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MPSI · Mathématiques · Analyse · Chapitre 9

Limites et continuité

Fiche de cours10 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026
AttentionLe cadre de tout le chapitre

II désigne un intervalle de R\R non vide et non réduit à un point, et ff une fonction définie sur II (ou sur II privé d’un point) à valeurs dans R\R. Le point aa où l’on étudie une limite est soit un élément de II, soit une extrémité de II, éventuellement ±∞\pm\infty si II n’est pas borné : c’est la seule condition pour que « x→ax\to a » ait un sens. Toutes les définitions sont écrites avec des inégalités larges, comme pour les suites.

1Limite en un point : les définitions quantifiées

Définition. Soient a∈Ia\in I ou aa extrémité de II, et ℓ∈R\ell\in\R. On dit que ff tend vers ℓ\ell en aa, et l’on note f(x)→x→aℓf(x)\xrightarrow[x\to a]{}\ell ou lim⁡x→af(x)=ℓ\lim\limits_{x\to a}f(x)=\ell, si

∀ε>0, ∃δ>0, ∀x∈I,∣x−a∣⩽δ⟹∣f(x)−ℓ∣⩽ε.\boxed{\forall\varepsilon>0,\ \exists\delta>0,\ \forall x\in I,\quad \abs{x-a}\leq\delta\Longrightarrow\abs{f(x)-\ell}\leq\varepsilon.}

Notation. Les autres cas s’obtiennent en remplaçant « ∣x−a∣⩽δ\abs{x-a}\leq\delta » et « ∣f(x)−ℓ∣⩽ε\abs{f(x)-\ell}\leq\varepsilon » par la condition correspondante :

« xx est proche de aa »« f(x)f(x) est proche de ℓ\ell »
a∈Ra\in\R∣x−a∣⩽δ\abs{x-a}\leq\delta (δ>0\delta>0)
a=+∞a=+\inftyx⩾Bx\geq B (B∈RB\in\R)
a=−∞a=-\inftyx⩽Bx\leq B (B∈RB\in\R)
ℓ∈R\ell\in\R∣f(x)−ℓ∣⩽ε\abs{f(x)-\ell}\leq\varepsilon (ε>0\varepsilon>0)
ℓ=+∞\ell=+\inftyf(x)⩾Af(x)\geq A (A∈RA\in\R)
ℓ=−∞\ell=-\inftyf(x)⩽Af(x)\leq A (A∈RA\in\R)

Le quantificateur portant sur ε\varepsilon (ou AA) vient toujours en premier : δ\delta (ou BB) dépend de ε\varepsilon. Ainsi lim⁡x→+∞f(x)=+∞\lim\limits_{x\to+\infty}f(x)=+\infty s’écrit  ∀A∈R, ∃B∈R, ∀x∈I, x⩾B⇒f(x)⩾A\ \forall A\in\R,\ \exists B\in\R,\ \forall x\in I,\ x\geq B\Rightarrow f(x)\geq A.

Définition — limites à droite, à gauche. Si aa n’est pas l’extrémité droite de II, la limite à droite de ff en aa est la limite en aa de la restriction de ff à I∩]a ;+∞[I\cap\intoo{a}{+\infty} ; on la note lim⁡x→a+f(x)\lim\limits_{x\to a^{+}}f(x) ou f(a+)f(a^{+}). Définition symétrique à gauche. Dans ces limites, la valeur f(a)f(a) n’intervient pas.

Propriété. Soient aa intérieur à II et ℓ∈R‾\ell\in\overline{\R}. Si ff n’est pas définie en aa :  lim⁡x→af=ℓ  ⟺  f(a−)=f(a+)=ℓ\ \lim\limits_{x\to a}f=\ell\iff f(a^{-})=f(a^{+})=\ell. Si ff est définie en aa :  lim⁡x→af=ℓ  ⟺  f(a−)=f(a+)=ℓ=f(a)\ \lim\limits_{x\to a}f=\ell\iff f(a^{-})=f(a^{+})=\ell=f(a).

Théorème — unicité, valeur en aa, bornitude locale. (i) Si ff admet une limite en aa dans R‾\overline{\R}, cette limite est unique. (ii) Si ff est définie en aa et admet une limite ℓ\ell en aa, alors ℓ=f(a)\ell=f(a) (prendre x=ax=a dans la définition). (iii) Si ff admet une limite finie en aa, alors ff est bornée au voisinage de aa : il existe δ>0\delta>0 et M∈R+M\in\R_{+} tels que ∣f(x)∣⩽M\abs{f(x)}\leq M pour tout x∈Ix\in I avec ∣x−a∣⩽δ\abs{x-a}\leq\delta.

