1Le modèle du solide ; translation
Définition. Un solide (ou solide indéformable) est un système dont la distance entre deux points quelconques reste constante : pour tous points du système. Sinon le système est déformable. On note son centre de masse, sa masse, et un axe orienté par ; le référentiel est supposé galiléen.
Remarque. Solides : bille, tige rigide, volant d’inertie, poulie. Déformables : ressort, fil souple, gaz, cycliste qui pédale. Pour un système déformable, ni ni n’ont de sens.
Définition. Un solide est en translation si, à chaque instant, tous ses points ont le même vecteur vitesse : les trajectoires sont superposables et aucune direction liée au solide ne tourne. Elle est rectiligne (ascenseur) ou circulaire (nacelle de grande roue, qui décrit un cercle sans tourner). Tout se ramène alors au point matériel : et .
Remarque — les deux seuls mouvements au programme. Translation et rotation autour d’un axe fixe du référentiel galiléen. Sont hors programme : le mouvement composé (translation de et rotation autour d’un axe mobile), le roulement sans glissement, tout axe de rotation en mouvement. Et translation circulaire rotation : dans une rotation, les points n’ont pas la même vitesse.
2Rotation autour d’un axe fixe
Définition. Un solide est en rotation autour de l’axe fixe si ses points situés sur sont immobiles. On le repère par l’angle dont a tourné une demi-droite du solide perpendiculaire à ; la vitesse angulaire est (en ), algébrique, positive dans le sens direct autour de .
Théorème — vitesse d’un point. Soit un point du solide, son projeté orthogonal sur , et sa distance à l’axe. Alors décrit le cercle de centre , de rayon , dans le plan perpendiculaire à passant par , et
Tous les points ont la même vitesse angulaire , mais des vitesses différentes, proportionnelles à : un point de l’axe est immobile, l’extrémité d’une pale va vite.
Notation. Pour une fréquence de rotation en tours par minute, : et . Ne pas confondre () et ().
Figure 1 — décrit un cercle de rayon à la vitesse .
| Solide homogène, axe | — fourni |
| Masse ponctuelle à la distance | |
| Cerceau, cylindre creux mince | |
| Disque, cylindre plein | |
| Sphère pleine, axe diamétral | |
| Tige , axe par le milieu | |
| Tige , axe par une extrémité |
Tableau 1 — Cerceau et disque de même masse et même rayon : rapport ; tige, selon l’axe : rapport .
3Moment d’inertie, moment cinétique scalaire
Définition. En décomposant le solide en points matériels de masses à la distance de , le moment d’inertie par rapport à l’axe est
grandeur positive et additive (deux parties, même axe), indépendante du mouvement.
Aucun calcul de moment d’inertie par intégration n’est exigible : pour un solide continu, est systématiquement donné par l’énoncé ; seul le calcul direct pour quelques masses ponctuelles est attendu. Reste exigible le lien qualitatif : mesure l’inertie de rotation et, à masse donnée, il est d’autant plus grand que la matière est éloignée de l’axe.
Théorème — moment cinétique scalaire. Pour un solide en rotation à la vitesse angulaire autour de l’axe fixe : en . Démonstration (exigible, cas discret). Chaque décrit un cercle de rayon : son moment cinétique par rapport à vaut (résultat en coordonnées polaires du chapitre 15). Par additivité, , car est commune à tous les points.
Remarque. est algébrique, du signe de : réorienter change le signe de et de , jamais celui de .
4Couple et liaison pivot
Définition. Un couple est un ensemble de forces de résultante nulle et de moment résultant non nul. Ce moment (en ) est alors indépendant du point où on le calcule : un couple fait tourner le solide sans le déplacer. Exemples : couple moteur, tournevis, rappel d’un fil de torsion , frottement fluide .
Définition. Une liaison pivot d’axe n’autorise que la rotation autour de . Le moment par rapport à de l’action qu’elle exerce est nul si elle est parfaite (aucun frottement, aucune dissipation), non nul et de signe opposé à si elle est imparfaite : couple de frottement fluide (, en ) ou solide de valeur absolue constante .
Remarque — ce que le pivot annule — et ce qu’il n’annule pas. Même parfaite, une liaison pivot exerce une force (la réaction de l’axe) en général non nulle : c’est elle qui maintient l’axe. Ce qui est nul, c’est le moment de cette action par rapport à . Il faut toujours le dire explicitement ; c’est tout l’intérêt du TMC scalaire : la réaction de l’axe, inconnue, disparaît de l’équation.
5Théorème scalaire du moment cinétique
Théorème — TMC scalaire pour un solide. Dans un référentiel galiléen, pour un solide en rotation autour d’un axe fixe dans ce référentiel, de moment d’inertie constant :
la somme ne portant que sur les forces extérieures (le moment résultant des forces intérieures à un solide est nul : admis) ; un couple extérieur contribue pour .
Méthode — mise en équation. (i) définir le système, le référentiel galiléen et orienter ; (ii) écrire ; (iii) bilan des moments par rapport à des forces extérieures, en annonçant ceux qui sont nuls et pourquoi ; (iv) écrire et ordonner.
La deuxième loi de Newton ne donne pas l’équation du mouvement d’un solide en rotation : elle ne renseigne que sur le mouvement de , souvent immobile (volant) ou imposé par la liaison. L’équation s’obtient par le TMC scalaire, ou de façon équivalente par le TEC.
6Énergie cinétique, puissance d’un couple, théorème de l’énergie cinétique
Théorème — énergie cinétique de rotation. Démonstration. , étant commune à tous les points.
Théorème — puissance d’un couple. (en ), et plus généralement . Un couple de frottement fluide a une puissance : il dissipe toujours. Celle de la réaction d’un pivot parfait est nulle.
