1La force de Lorentz
Définition. Une particule ponctuelle de charge (grandeur algébrique, en coulombs) et de masse , animée de la vitesse dans un référentiel , placée en un point où règnent un champ électrique et un champ magnétique , subit la force de Lorentz
On appelle force électrique la part et force magnétique la part .
Notation. s’exprime en , en teslas (). La charge élémentaire vaut : un électron porte , un proton , un ion fois chargé . Masses : , , et l’unité de masse atomique .
Propriété — dimension de . L’égalité impose : est une vitesse. C’est l’ingrédient du sélecteur de vitesse.
Propriété — la force magnétique est orthogonale à la vitesse. Par définition du produit vectoriel, : la force magnétique est à chaque instant orthogonale à la vitesse, et sa norme vaut où . Elle est nulle si ou si est colinéaire à .
Théorème — puissance de la force de Lorentz. La puissance de la force de Lorentz dans est
car (produit mixte à deux vecteurs égaux). Par le théorème de la puissance cinétique, :
- un champ électrique peut modifier l’énergie cinétique de la particule (il l’accélère ou la freine) ;
- un champ magnétique ne travaille jamais : il courbe la trajectoire sans fournir ni prélever d’énergie. En particulier, s’il agit seul, est constante.
Propriété — le poids est toujours négligeable… sauf pour un objet macroscopique. Pour un électron dans un champ modeste , . On néglige systématiquement le poids d’une particule élémentaire — mais il faut le dire et le justifier. En revanche, pour une goutte d’encre chargée ou une gouttelette d’huile, le rapport descend à quelques centaines : le poids compte.
2Mouvement dans un champ électrique uniforme
Théorème — accélération constante. Une particule soumise au seul champ électrique uniforme et stationnaire , dans un référentiel galiléen, vérifie
Le mouvement est donc uniformément accéléré : c’est exactement le problème de la chute libre, avec à la place de . La trajectoire est une droite si est colinéaire à , une parabole sinon, contenue dans le plan .
L’accélération est dirigée selon si , en sens inverse de si . Un électron est dévié du côté opposé à , donc attiré vers la plaque positive. C’est l’erreur la plus fréquente du chapitre.
Notation. Condensateur plan. Entre deux plaques parallèles distantes de portées à la différence de potentiel , le champ est uniforme, orthogonal aux plaques, dirigé de la plaque vers la plaque , et de norme
Ne jamais confondre (en volts) et (en ).
Figure 1 — Accélération : l’électron, parti de la plaque négative, gagne l’énergie .
Figure 2 — Déviation : parabole entre les plaques, droite ensuite. est mesurée depuis le centre des plaques.
Méthode — mise en équation d’une déviation. (i) repère : selon , selon la déviation, origine à l’entrée du champ ; (ii) écrire et projeter ; (iii) intégrer deux fois avec , ; (iv) éliminer ; (v) évaluer en .
Théorème — déviation dans un condensateur plan. Avec () et une charge (électron), en posant :
la trajectoire est une parabole. À la sortie des plaques () :
Comme , la tangente de sortie passe par le milieu des plaques : si désigne la distance du centre des plaques à l’écran,
exactement, et non seulement en approximation.
Propriété — forme condensée. Si la particule a été préalablement accélérée sous la tension , alors et, avec :
Ces expressions ne dépendent plus ni de ni de : un dispositif de déviation électrostatique est insensible à la nature de la particule, pourvu que la tension d’accélération soit la même.
La condition de non-interception est , soit , soit . Un énoncé où la particule heurte une plaque est un énoncé faux : ce contrôle est systématique.
3Aspect énergétique : l’électron-volt
Théorème — vitesse acquise sous une différence de potentiel. Une particule partant du repos et accélérée par un champ électrique entre deux points dont la différence de potentiel est telle que la force la pousse, acquiert, d’après le théorème de l’énergie cinétique appliqué à la seule force électrique (le poids étant négligé) :
où est la valeur absolue de la différence de potentiel traversée. Le résultat ne dépend ni de , ni de la forme du champ : seule compte la tension.
Définition. L’électron-volt est l’énergie acquise par une particule de charge accélérée sous une tension de :
Une particule de charge accélérée sous possède l’énergie (en eV) : un électron sous a , un ion sous a .
Électron sous : , soit . Proton sous la même tension : , soit fois moins vite.
La formule est classique. Pour un électron sous elle donne : c’est absurde. Contrôler systématiquement ; au-delà de environ, le traitement classique n’est qu’indicatif (hors programme).
4Mouvement dans un champ magnétostatique uniforme
Notation. On se place dans le seul cas exigible : uniforme et stationnaire, , le poids étant négligé et .
Théorème — mouvement circulaire uniforme. Dans ces conditions, le mouvement est plan (dans le plan contenant et orthogonal à ), uniforme et circulaire, de rayon et de pulsation
Démonstration exigible, en trois temps.
- Le mouvement est uniforme : la puissance de la force magnétique est nulle, donc , donc , est constante.
- Le mouvement est plan : est à chaque instant orthogonale à , donc : la composante reste nulle, le mouvement se fait dans le plan .
- Le mouvement est circulaire : dans le repère de Frenet, . Or et (car ). Donc , soit : le rayon de courbure est constant, la trajectoire est un cercle de rayon .
Propriété — le sens de parcours. Le centre du cercle est du côté vers lequel pointe la force , à la distance . Avec entrant dans la feuille : une charge positive tourne dans le sens trigonométrique (direct), une charge négative dans le sens horaire. On retrouve le sens en appliquant la règle de la main droite à , puis en tenant compte du signe de .
Figure 3 — Même champ, même vitesse initiale : le sens de rotation ne dépend que du signe de .