Idée de preuve. (i) Si ℓ≠ℓ′\ell\neq\ell' sont finies, appliquer les deux définitions avec ε=∣ℓ−ℓ′∣3\varepsilon=\frac{\abs{\ell-\ell'}}{3} et δ=min⁡(δ1,δ2)\delta=\min(\delta_{1},\delta_{2}) : pour un xx de II tel que ∣x−a∣⩽δ\abs{x-a}\leq\delta (il en existe, car aa est adhérent à II), ∣ℓ−ℓ′∣⩽∣ℓ−f(x)∣+∣f(x)−ℓ′∣⩽23∣ℓ−ℓ′∣\abs{\ell-\ell'}\leq\abs{\ell-f(x)}+\abs{f(x)-\ell'}\leq\frac{2}{3}\abs{\ell-\ell'} : absurde. (iii) Prendre ε=1\varepsilon=1 : ∣f(x)∣⩽∣ℓ∣+1\abs{f(x)}\leq\abs{\ell}+1 sur le voisinage obtenu.

Attention

La quantité δ\delta dépend de ε\varepsilon et de aa. Une fonction peut être bornée au voisinage de chaque point sans être bornée sur II : x↦1xx\mapsto\frac{1}{x} sur ]0 ;1[\intoo{0}{1}.

Méthode — prouver une limite « à la main ». « Soit ε>0\varepsilon>0. » — majorer ∣f(x)−ℓ∣\abs{f(x)-\ell} par une expression simple de ∣x−a∣\abs{x-a}, quitte à se restreindre d’abord à un voisinage de aa (par exemple ∣x−a∣⩽1\abs{x-a}\leq1) pour contrôler les facteurs parasites — « Posons δ=…\delta=\dots » (explicite, en fonction de ε\varepsilon) — vérifier l’implication — « Ceci valant pour tout ε>0\varepsilon>0, f(x)→ℓf(x)\to\ell. »

2Caractérisation séquentielle

Théorème — caractérisation séquentielle de la limite. Soient aa adhérent à II et ℓ∈R‾\ell\in\overline{\R}. Alors

lim⁡x→af(x)=ℓ  ⟺  (pour toute suite (xn) d’eˊleˊments de I telle que xn→a, on a f(xn)→ℓ).\lim\limits_{x\to a}f(x)=\ell\iff\Bigl(\text{pour \emph{toute} suite }(x_{n})\text{ d'éléments de }I\text{ telle que }x_{n}\to a,\ \text{on a }f(x_{n})\to\ell\Bigr).

Idée de preuve (exigible). ⇒\Rightarrow : soit ε>0\varepsilon>0 ; δ\delta associé, puis NN tel que ∣xn−a∣⩽δ\abs{x_{n}-a}\leq\delta pour n⩾Nn\geq N ; alors ∣f(xn)−ℓ∣⩽ε\abs{f(x_{n})-\ell}\leq\varepsilon pour n⩾Nn\geq N. ⇐\Leftarrow : par contraposée. Si ff ne tend pas vers ℓ\ell, il existe ε0>0\varepsilon_{0}>0 tel que, pour tout δ>0\delta>0, un xx de II vérifie ∣x−a∣⩽δ\abs{x-a}\leq\delta et ∣f(x)−ℓ∣>ε0\abs{f(x)-\ell}>\varepsilon_{0} ; en prenant δ=1n+1\delta=\frac{1}{n+1} on construit (xn)(x_{n}) de limite aa avec ∣f(xn)−ℓ∣>ε0\abs{f(x_{n})-\ell}>\varepsilon_{0}, donc f(xn)↛ℓf(x_{n})\not\to\ell.

Méthode — montrer qu’une fonction n’a pas de limite en aa. exhiber deux suites (xn)(x_{n}) et (yn)(y_{n}) de limite aa telles que (f(xn))\bigl(f(x_{n})\bigr) et (f(yn))\bigl(f(y_{n})\bigr) aient des limites différentes — ou une seule suite (xn)→a(x_{n})\to a telle que (f(xn))\bigl(f(x_{n})\bigr) n’ait pas de limite.

