dans la définition). (iii) Si admet une limite finie en , alors est bornée au voisinage de : il existe et tels que pour tout avec .
Idée de preuve. (i) Si sont finies, appliquer les deux définitions avec et : pour un de tel que (il en existe, car est adhérent à ), : absurde. (iii) Prendre : sur le voisinage obtenu.
La quantité dépend de et de . Une fonction peut être bornée au voisinage de chaque point sans être bornée sur : sur .
Méthode — prouver une limite « à la main ». « Soit . » — majorer par une expression simple de , quitte à se restreindre d’abord à un voisinage de (par exemple ) pour contrôler les facteurs parasites — « Posons » (explicite, en fonction de ) — vérifier l’implication — « Ceci valant pour tout , . »
2Caractérisation séquentielle
Théorème — caractérisation séquentielle de la limite. Soient adhérent à et . Alors
Idée de preuve (exigible). : soit ; associé, puis tel que pour ; alors pour . : par contraposée. Si ne tend pas vers , il existe tel que, pour tout , un de vérifie et ; en prenant on construit de limite avec , donc .
Méthode — montrer qu’une fonction n’a pas de limite en . exhiber deux suites et de limite telles que et aient des limites différentes — ou une seule suite telle que n’ait pas de limite.
Le sens exige toutes les suites. Une seule suite ne prouve jamais l’existence d’une limite : pour et , , et pourtant n’a pas de limite en (prendre ).
3Opérations, composition, comparaison
Théorème — opérations. Soient de limites en et . Alors, en : , , , et si alors ne s’annule pas au voisinage de et . Ces énoncés s’étendent aux limites infinies hors des formes indéterminées , , , . Enfin, le produit d’une fonction bornée au voisinage de et d’une fonction de limite nulle en tend vers .
Théorème — composition. Soient , avec , et . Si et , alors .
Théorème — comparaison. Au voisinage de :
- Passage à la limite : si au voisinage de et si , dans , alors — les limites sont supposées connues.
- Encadrement : si au voisinage de avec et (), alors admet une limite en et . Variante commode : au voisinage de avec .
- Minoration / majoration : si au voisinage de et , alors (et symétriquement).
Les deux derniers points démontrent l’existence de la limite, le premier la suppose acquise ; et le passage à la limite affaiblit les inégalités strictes.
Le théorème de composition exige que admette une limite en : ce n’est pas automatique, et l’écriture n’est légitime que si est continue en . Contre-exemple : quand , mais n’a pas de limite en , et n’en a pas non plus ( à gauche, à droite).
4Continuité en un point
Définition. Soit . est continue en si , c’est-à-dire
est continue à droite (resp. à gauche) en si (resp. ) ; si est intérieur à , est continue en si et seulement si elle l’est à droite et à gauche. est continue sur si elle est continue en tout point de ; on note l’ensemble de ces fonctions.
Propriété — caractérisation séquentielle. est continue en si et seulement si, pour toute suite d’éléments de de limite , .
Propriété — opérations. Une combinaison linéaire, un produit, un quotient (là où le dénominateur ne s’annule pas) et une composée de fonctions continues sont continues. Les fonctions usuelles (polynomiales, rationnelles, , , , , , , , , , , , , , ) sont continues sur leur ensemble de définition.
Théorème — prolongement par continuité. Soient une extrémité finie de et . Si admet une limite finie en , alors la fonction définie sur par sur et est continue en : c’est le prolongement par continuité de en , et il est unique.
On ne prolonge jamais par continuité en un point où la limite est infinie ou n’existe pas : et ne se prolongent pas en . Et la limite doit être calculée, non devinée : « se prolonge en posant » n’est licite qu’après avoir prouvé .
Méthode — étudier la continuité d’une fonction définie par morceaux. sur chaque morceau ouvert, invoquer les opérations sur les fonctions usuelles ; aux points de raccord , calculer , et , et conclure par l’égalité (ou non) des trois.
5Fonctions continues sur un intervalle
Théorème — théorème des valeurs intermédiaires. Soient continue sur () et un réel compris entre et . Alors il existe tel que . En particulier, si , s’annule sur .
Idée de preuve (exigible) : dichotomie. Supposons et posons , . Connaissant avec , on note et l’on garde si , sinon. Les suites et sont adjacentes (), de limite commune . La continuité de en donne et ; le passage à la limite dans donne , donc .
