Le programme énonce : « on évite tout calcul inutile de concentration, en privilégiant l’utilisation des diagrammes pour valider le choix de la réaction mise en jeu. Dans ce cadre, aucune formule de calcul de pH n’est exigible ». Le pH est donc toujours donné, mesuré ou lu sur un diagramme : on ne récite pas ni aucune de ses variantes, tout se fait par diagramme, réaction prépondérante et tableau d’avancement. Et : « les dosages par titrage sont étudiés exclusivement en travaux pratiques ».
1Couples acide-base de Brønsted
Définition. Un acide est une espèce susceptible de céder un proton ; une base est une espèce susceptible d’en capter un. À tout acide correspond une base , et le couple acide/base conjugués est noté / ; il est défini par sa demi-équation
Une espèce à la fois acide d’un couple et base d’un autre est dite amphotère (ou ampholyte) : , , , . Un polyacide possède plusieurs protons cédables : est un triacide, auquel correspondent trois couples successifs.
Notation. En solution aqueuse le proton n’existe pas libre : il est porté par l’eau sous forme d’ion oxonium . Une réaction acide-base est donc toujours un transfert de proton entre l’acide d’un couple et la base d’un autre :
Méthode — identifier le caractère acido-basique d’une réaction. Chercher si l’équation se décompose en deux demi-équations : s’il y a transfert d’un ou plusieurs protons et aucun transfert d’électron, la réaction est acido-basique. Un changement de nombre d’oxydation signerait une oxydo-réduction, la seule dissociation d’un solide en ions une dissolution.
2Autoprotolyse de l’eau, pH
Théorème — produit ionique de l’eau. L’eau est amphotère et réagit sur elle-même : . La constante de cette équation est le produit ionique de l’eau
L’eau, solvant, n’y figure pas : son activité vaut .
Définition. Le pH d’une solution est défini par , soit . À , ; la solution est acide si , basique si .
Remarque. ne dépend que de : à , et l’eau pure a pour pH sans être acide, puisque . La neutralité, c’est , pas .
3Constante d’acidité
Définition. La constante d’acidité du couple / est la constante d’équilibre de la réaction de l’acide sur l’eau, :
est sans dimension (le au dénominateur est indispensable) et ne dépend que de : ni de la concentration, ni de la dilution.
Propriété — couple conjugué. La base réagit sur l’eau selon , de constante . Comme cette équation est la différence de l’autoprotolyse et de la précédente,
Plus un acide est fort, plus sa base conjuguée est faible.
Définition. Un acide est fort dans l’eau si sa réaction sur l’eau est totale : son est inférieur à , l’espèce n’existe pas en solution aqueuse, et l’acide le plus fort qui puisse subsister est . Symétriquement, une base forte réagit totalement et la base la plus forte qui subsiste est : c’est le nivellement par le solvant. Un acide est faible si sa réaction sur l’eau est limitée par un équilibre ().
« Fort » qualifie la réaction sur l’eau (donc ), « concentré » la quantité apportée (donc ) : l’acide chlorhydrique à est très dilué et pourtant fort, l’acide acétique pur est très concentré et pourtant faible.
4Les acides et les bases usuels — liste officielle
| Nom | Formule | Nature | Couple et |
|---|---|---|---|
| acide chlorhydrique | acide fort | nivelé en | |
| acide nitrique | acide fort | nivelé ; indifférent | |
| acide sulfurique | diacide : acidité forte, faible | / : | |
| acide phosphorique | triacide faible | ; ; | |
| acide acétique (éthanoïque) | acide faible | / : | |
| soude (hydroxyde de sodium) | base forte | apporte ; indifférent | |
| ion hydrogénocarbonate | acide faible, et amphotère | / : | |
| ammoniac | base faible | / : |
Notation. La soude est un solide ionique : sa dissolution est totale, et l’on parle de la concentration apportée en . Les ions , , sont indifférents : bases conjuguées d’acides forts, ils ne jouent aucun rôle acido-basique. L’ion est amphotère ; son couple acide, celui du dioxyde de carbone dissous (), ne figure pas dans la liste officielle.
5Diagramme de prédominance
Propriété — la relation clé. En passant au logarithme dans l’expression de :
Donc : — l’acide prédomine en milieu acide ; la base prédomine ; .
Définition. Le diagramme de prédominance du couple est l’axe des pH partagé par la frontière en deux domaines, celui où l’acide est majoritaire et celui où la base l’est. Pour un polyacide, on range les par valeurs croissantes : les espèces se succèdent de la plus protonée (à gauche) à la moins protonée.