Attention

Le sens ⇐\Leftarrow exige toutes les suites. Une seule suite ne prouve jamais l’existence d’une limite : pour f=cos⁡f=\cos et xn=2nπx_{n}=2n\pi, f(xn)→1f(x_{n})\to1, et pourtant cos⁡\cos n’a pas de limite en +∞+\infty (prendre yn=(2n+1)πy_{n}=(2n+1)\pi).

3Opérations, composition, comparaison

Théorème — opérations. Soient f,gf,g de limites ℓ,ℓ′∈R\ell,\ell'\in\R en aa et λ,μ∈R\lambda,\mu\in\R. Alors, en aa : λf+μg→λℓ+μℓ′\lambda f+\mu g\to\lambda\ell+\mu\ell',  fg→ℓℓ′\ fg\to\ell\ell', ∣f∣→∣ℓ∣\abs{f}\to\abs{\ell}, et si ℓ′≠0\ell'\neq0 alors gg ne s’annule pas au voisinage de aa et fg→ℓℓ′\frac{f}{g}\to\frac{\ell}{\ell'}. Ces énoncés s’étendent aux limites infinies hors des formes indéterminées ∞−∞\infty-\infty, 0×∞0\times\infty, ∞∞\frac{\infty}{\infty}, 00\frac{0}{0}. Enfin, le produit d’une fonction bornée au voisinage de aa et d’une fonction de limite nulle en aa tend vers 00.

Théorème — composition. Soient f:I→Rf:I\to\R, g:J→Rg:J\to\R avec f(I)⊂Jf(I)\subset J, et a,b,c∈R‾a,b,c\in\overline{\R}. Si  f(x)→x→ab\ f(x)\xrightarrow[x\to a]{}b et g(y)→y→bcg(y)\xrightarrow[y\to b]{}c, alors  (g∘f)(x)→x→ac\ (g\circ f)(x)\xrightarrow[x\to a]{}c.

Théorème — comparaison. Au voisinage de aa :

Formulaire
  • Passage à la limite : si f⩽gf\leq g au voisinage de aa et si f→ℓf\to\ell, g→ℓ′g\to\ell' dans R‾\overline{\R}, alors ℓ⩽ℓ′\ell\leq\ell' — les limites sont supposées connues.
  • Encadrement : si g⩽f⩽hg\leq f\leq h au voisinage de aa avec g→ℓg\to\ell et h→ℓh\to\ell (ℓ∈R\ell\in\R), alors ff admet une limite en aa et f→ℓf\to\ell. Variante commode : ∣f−ℓ∣⩽h\abs{f-\ell}\leq h au voisinage de aa avec h→0h\to0.
  • Minoration / majoration : si g⩽fg\leq f au voisinage de aa et g→+∞g\to+\infty, alors f→+∞f\to+\infty (et symétriquement).

Les deux derniers points démontrent l’existence de la limite, le premier la suppose acquise ; et le passage à la limite affaiblit les inégalités strictes.

Attention

Le théorème de composition exige que gg admette une limite en bb : ce n’est pas automatique, et l’écriture lim⁡x→ag(f(x))=g(lim⁡x→af)\lim\limits_{x\to a}g\bigl(f(x)\bigr)=g\bigl(\lim\limits_{x\to a}f\bigr) n’est légitime que si gg est continue en bb. Contre-exemple : f(x)=x2→1f(x)=x^{2}\to1 quand x→1x\to1, mais g=⌊⋅⌋g=\left\lfloor \cdot\right\rfloor n’a pas de limite en 11, et ⌊x2⌋\left\lfloor x^{2}\right\rfloor n’en a pas non plus (00 à gauche, 11 à droite).

4Continuité en un point

Définition. Soit a∈Ia\in I. ff est continue en aa si  lim⁡x→af(x)=f(a)\ \lim\limits_{x\to a}f(x)=f(a), c’est-à-dire

∀ε>0, ∃δ>0, ∀x∈I,∣x−a∣⩽δ⟹∣f(x)−f(a)∣⩽ε.\boxed{\forall\varepsilon>0,\ \exists\delta>0,\ \forall x\in I,\quad\abs{x-a}\leq\delta\Longrightarrow\abs{f(x)-f(a)}\leq\varepsilon.}

ff est continue à droite (resp. à gauche) en aa si f(a+)=f(a)f(a^{+})=f(a) (resp. f(a−)=f(a)f(a^{-})=f(a)) ; si aa est intérieur à II, ff est continue en aa si et seulement si elle l’est à droite et à gauche. ff est continue sur II si elle est continue en tout point de II ; on note C(I,R)\mathcal{C}(I,\R) l’ensemble de ces fonctions.