Théorème — TEC et équivalence avec le TMC. , soit avec . Équivalence (exigible). En dérivant : . Le TEC est le TMC multiplié par ; réciproquement on divise par : pour un solide en rotation autour d’un axe fixe, les deux théorèmes sont équivalents. On préfère le TEC si les forces sont conservatives ou de travail connu, le TMC pour l’équation différentielle.
Remarque — exemple : couple constant. Un moteur de couple entraîne par un pivot parfait un rotor de moment d’inertie : le TMC donne , donc et croît linéairement. À (atteinte en ) : et .
7Le pendule pesant
Définition. Un pendule pesant est un solide mobile autour d’un axe horizontal fixe ne passant pas par son centre de masse . On note la distance de à l’axe, le moment d’inertie par rapport à (fourni), l’angle entre et la verticale descendante.
Théorème — équation du mouvement. Le poids s’applique au centre de masse : son moment par rapport à vaut (bras de levier , signe de rappel) ; celui de la liaison pivot, supposée parfaite, est nul. Le TMC scalaire donne
Théorème — petites oscillations, longueur équivalente. Pour , : l’oscillateur est harmonique et
est la longueur équivalente : le pendule pesant bat comme le pendule simple de longueur . La période ne vaut ni ni pour une longueur quelconque du solide ; tige d’axe extrémité : .
Théorème — intégrale première. En multipliant l’équation par : , donc, avec en bas,
L’intégrale première du mouvement est la conservation de l’énergie mécanique. Lâché sans vitesse de :
Théorème — portrait de phase. Les trajectoires de phase sont les courbes d’équation . En posant (énergie de la position haute) :
- : courbes fermées autour de , qui est un centre — le pendule oscille entre ;
- : la séparatrice , joignant les points selles (équilibres instables) : le pendule tend vers la position haute sans l’atteindre, en un temps infini ;
- : courbes ouvertes, de signe constant — régime révolutif.
Lancé de la position basse avec , le pendule fait donc le tour si et seulement si
Théorème — non-isochronisme. La période exacte dépend de l’amplitude :
Le pendule pesant n’est pas isochrone : il est d’autant plus lent que l’amplitude est grande ( à , à , à , à , à ; si ). L’isochronisme de Galilée n’est qu’une propriété de l’approximation linéaire : une horloge à balancier doit travailler à amplitude faible et constante.
Propriété — frottements : l’énergie mécanique décroît. Avec un pivot imparfait, ; en multipliant par , : décroît, strictement dès que le pendule bouge. Les oscillations s’amortissent, le pendule s’immobilise en , et la trajectoire de phase est une spirale convergeant vers l’origine. Aux petites oscillations on retrouve l’oscillateur amorti du chapitre 5, de facteur de qualité .
Figure 2 — Pendule pesant : , compté depuis la verticale descendante.
Figure 3 — Portrait de phase : courbes fermées (oscillations), séparatrice , courbes ouvertes (révolution).
8Capacité numérique : mettre en évidence le non-isochronisme
Méthode — intégration pas à pas. On écrit comme un système du premier ordre sur . Le schéma d’Euler semi-implicite — vitesse d’abord, puis position avec la vitesse actualisée — conserve l’énergie, alors qu’Euler explicite la fait dériver et fausse la période. Deux changements de signe consécutifs de sont séparés d’une demi-période.
import numpy as np
w0, h = 1.0, 1.0e-4 # pulsation propre, pas de temps
def periode(th0): # lache sans vitesse depuis th0
th, thp, t, pas = th0, 0.0, 0.0, [] # Euler semi-implicite :
while len(pas) < 2: # vitesse d'abord, puis position
thp, th2 = thp - h * w0**2 * np.sin(th), th + h * thp
if th * th2 < 0: pas.append(t) # passage par theta = 0
th, t = th2, t + h
return 2 * (pas[1] - pas[0]) # deux passages = T/2
print([periode(np.radians(a)) / (2 * np.pi / w0) for a in [5, 20, 45, 90]])
- Distinguer solide et système déformable ; reconnaître translation rectiligne, translation circulaire, rotation ; et conversions . Définir couple et liaison pivot, justifier la nullité du moment d’un pivot parfait.
- Établir et par additivité ; relier qualitativement à la répartition des masses ; TMC scalaire : mise en équation (pendule pesant, treuil, volant entraîné, poulie et masse suspendue, freinage) ; équivalence TMC TEC ; ; .
- Pendule pesant : équation, et , intégrale première, , condition de révolution, portrait de phase, non-isochronisme.
- ; avec distance à l’axe ; pour en ; (fourni pour un solide continu) ; ; .
- TMC scalaire : ( galiléen, fixe, constant) ; TEC TMC .
- ; pivot parfait : , ; frottement fluide : , ; .
- Pendule pesant : ; ; , .
- Intégrale première : ; ; révolution si .
- Non-isochronisme : , à . Repères : roue de vélo ; moteur , , .
- Appliquer la deuxième loi de Newton pour obtenir l’équation du mouvement d’un solide en rotation : c’est le TMC scalaire (ou le TEC) qu’il faut. Oublier de dire que le moment de l’action du pivot est nul parce que la liaison est parfaite — ou croire que la force de liaison est nulle.
- Écrire pour un solide en rotation ; confondre et ; prendre pour la distance à un point de l’axe ; confondre (), () et ().
- Utiliser (pendule simple) au lieu de ; calculer le moment du poids ailleurs qu’au centre de masse ; oublier le bras de levier .
- Supposer l’isochronisme aux grandes amplitudes ; traiter un solide dont l’axe est mobile (cylindre qui roule, yo-yo) : hors programme ; utiliser pour un déformable.