Figure 1 — Diagrammes de prédominance de l’acide acétique et de l’acide phosphorique.
Méthode — espèces incompatibles. Deux espèces dont les domaines de prédominance sont disjoints ne peuvent pas coexister en quantités comparables : elles réagissent l’une sur l’autre. C’est l’outil de prévision le plus rapide du chapitre : et sont incompatibles, et le sont aussi.
6Diagramme de distribution
Définition. Le diagramme de distribution donne, en fonction du pH, le pourcentage de chaque espèce du (ou des) couple(s), rapporté à la concentration totale de l’élément considéré. Pour un monoacide, en divisant l’identité par puis par :
Propriété — lectures. Les deux courbes se croisent à exactement à : c’est ainsi qu’on lit un sur un diagramme fourni. Une unité de pH de part et d’autre donne / , deux unités / . Pour un polyacide, la courbe d’une espèce amphotère passe par un maximum, atteint au milieu de ses deux frontières, — exactement pour un diacide, à mieux que unité de pH près pour .
Figure 2 — Diagramme de distribution de l’acide acétique : les courbes se croisent à pour .
7Prévoir et exploiter une réaction acide-base
Théorème — constante d’une réaction acide-base. La réaction de l’acide du couple sur la base du couple , , est la différence des deux équations définissant et , donc
Elle est d’autant plus favorisée que l’acide est fort et la base forte : l’acide le plus fort réagit sur la base la plus forte. C’est un cas particulier de la capacité « déterminer pour une équation combinaison linéaire d’équations dont les constantes sont connues ».
Propriété — seuils. : réaction quasi totale ; : négligeable ; entre les deux, l’équilibre doit être traité par un tableau d’avancement.
Méthode — réaction prépondérante — la méthode du chapitre. (i) recenser toutes les espèces apportées et leurs concentrations ; (ii) les placer sur un axe des (acides à gauche de leur frontière, bases à droite) ; (iii) la réaction prépondérante est celle de l’acide le plus fort présent sur la base la plus forte présente : c’est elle qui a la plus grande constante ; (iv) la traiter seule, par un tableau d’avancement, en écrivant à l’équilibre (ou en concluant à une transformation totale) ; (v) recommencer avec les espèces qui subsistent ; (vi) valider par le diagramme de prédominance.
Solution d’acide acétique de concentration apportée , . Une seule réaction est possible : . En notant l’avancement volumique (en ) et en négligeant l’autoprotolyse de l’eau devant elle :
d’où . Le pH qui en résulte, , est inférieur à : le diagramme confirme que reste majoritaire, donc que doit être petit. Aucune formule de pH n’a servi : un tableau d’avancement et , rien de plus.
8Réactions de dissolution et de précipitation
Définition. La réaction de dissolution d’un solide ionique s’écrit conventionnellement dans le sens de la mise en solution :
Sa constante d’équilibre est le produit de solubilité
Le solide, seul dans sa phase, a une activité égale à : il ne figure pas dans . est sans dimension et ne dépend que de .
Définition. La solubilité du solide est la quantité de matière maximale que l’on peut dissoudre par litre de solution saturée, en (ou en en multipliant par ).
Propriété — relation dans l’eau pure. Elle dépend de la stœchiométrie, et seulement d’elle :
Plus généralement . Comparer deux de stœchiométries différentes pour classer deux solubilités est une faute.
Théorème — condition de précipitation. On calcule le quotient réactionnel de l’équation de dissolution dans l’état considéré, , et on le compare à :
L’égalité n’est légitime que si le précipité est effectivement présent à l’équilibre : si l’on a introduit trop peu de matière, tout se dissout et l’état final vérifie — c’est la rupture d’équilibre du chapitre 12, à contrôler systématiquement.
Définition. Le domaine d’existence d’un précipité est l’ensemble des valeurs de la variable (souvent le pH, parfois d’un ion) pour lesquelles , le solide étant alors présent. Contrairement à un diagramme de prédominance, il dépend de la concentration de l’espèce dissoute : il faut toujours préciser la convention de tracé.
: le précipité apparaît quand , soit pour et pour . Le fer(III) précipite dès les milieux franchement acides : c’est ce qui permet de débarrasser un effluent de son fer par simple ajout de soude.
9Facteurs influençant la solubilité
Propriété — effet d’ion commun. Ajouter dans la solution l’un des ions du solide diminue sa solubilité : à fixé, augmenter une activité impose de diminuer l’autre. Pour dans une solution de concentration apportée en : , et si , . Avec : dans l’eau pure, dans à , soit fois moins.