Propriété — caractérisation séquentielle. ff est continue en aa si et seulement si, pour toute suite (xn)(x_{n}) d’éléments de II de limite aa, f(xn)→f(a)f(x_{n})\to f(a).

Propriété — opérations. Une combinaison linéaire, un produit, un quotient (là où le dénominateur ne s’annule pas) et une composée de fonctions continues sont continues. Les fonctions usuelles (polynomiales, rationnelles, exp⁡\exp, ln⁡\ln, xαx^{\alpha}, cos⁡\cos, sin⁡\sin, tan⁡\tan, ∣⋅∣\abs{\cdot}, ⋅\sqrt{\cdot}, Arcsin⁡\operatorname{Arcsin}, Arccos⁡\operatorname{Arccos}, Arctan⁡\operatorname{Arctan}, ch⁡\operatorname{ch}, sh⁡\operatorname{sh}, th⁡\operatorname{th}) sont continues sur leur ensemble de définition.

Théorème — prolongement par continuité. Soient a∉Ia\notin I une extrémité finie de II et f:I→Rf:I\to\R. Si ff admet une limite finie ℓ\ell en aa, alors la fonction f~\tilde{f} définie sur I∪{a}I\cup\ens{a} par f~=f\tilde{f}=f sur II et f~(a)=ℓ\tilde{f}(a)=\ell est continue en aa : c’est le prolongement par continuité de ff en aa, et il est unique.

Attention

On ne prolonge jamais par continuité en un point où la limite est infinie ou n’existe pas : x↦1xx\mapsto\frac{1}{x} et x↦sin⁡1xx\mapsto\sin\frac{1}{x} ne se prolongent pas en 00. Et la limite doit être calculée, non devinée : « ff se prolonge en posant f(a)=0f(a)=0 » n’est licite qu’après avoir prouvé f(x)→0f(x)\to0.

Méthode — étudier la continuité d’une fonction définie par morceaux. sur chaque morceau ouvert, invoquer les opérations sur les fonctions usuelles ; aux points de raccord aa, calculer f(a−)f(a^{-}), f(a+)f(a^{+}) et f(a)f(a), et conclure par l’égalité (ou non) des trois.

5Fonctions continues sur un intervalle

Théorème — théorème des valeurs intermédiaires. Soient ff continue sur [a ;b]\intff{a}{b} (a<ba<b) et yy un réel compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b). Alors il existe c∈[a ;b]c\in\intff{a}{b} tel que f(c)=yf(c)=y. En particulier, si f(a)f(b)⩽0f(a)f(b)\leq0, ff s’annule sur [a ;b]\intff{a}{b}.

Idée de preuve (exigible) : dichotomie. Supposons f(a)⩽y⩽f(b)f(a)\leq y\leq f(b) et posons a0=aa_{0}=a, b0=bb_{0}=b. Connaissant an⩽bna_{n}\leq b_{n} avec f(an)⩽y⩽f(bn)f(a_{n})\leq y\leq f(b_{n}), on note m=an+bn2m=\frac{a_{n}+b_{n}}{2} et l’on garde [an ;m]\intff{a_{n}}{m} si f(m)⩾yf(m)\geq y, [m ;bn]\intff{m}{b_{n}} sinon. Les suites (an)(a_{n}) et (bn)(b_{n}) sont adjacentes (bn−an=b−a2n→0b_{n}-a_{n}=\frac{b-a}{2^{n}}\to0), de limite commune c∈[a ;b]c\in\intff{a}{b}. La continuité de ff en cc donne f(an)→f(c)f(a_{n})\to f(c) et f(bn)→f(c)f(b_{n})\to f(c) ; le passage à la limite dans f(an)⩽y⩽f(bn)f(a_{n})\leq y\leq f(b_{n}) donne f(c)⩽y⩽f(c)f(c)\leq y\leq f(c), donc f(c)=yf(c)=y.