Théorème — image d’un intervalle. L’image d’un intervalle par une fonction continue est un intervalle. Corollaire : si est continue et strictement croissante sur , alors ; si est continue et strictement croissante sur , alors (énoncés symétriques pour une fonction décroissante).
Théorème — théorème des bornes atteintes. Soit continue sur un segment . Alors est bornée et atteint ses bornes : il existe tels que et . Autrement dit et existent.
Idée de preuve (exigible) : Bolzano-Weierstrass. Montrons que est majorée : sinon, pour tout il existe avec ; la suite est bornée, donc possède une extraite de limite , et la continuité en donne — or cette suite tend vers : absurde. Posons alors , fini. Il existe une suite de telle que (caractérisation séquentielle du sup) ; une extraite converge vers un , et la continuité donne . Même travail pour l’inf.
Théorème — image d’un segment. L’image d’un segment par une fonction continue est un segment : si est continue sur , alors avec et .
Idée de preuve (exigible). est un intervalle (image d’un intervalle), contenu dans et contenant et (bornes atteintes) : c’est donc exactement .
Les trois hypothèses du théorème des bornes atteintes sont indispensables. Segment fermé : est continue sur et non bornée. Segment borné : sur . Continuité : et sur n’est pas bornée.
Enfin n’est pas en général : pour sur , et .
6Monotonie, injectivité, théorème de la bijection
Théorème — démonstration non exigible. Une fonction continue et injective sur un intervalle est strictement monotone sur .
Théorème — théorème de la bijection. Soit continue et strictement monotone sur un intervalle . Alors :
- est un intervalle, et réalise une bijection de sur ;
- la bijection réciproque est continue sur et strictement monotone de même sens que ;
- les courbes de et de sont symétriques par rapport à la droite d’équation .
La démonstration de la continuité de n’est pas exigible. Les bornes de se lisent sur les limites de aux bornes de .
Méthode — résoudre « l’équation admet une unique solution ». deux temps, jamais un seul. Existence : TVI (continuité sur un segment, ou image d’un intervalle avec les limites aux bornes). Unicité : stricte monotonie (souvent par le signe de , chapitre 6). On conclut alors « il existe un unique tel que… », et l’on peut encadrer par dichotomie.
Sans stricte monotonie, le TVI ne donne aucune unicité : on dit « une solution », jamais « la solution ». Et sans continuité, il ne donne rien du tout : sur ne prend jamais la valeur bien que et .
7Fonctions à valeurs complexes
Définition. Soit . Pour , signifie (module). est continue en si .
Propriété. et ; de même, est continue en si et seulement si et le sont. Unicité de la limite, caractérisation séquentielle et opérations (somme, produit, quotient, composition avec une fonction réelle) restent valables. En revanche, il n’y a dans ni ordre, ni TVI, ni bornes atteintes : seules subsistent les majorations de module, et le fait que est continue si l’est.
- Écrire et utiliser une définition quantifiée de limite ; produire un explicite en fonction de ; nier une définition de limite.
- Calculer une limite (opérations, composition, quantité conjuguée, croissances comparées, taux d’accroissement) ; prouver une non-existence par la caractérisation séquentielle.
- Étudier la continuité d’une fonction définie par morceaux ; prolonger par continuité.
- Appliquer le TVI (existence) et la stricte monotonie (unicité) ; déterminer ; utiliser le théorème des bornes atteintes ; énoncer et appliquer le théorème de la bijection.
- Un explicite. Montrons . Pour on a , donc et . Soit ; posons . Si , alors . Donc .
- Une non-existence. n’a pas de limite en : avec et , on a , , et : deux limites distinctes.
- Existence et unicité. est continue sur (polynomiale) et strictement croissante (). Comme , le TVI donne une racine dans , et la stricte croissance l’unicité : a une unique racine réelle , et .
- Inverser l’ordre des quantificateurs, ou choisir avant ; oublier « » dans la définition.
- Conclure de pour une suite que ; confondre limite et limites à droite/à gauche.
- Prolonger par continuité en un point de limite infinie ; écrire sans monotonie.
- Appliquer le TVI sans continuité, ou en déduire l’unicité ; chercher un maximum sur un intervalle qui n’est pas un segment.
- Dire « est continue donc bijective », ou oublier la stricte monotonie dans le théorème de la bijection.