1Régime transitoire et régime permanent
Définition. On appelle régime permanent (ou régime établi) le régime vers lequel tend un circuit lorsque les sources sont maintenues constantes depuis « suffisamment longtemps ». Le régime transitoire est la phase d’évolution qui le précède, consécutive à une modification brutale du circuit (fermeture ou ouverture d’un interrupteur, échelon de tension).
Définition. Un échelon de tension d’amplitude est la fonction pour et pour . Un circuit est en régime libre lorsque toutes les sources sont éteintes : il évolue alors à partir de la seule énergie initialement stockée dans ou .
Notation. Les valeurs juste avant et juste après la commutation sont notées et . Sauf indication contraire, la commutation a lieu à et l’on étudie le circuit pour .
2Continuités et comportements limites
Théorème — continuité. L’énergie stockée dans un condensateur, , et dans une bobine, , ne peut pas varier de façon discontinue (il faudrait une puissance infinie). Donc, tant que et sont non nuls et que les courants et tensions restent bornés :
Idée de la démonstration : ; si sautait, serait une distribution non bornée, donc aussi. Même raisonnement pour .
Rien n’impose la continuité de dans une branche capacitive ni de aux bornes d’une bobine : ces deux grandeurs sautent en général à . Dans le circuit RC série soumis à un échelon, passe brutalement de à .
Propriété — régime permanent continu. Lorsque toutes les grandeurs sont constantes, donc : le condensateur se comporte comme un interrupteur ouvert. De même donc : la bobine idéale se comporte comme un fil.
Figure 1 — Circuit RC série
Figure 2 — Circuit RL série
3Mise en équation : la méthode
Méthode — circuit à une maille. (i) orienter le courant et flécher les tensions en convention récepteur pour , , ; (ii) écrire la loi des mailles ; (iii) exprimer toutes les tensions en fonction d’une seule inconnue et de sa dérivée, à l’aide de , , ; (iv) ordonner sous forme canonique.
Théorème — forme canonique. Toute grandeur électrique d’un circuit linéaire du premier ordre vérifie
où est le temps caractéristique (ou constante de temps) du circuit et un second membre imposé par les sources. Le temps caractéristique ne dépend que du circuit passif, jamais des sources ni des conditions initiales.
Méthode — circuit à deux mailles. Débrancher le condensateur (ou la bobine) : le reste du circuit est un dipôle linéaire actif, que l’on remplace par son modèle de Thévenin . On est ramené à un circuit à une maille, et
est la résistance vue entre les deux bornes libres, sources éteintes (source de tension idéale remplacée par un fil, source de courant idéale par un circuit ouvert).
Figure 3 — Circuit à deux mailles
Le dipôle vu par est : à vide (pont diviseur, licite car aucun courant n’est dérivé lorsque est débranché), et sources éteintes . Donc
et si .
4Résolution
Théorème — régime libre. L’équation a pour solutions , . La condition initiale donne , d’où
Théorème — réponse à un échelon. Si est constante pour , la solution particulière constante est : c’est la valeur en régime permanent. La solution complète est
Cette formule dispense de tout calcul de constante : il suffit de connaître (par continuité), (par l’étude du régime permanent) et .
Loi des mailles : avec , d’où , soit . Ici et :
Loi des mailles : , soit et . Avec et :
Remarque. Si n’est pas constante (rampe, sinusoïde, créneau), on cherche une solution particulière de la forme du second membre : affine pour une rampe, sinusoïdale de même pulsation pour une excitation sinusoïdale.
5Le temps caractéristique
Propriété — lectures. Pour une évolution , l’écart à la valeur finale est divisé par à chaque durée :
- : de l’écart total est parcouru () ; il en reste ;
- : ; : — on considère le régime permanent atteint au bout de ;
- la tangente à l’origine coupe l’asymptote à la date ;
- est la durée au bout de laquelle l’écart est divisé par deux.
Méthode — homogénéité. ; . Toujours vérifier : une constante de temps s’écrit , jamais ni .
Figure 4 — Réponses normalisées : la tangente à l’origine coupe l’asymptote à .
Méthode — mesurer sur un enregistrement. La lecture à est peu précise. On préfère linéariser : en régime libre, . Le tracé de en fonction de doit être une droite de pente ; une régression linéaire fournit et l’alignement des points valide le modèle exponentiel.
Propriété — ordres de grandeur. et donnent : en travaux pratiques on visualise donc le transitoire en alimentant le circuit par un GBF en créneaux de période , soit quelques dizaines de hertz. Un flash photographique (, ) a ; une temporisation (, ) a .