Théorème — image d’un intervalle. L’image d’un intervalle par une fonction continue est un intervalle. Corollaire : si ff est continue et strictement croissante sur [a ;b]\intff{a}{b}, alors f([a ;b])=[f(a) ;f(b)]f\bigl(\intff{a}{b}\bigr)=\intff{f(a)}{f(b)} ; si ff est continue et strictement croissante sur ]a ;b[\intoo{a}{b}, alors f(]a ;b[)=]lim⁡a+f ;lim⁡b−f[f\bigl(\intoo{a}{b}\bigr)=\intoo{\lim_{a^{+}}f}{\lim_{b^{-}}f} (énoncés symétriques pour une fonction décroissante).

Théorème — théorème des bornes atteintes. Soit ff continue sur un segment [a ;b]\intff{a}{b}. Alors ff est bornée et atteint ses bornes : il existe x1,x2∈[a ;b]x_{1},x_{2}\in\intff{a}{b} tels que f(x1)=inf⁡ff(x_{1})=\inf f et f(x2)=sup⁡ff(x_{2})=\sup f. Autrement dit min⁡f\min f et max⁡f\max f existent.

Idée de preuve (exigible) : Bolzano-Weierstrass. Montrons que ff est majorée : sinon, pour tout nn il existe xn∈[a ;b]x_{n}\in\intff{a}{b} avec f(xn)⩾nf(x_{n})\geq n ; la suite (xn)(x_{n}) est bornée, donc possède une extraite (xφ(n))\bigl(x_{\varphi(n)}\bigr) de limite c∈[a ;b]c\in\intff{a}{b}, et la continuité en cc donne f(xφ(n))→f(c)f\bigl(x_{\varphi(n)}\bigr)\to f(c) — or cette suite tend vers +∞+\infty : absurde. Posons alors M=sup⁡fM=\sup f, fini. Il existe une suite (yn)(y_{n}) de [a ;b]\intff{a}{b} telle que f(yn)→Mf(y_{n})\to M (caractérisation séquentielle du sup) ; une extraite converge vers un x2∈[a ;b]x_{2}\in\intff{a}{b}, et la continuité donne f(x2)=Mf(x_{2})=M. Même travail pour l’inf.

Théorème — image d’un segment. L’image d’un segment par une fonction continue est un segment : si ff est continue sur [a ;b]\intff{a}{b}, alors f([a ;b])=[m ;M]f\bigl(\intff{a}{b}\bigr)=\intff{m}{M} avec m=min⁡fm=\min f et M=max⁡fM=\max f.

Idée de preuve (exigible). f([a ;b])f\bigl(\intff{a}{b}\bigr) est un intervalle (image d’un intervalle), contenu dans [m ;M]\intff{m}{M} et contenant mm et MM (bornes atteintes) : c’est donc exactement [m ;M]\intff{m}{M}.

Attention

Les trois hypothèses du théorème des bornes atteintes sont indispensables. Segment fermé : x↦1xx\mapsto\frac{1}{x} est continue sur ]0 ;1[\intoo{0}{1} et non bornée. Segment borné : x↦xx\mapsto x sur [0 ;+∞[\intfo{0}{+\infty}. Continuité : f(0)=0f(0)=0 et f(x)=1xf(x)=\frac{1}{x} sur ]0 ;1]\intof{0}{1} n’est pas bornée.
Enfin f([a ;b])f\bigl(\intff{a}{b}\bigr) n’est pas [f(a) ;f(b)]\intff{f(a)}{f(b)} en général : pour f=cos⁡f=\cos sur [0 ;2π]\intff{0}{2\pi}, f(a)=f(b)=1f(a)=f(b)=1 et f([0 ;2π])=[−1 ;1]f\bigl(\intff{0}{2\pi}\bigr)=\intff{-1}{1}.

6Monotonie, injectivité, théorème de la bijection

Théorème — démonstration non exigible. Une fonction continue et injective sur un intervalle II est strictement monotone sur II.

Théorème — théorème de la bijection. Soit ff continue et strictement monotone sur un intervalle II. Alors :

  • J=f(I)J=f(I) est un intervalle, et ff réalise une bijection de II sur JJ ;
  • la bijection réciproque f−1:J→If^{-1}:J\to I est continue sur JJ et strictement monotone de même sens que ff ;
  • les courbes de ff et de f−1f^{-1} sont symétriques par rapport à la droite d’équation y=xy=x.

La démonstration de la continuité de f−1f^{-1} n’est pas exigible. Les bornes de JJ se lisent sur les limites de ff aux bornes de II.