Propriété — effet du pH. Si l’un des ions du solide est une base (ou un acide) faible, abaisser (ou élever) le pH le consomme, donc augmente la solubilité. Deux cas très fréquents :
- hydroxyde : à pH imposé, , soit pour : une droite de pente .
- sel d’acide faible : la dissolution est renforcée par la protonation de l’anion. Combinaison linéaire : a pour constante .
Propriété — effet de la température. dépend de : pour la plupart des sels la dissolution est endothermique, la solubilité croît avec — d’où la recristallisation par refroidissement.
Méthode — exploiter une courbe de solubilité. On trace presque toujours en fonction d’une variable logarithmique : les lois en puissance deviennent des droites dont la pente donne la stœchiométrie et l’ordonnée à l’origine donne . Pour en présence de apporté, : droite de pente . Pour à pH imposé, pente (figure 3).
Figure 3 — : .
10Capacités expérimentales, démonstrations à savoir refaire
- Mettre en œuvre une réaction acide-base et une réaction de précipitation pour réaliser une analyse quantitative. Voie acide-base : dosage par titrage suivi au pH-mètre — « les dosages par titrage sont étudiés exclusivement en travaux pratiques ». Voie précipitation : analyse gravimétrique, où l’ion cherché est précipité par un réactif en excès, puis filtré, lavé, séché et pesé ; on contrôle que la précipitation est quantitative en évaluant la concentration résiduelle .
- Illustrer un procédé de retraitement, de recyclage, de séparation en solution aqueuse. Gestes types : précipitation sélective (ajout lent de l’ion précipitant, filtration du cation de plus petit ), déphosphatation d’un effluent par la chaux, récupération de l’argent d’un bain de rinçage en ; le rendement se chiffre par la concentration résiduelle déduite de .
À savoir refaire : par combinaison des deux équations ; et le diagramme de prédominance ; , et leur intersection à ; ; ; et ; ; la constante de dissolution d’un sel d’acide faible en milieu acide.
11Savoir-faire, formulaire et pièges
- Identifier un couple acide-base, une espèce amphotère, le caractère acido-basique d’une réaction ; écrire , , sans oublier , passer de à .
- Tracer et lire un diagramme de prédominance (monoacide, polyacide), en déduire les espèces majoritaires et les espèces incompatibles ; lire un diagramme de distribution fourni (attribuer les courbes, y lire les , en tirer des pourcentages).
- Écrire l’équation d’une transformation en tenant compte du milieu et des observations, déterminer sa constante par combinaison linéaire ; identifier la réaction prépondérante, déterminer l’état final par tableau d’avancement, calculer , distinguer équilibre et transformation totale, puis valider par le diagramme.
- Prévoir l’état de saturation d’une solution ( contre ) ; déterminer un domaine d’existence, une solubilité, une concentration résiduelle ; quantifier l’effet d’ion commun et l’effet du pH, exploiter une courbe en fonction du pH ou de .
- ; ; ; ; ; ; .
- (frontière de prédominance ) ; ; .
- Réaction acide-base : ; quasi totale si .
- : , dans l’eau pure.
- Saturation : pas de solide ; saturé ; précipitation.
- Valeurs utiles : (), (), (), (), () ; (), (), ().
- Chercher une formule de pH : il n’en existe aucune d’exigible. Le pH est donné, mesuré, ou déduit de la composition finale — jamais récité.
- Écrire avec au lieu de , ou sans diviser par : la constante devient dimensionnée, donc fausse — un « en » n’existe pas. Inverser acide et base dans (la base est au numérateur, avec ).
- Confondre « acide fort » et « acide concentré » ; croire qu’une dilution modifie ou (seule les modifie). Placer l’acide du mauvais côté du diagramme : l’acide prédomine aux pH faibles.
- Utiliser un diagramme de prédominance pour un solide : un solide n’est pas « majoritaire », il existe ou non — c’est un diagramme d’existence, qui dépend de la concentration. Écrire sans avoir vérifié que le solide est encore présent (rupture d’équilibre).
- Comparer directement et pour classer deux solubilités : les stœchiométries diffèrent. Oublier l’effet d’ion commun en présence d’un sel soluble partageant un ion avec le précipité.
- Faire d’un titrage un exercice d’écrit (le programme le réserve aux TP) ; invoquer une solution tampon ou une complexation, absentes du programme de MPSI ; prétendre déterminer l’état final d’un système régi par plusieurs réactions simultanées, alors que le programme s’en tient à une réaction unique — d’où la méthode de la réaction prépondérante.