Théorème — propriété fondamentale du mouvement cyclotron. La période ne dépend ni de la vitesse, ni du rayon : elle ne dépend que de la particule et du champ. Toutes les particules identiques tournent « au même rythme », quelle que soit leur énergie. C’est cette propriété — et elle seule — qui rend le cyclotron possible.
Propriété — deux écritures utiles du rayon. En fonction de l’énergie cinétique, ou de la tension d’accélération :
À et fixés, croît comme : c’est le principe du spectromètre de masse.
Électron de dans : , , . Proton de dans : , , ().
5Les applications à connaître
Propriété — accélérateur linéaire. Une succession de tubes conducteurs (où , la particule se contente de glisser) séparés par des intervalles où règne un champ alternatif de fréquence . La particule traverse chaque intervalle au moment favorable et gagne à chaque fois : après intervalles, et . Le tube doit être parcouru en une demi-période, d’où
les tubes s’allongent, et l’accélérateur est long. C’est le champ électrique, et lui seul, qui accélère.
Propriété — cyclotron. Deux demi-boîtes (« dees ») plongées dans uniforme, séparées par un intervalle soumis à une tension alternative d’amplitude . Dans chaque dee le mouvement est circulaire uniforme ; à chaque traversée de l’intervalle la particule gagne . Le dispositif fonctionne si et seulement si la fréquence du générateur est accordée sur la fréquence cyclotron :
Après traversées, : la trajectoire est une spirale dont le pas se resserre. L’énergie finale est fixée par le rayon maximal :
Limite : lorsque approche , n’est plus constante et la synchronisation est perdue (d’où le synchrocyclotron, hors programme).
Propriété — sélecteur de vitesse (filtre de Wien). Champs et croisés, tous deux orthogonaux à la vitesse d’entrée. La force totale est nulle si et seulement si , c’est-à-dire
indépendamment de et de : seules les particules de cette vitesse traversent sans être déviées, les autres sont arrêtées par une fente. Le sélecteur ne trie que la vitesse.
Propriété — spectromètre de masse. En amont, une accélération sous (ou un sélecteur de vitesse) ; en aval, un secteur magnétique où la particule décrit un demi-cercle et frappe un détecteur à la distance de la fente. Deux isotopes se séparent de , avec (après accélération) ou (après sélecteur). Focalisation à : pour une divergence , les impacts sont à de la fente ; l’élargissement est du second ordre — le secteur est auto-focalisant.
Propriété — déviation dans un oscilloscope. Un canon à électrons (accélération sous ) suivi de deux paires de plaques orthogonales, puis d’un écran. La sensibilité verticale vaut (), indépendante de et : augmenter rend la trace plus lumineuse mais moins sensible.
Figure 4 — Sélecteur de vitesse : seules les particules à passent, quelles que soient et .
Figure 5 — Cyclotron : accélération dans l’intervalle, demi-cercles dans les dees.
6Démonstrations à savoir refaire
- Puissance de la force de Lorentz : , car ; conséquence sur .
- Comparaison des forces : calculer et , conclure.
- Mouvement dans uniforme : constante, parabole, et ; ( depuis le centre des plaques).
- Vitesse acquise sous : théorème de l’énergie cinétique, ; contrôle de .
- Mouvement circulaire uniforme dans : uniforme (puissance nulle), plan ( constante), circulaire (Frenet) ; , , sens de parcours.
- Indépendance de vis-à-vis de et condition de résonance du cyclotron.
- Sélecteur de vitesse : , indépendance en et .
- après accélération sous : .
7Savoir-faire du chapitre
- Évaluer et comparer les ordres de grandeur des forces électrique, magnétique et du poids ; justifier que le poids est négligeable (ou non).
- Justifier qu’un champ électrique modifie mais qu’un champ magnétique courbe la trajectoire sans fournir d’énergie.
- Établir les équations du mouvement dans uniforme, reconnaître une accélération constante, obtenir la trajectoire.
- Mener un bilan énergétique pour la vitesse acquise sous une différence de potentiel ; convertir en électron-volts ; contrôler .
- Déterminer rayon, pulsation, période et sens de parcours pour uniforme.
- Exploiter les montages types : accélérateur linéaire, cyclotron, sélecteur de vitesse, spectromètre de masse, oscilloscope.
- Contrôler la cohérence : homogénéité, , non-interception des plaques, poids négligeable.
- Force de Lorentz : ; puissance : .
- Condensateur plan : ; accélération : ; vitesse acquise : .
- Déviation : ; ; ; .
- Champ magnétique : ; ; (indépendante de ).
- Sélecteur de vitesse : . Cyclotron : , .
- Constantes : ; ; ; ; ; . Repères : électron sous ; entre plaques à ; de laboratoire à .
- Oublier le signe de la charge : un électron est dévié à l’opposé de et tourne dans le sens inverse d’un proton dans le même . Se tromper dans l’orientation de , ou appliquer la règle de la main droite à au lieu de .
- Croire que le champ magnétique « accélère » la particule : il ne modifie jamais , sa puissance est nulle. Dans un cyclotron, c’est le champ électrique de l’intervalle qui accélère.
- Confondre et : entre deux plaques planes, , jamais .
- Traiter le cas magnétique avec une vitesse initiale quelconque : hors programme, et la trajectoire n’est plus un cercle mais une hélice.
- Négliger le poids sans le dire — ou le négliger alors qu’il ne l’est pas (goutte d’encre). Oublier de vérifier que la particule ne heurte pas une plaque () : l’énoncé devient faux.
- Utiliser sans contrôler . Croire que dépend de la vitesse. Écrire : contrôler l’homogénéité, est une longueur.