Méthode — résoudre « l’équation f(x)=yf(x)=y admet une unique solution ». deux temps, jamais un seul. Existence : TVI (continuité sur un segment, ou image d’un intervalle avec les limites aux bornes). Unicité : stricte monotonie (souvent par le signe de f′f', chapitre 6). On conclut alors « il existe un unique cc tel que… », et l’on peut encadrer cc par dichotomie.

Attention

Sans stricte monotonie, le TVI ne donne aucune unicité : on dit « une solution », jamais « la solution ». Et sans continuité, il ne donne rien du tout : x↦⌊x⌋x\mapsto\left\lfloor x\right\rfloor sur [0 ;2]\intff{0}{2} ne prend jamais la valeur 12\frac{1}{2} bien que ⌊0⌋=0\left\lfloor 0\right\rfloor=0 et ⌊2⌋=2\left\lfloor 2\right\rfloor=2.

7Fonctions à valeurs complexes

Définition. Soit f:I→Cf:I\to\C. Pour ℓ∈C\ell\in\C,  lim⁡x→af(x)=ℓ\ \lim\limits_{x\to a}f(x)=\ell signifie  ∀ε>0,∃δ>0,∀x∈I, ∣x−a∣⩽δ⇒∣f(x)−ℓ∣⩽ε\ \forall\varepsilon>0,\exists\delta>0,\forall x\in I,\ \abs{x-a}\leq\delta\Rightarrow\abs{f(x)-\ell}\leq\varepsilon (module). ff est continue en aa si f(x)→f(a)f(x)\to f(a).

Propriété.  lim⁡x→af=ℓ  ⟺  lim⁡x→aRe⁡f=Re⁡ℓ\ \lim\limits_{x\to a}f=\ell\iff\lim\limits_{x\to a}\Ree f=\Ree\ell et lim⁡x→aIm⁡f=Im⁡ℓ\lim\limits_{x\to a}\Imm f=\Imm\ell ; de même, ff est continue en aa si et seulement si Re⁡f\Ree f et Im⁡f\Imm f le sont. Unicité de la limite, caractérisation séquentielle et opérations (somme, produit, quotient, composition avec une fonction réelle) restent valables. En revanche, il n’y a dans C\C ni ordre, ni TVI, ni bornes atteintes : seules subsistent les majorations de module, et le fait que ∣f∣\abs{f} est continue si ff l’est.

Savoir-faire
  • Écrire et utiliser une définition quantifiée de limite ; produire un δ\delta explicite en fonction de ε\varepsilon ; nier une définition de limite.
  • Calculer une limite (opérations, composition, quantité conjuguée, croissances comparées, taux d’accroissement) ; prouver une non-existence par la caractérisation séquentielle.
  • Étudier la continuité d’une fonction définie par morceaux ; prolonger par continuité.
  • Appliquer le TVI (existence) et la stricte monotonie (unicité) ; déterminer f(I)f(I) ; utiliser le théorème des bornes atteintes ; énoncer et appliquer le théorème de la bijection.
Exempletrois rédactions types
  • Un δ\delta explicite. Montrons lim⁡x→3x2=9\lim\limits_{x\to3}x^{2}=9. Pour ∣x−3∣⩽1\abs{x-3}\leq1 on a 2⩽x⩽42\leq x\leq4, donc ∣x+3∣⩽7\abs{x+3}\leq7 et ∣x2−9∣=∣x−3∣∣x+3∣⩽7∣x−3∣\abs{x^{2}-9}=\abs{x-3}\abs{x+3}\leq7\abs{x-3}. Soit ε>0\varepsilon>0 ; posons δ=min⁡ ⁣(1,ε7)>0\delta=\min\!\left(1,\frac{\varepsilon}{7}\right)>0. Si ∣x−3∣⩽δ\abs{x-3}\leq\delta, alors ∣x2−9∣⩽7δ⩽ε\abs{x^{2}-9}\leq7\delta\leq\varepsilon. Donc x2→9x^{2}\to9.
  • Une non-existence. f(x)=sin⁡1xf(x)=\sin\frac{1}{x} n’a pas de limite en 0+0^{+} : avec xn=12nπx_{n}=\frac{1}{2n\pi} et yn=1π2+2nπy_{n}=\frac{1}{\frac{\pi}{2}+2n\pi}, on a xn→0+x_{n}\to0^{+}, yn→0+y_{n}\to0^{+}, f(xn)=0→0f(x_{n})=0\to0 et f(yn)=1→1f(y_{n})=1\to1 : deux limites distinctes.
  • Existence et unicité. g(x)=x3+x−1g(x)=x^{3}+x-1 est continue sur R\R (polynomiale) et strictement croissante (g′(x)=3x2+1>0g'(x)=3x^{2}+1>0). Comme g(0)=−1<0<1=g(1)g(0)=-1<0<1=g(1), le TVI donne une racine dans ]0 ;1[\intoo{0}{1}, et la stricte croissance l’unicité : gg a une unique racine réelle cc, et c∈]0 ;1[c\in\intoo{0}{1}.
Pièges
  • Inverser l’ordre des quantificateurs, ou choisir δ\delta avant ε\varepsilon ; oublier « x∈Ix\in I » dans la définition.
  • Conclure de f(xn)→ℓf(x_{n})\to\ell pour une suite que lim⁡af=ℓ\lim\limits_{a}f=\ell ; confondre limite et limites à droite/à gauche.
  • Prolonger par continuité en un point de limite infinie ; écrire f([a ;b])=[f(a) ;f(b)]f\bigl(\intff{a}{b}\bigr)=\intff{f(a)}{f(b)} sans monotonie.
  • Appliquer le TVI sans continuité, ou en déduire l’unicité ; chercher un maximum sur un intervalle qui n’est pas un segment.
  • Dire « ff est continue donc bijective », ou oublier la stricte monotonie dans le théorème de la bijection.