6Bilans énergétiques
Propriété — puissances. En convention récepteur, . Pour une résistance, : l’énergie est dissipée (effet Joule), jamais restituée. Pour et , avec et : l’énergie est stockée puis restituée.
Théorème — rendement de la charge d’un condensateur. Lors de la charge complète d’un condensateur initialement déchargé sous un échelon à travers :
La moitié exactement de l’énergie fournie par le générateur est dissipée par effet Joule, quelle que soit la valeur de . Diminuer accélère la charge mais ne change pas ce rendement de .
Méthode — vérifier un bilan. Écrire la loi des mailles, la multiplier par : chaque terme devient une puissance. Intégrer ensuite entre deux dates. Le bilan doit se refermer : .
7Capacité numérique : la méthode d’Euler
Méthode — schéma d’Euler explicite. Pour avec , on discrétise le temps avec un pas et l’on approche la dérivée par , d’où
Appliqué à , ce schéma permet de simuler la réponse à une excitation de forme quelconque (créneau, rampe, signal enregistré).
import numpy as np
tau = 1.0e3 * 1.0e-6 # tau = R*C = 1 ms
h = tau / 100 # pas : petit devant tau
t = np.arange(0.0, 8 * tau, h)
u = np.zeros(len(t)) # u[0] = 0 : condensateur decharge
def e(x): # creneau 0 / 5 V de periode 4 tau
return 5.0 * (x
for k in range(len(t) - 1):
u[k + 1] = u[k] + h * (e(t[k]) - u[k]) / tau
Remarque. Le pas doit rester petit devant : pour le schéma explicite diverge, pour il reste stable mais très imprécis. En pratique .
8Démonstrations à savoir refaire
- Continuité de et de : l’énergie stockée ne peut pas sauter, faute de quoi la puissance serait infinie ; en pratique on invoque le caractère borné de et de .
- Équation différentielle du RC et du RL série : loi des mailles, puis élimination de toutes les inconnues sauf une, à l’aide des relations constitutives.
- Résolution de avec constant : solution homogène + solution particulière constante , puis par la condition initiale.
- Temps caractéristique par Thévenin : débrancher (ou ), calculer sources éteintes.
- Rendement de de la charge d’un condensateur : intégrer et sur , avec .
- Homogénéité de et de : analyse dimensionnelle à partir de , et .
Circuit RL de la figure 2 : la loi des mailles multipliée par donne . La puissance fournie se répartit entre dissipation Joule et stockage magnétique ; en régime permanent, est constante, toute la puissance est dissipée et l’énergie stockée vaut .
9Savoir-faire du chapitre
- Distinguer régime transitoire et régime permanent sur un relevé ; repérer la date de commutation.
- Déterminer par continuité de ou de , et par l’étude du régime permanent ( ouvert, fil).
- Établir l’équation différentielle d’un circuit à une ou deux mailles ; passer par le modèle de Thévenin pour les deux mailles.
- Résoudre : régime libre, échelon, et reconnaître sur la forme canonique.
- Déterminer graphiquement (tangente à l’origine, , ) ou par régression linéaire sur .
- Estimer la durée du régime transitoire () et la comparer à une durée imposée.
- Réaliser un bilan énergétique complet et commenter le rendement.
- Écrire une boucle d’Euler explicite pour une excitation quelconque et discuter le choix du pas.
- Dipôles : ; ; (convention récepteur).
- Énergies : ; ; .
- Temps caractéristiques : ; ; deux mailles : remplacer par .
- Solution universelle : pour un second membre constant.
- Valeurs numériques : ; ; ; ; ; .
- Repères : ; .
- Imposer la continuité de dans une branche capacitive, ou de aux bornes d’une bobine : ce sont et qui sont continues, et elles seules.
- Écrire ou : toujours contrôler l’homogénéité.
- Oublier d’utiliser la condition initiale, ou l’écrire à pour une grandeur discontinue.
- Traiter un second membre non constant (rampe, créneau) comme s’il était constant.
- Confondre la solution du régime libre (homogène) et la solution particulière.
- Lire à de l’écart : c’est en charge, en décharge ; correspond à .
- Appliquer un pont diviseur de tension à une branche traversée par un courant dérivé.
- Croire que diminuer améliore le rendement énergétique de la charge d’un condensateur : il vaut quoi qu’il arrive.
- En simulation, prendre un pas comparable à : le résultat est faux, voire divergent.