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

1

Exercices de base

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Les bases : limites à la main, suites, prolongements, TVI, théorème de la bijection

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hsans calculatrice

  1. Limites par les opérationsDifficulté 1 sur 3
  2. Revenir à la définitionDifficulté 2 sur 3
  3. Limites à droite, limites à gaucheDifficulté 1 sur 3
  4. La caractérisation séquentielleDifficulté 2 sur 3
  5. Limites par encadrementDifficulté 2 sur 3
  6. Prolongements par continuitéDifficulté 1 sur 3
  7. Fonctions définies par morceauxDifficulté 2 sur 3
  8. Le théorème des valeurs intermédiairesDifficulté 1 sur 3
  9. Images d’intervallesDifficulté 2 sur 3
  10. Le théorème des bornes atteintes et ses hypothèsesDifficulté 2 sur 3
  11. Le théorème de la bijectionDifficulté 2 sur 3
  12. Fonctions à valeurs complexesDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

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Application : densité et continuité, dichotomie, images d’intervalles, suites implicites

9 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hsans calculatrice

  1. Un panorama de limitesDifficulté 2 sur 3
  2. De la définition aux théorèmesDifficulté 2 sur 3
  3. Densité de Q\Q et continuitéDifficulté 2 sur 3
  4. Étude de x↦x−1ln⁡xx\mapsto\dfrac{x-1}{\ln x}Difficulté 2 sur 3
  5. Dichotomie pour cos⁡x=x\cos x=xDifficulté 2 sur 3
  6. Images d’intervallesDifficulté 2 sur 3
  7. Trois conséquences du TVI sur un segmentDifficulté 2 sur 3
  8. Deux réciproques explicitesDifficulté 2 sur 3
  9. Une suite définie implicitementDifficulté 3 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Trois calculs7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Étude de x↦x+exx\mapsto x+\e^{x}8 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Trois limites7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Le premier point où une fonction continue vaut 12\frac{1}{2}8 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

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Injectivité et monotonie, réciproque continue, équation de Cauchy, involutions, périodes

7 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 5 hsans calculatrice

  1. Continue et injective entraîne strictement monotoneDifficulté 3 sur 3
  2. La réciproque d’une bijection continue est continueDifficulté 3 sur 3
  3. L’équation fonctionnelle de CauchyDifficulté 3 sur 3
  4. Fonctions continues périodiquesDifficulté 3 sur 3
  5. Les involutions continues de R\RDifficulté 3 sur 3
  6. Deux périodes incommensurablesDifficulté 3 sur 3
  7. Fonctions continues en un seul point (hors programme — pour aller plus loin)Difficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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Le théorème de la corde universelle

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Une fonction rationnelleDifficulté 1 sur 3
  2. Racine d’un polynôme de degré impairDifficulté 2 sur 3
  3. Un minimum sur R\RDifficulté 2 sur 3
  4. Les points fixes d’une fonction idempotenteDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables