1Sources de champ magnétique, ordres de grandeur
Définition. Le champ magnétique est le champ vectoriel qui, en chaque point de l’espace, traduit l’action magnétique subie par une charge en mouvement (, chapitre 11) ou par un courant (force de Laplace, ci-dessous). Il s’exprime en teslas (), avec .
Propriété — les deux sources. Un champ magnétique est créé par des courants électriques (circuits, bobines, électroaimants) ou par des aimants permanents — qui sont eux aussi, à l’échelle microscopique, des assemblées de courants élémentaires. Il n’existe pas de « charge magnétique » : on ne peut pas isoler un pôle nord.
Notation. Expressions fournies. Calculer à partir de ses sources est hors programme : les expressions ci-dessous sont toujours données, on se contente de les exploiter. est la perméabilité du vide.
| Distribution | Champ | Application numérique |
|---|---|---|
| fil rectiligne infini, à la distance | , : | |
| centre d’une bobine plate de spires de rayon | , : si , si | |
| axe d’une spire, à la distance | décroît en pour | |
| intérieur d’une bobine longue ( spires par mètre) | (nul à l’extérieur) | , : |
| axe d’un aimant de moment , à la distance | , : |
Champ terrestre (composante horizontale en France) ; fil domestique ( à ) ; bobine de TP à ; aimant permanent à ; électroaimant ; IRM à ; aimant supraconducteur ; milieu interstellaire .
Distinguer en permanence le champ extérieur subi , créé par les autres sources, et le champ propre créé par le circuit étudié : seul le champ extérieur intervient dans la force de Laplace — un circuit ne s’exerce pas de force sur lui-même dans ce cadre.
2Cartes de champ : lire et tracer
Propriété — lignes de champ. Une ligne de champ est une courbe tangente en chacun de ses points à , orientée dans le sens de . Les lignes de champ magnétique sont toujours fermées (elles n’ont ni source ni puits : contrairement au champ électrique, elles ne partent pas d’un pôle pour mourir sur l’autre ; elles traversent l’aimant ou la bobine).
Méthode — lire une carte de champ. (i) Là où les lignes sont parallèles et équidistantes, le champ est uniforme ; (ii) là où elles se resserrent, le champ est plus intense ; là où elles s’écartent, il est plus faible ; (iii) les sources sont les régions autour desquelles les lignes s’enroulent, là où le champ est le plus intense ; (iv) deux lignes de champ ne se croisent jamais, sauf en un point où .
Figure 1 — Fil infini : cercles centrés sur le fil, .
Figure 2 — Spire : lignes fermées enlacant le fil, champ maximal au centre et le long de l’axe.
Figure 3 — Bobine longue : champ quasi uniforme à l’intérieur, faible à l’extérieur. Carte identique à celle d’un aimant droit.
Propriété — l’aimant droit et le solénoïde. Les deux cartes sont identiques. On appelle pôle nord la face par laquelle les lignes sortent de l’aimant, pôle sud celle par laquelle elles rentrent : à l’intérieur de l’aimant, les lignes vont du sud vers le nord.
Méthode — produire un champ quasi uniforme. Une bobine longue (), dans sa partie centrale : à quelques pour cent près ; ou deux bobines de Helmholtz (rayon , même axe, distantes de ), où au milieu, uniforme au second ordre près ; ou l’entrefer d’un aimant en U.
3Symétries et invariances des sources
Méthode — exploiter les symétries. On admet les règles suivantes, qui portent sur la distribution de courants :
- Invariances. Si la distribution est invariante par translation selon , ne dépend pas de ; si elle est invariante par rotation autour de , ne dépend pas de . On cherche les invariances avant tout calcul : elles réduisent le nombre de variables.
- Plan de symétrie (les courants sont inchangés par la réflexion) : en tout point de , est orthogonal à — à l’envers du champ électrique : c’est la conséquence du produit vectoriel.
- Plan d’antisymétrie (la réflexion renverse les courants) : en tout point de , est contenu dans .
Remarque — fil rectiligne infini. Invariance par translation selon et par rotation autour de : . Tout plan contenant le fil est un plan de symétrie, donc lui est orthogonal : . Les lignes de champ sont des cercles d’axe le fil (figure 1) — et l’on a obtenu cela sans aucun calcul.
4Flux magnétique et conservation du flux
Définition. Le flux de à travers une surface orientée de normale unitaire est , soit, pour un champ uniforme et une surface plane d’aire ,
Un flux n’a de signe qu’une fois le contour orienté ; la normale s’en déduit par la règle de la main droite, et changer l’orientation change le signe de . Pour spires accolées, .
Théorème — conservation du flux magnétique. Le flux de à travers toute surface fermée est nul. Il en résulte deux conséquences utilisées en permanence :
- le flux à travers toute surface s’appuyant sur un même contour fermé orienté est le même : on peut choisir la surface la plus commode, en général la surface plane ;
- le flux est constant le long d’un tube de champ : si la section d’un tube passe de à , alors . Un resserrement des lignes signifie donc un champ plus intense — c’est la justification de la règle de lecture des cartes.
5Moment magnétique
Définition. Une boucle de courant plane, d’aire , parcourue par le courant et orientée par la normale déduite du sens du courant par la règle de la main droite, possède le moment magnétique
Pour une bobine plate de spires, . ne dépend que du courant et de la surface, pas de la forme du contour.
Définition. Par analogie, on associe à un aimant un moment magnétique , dirigé du pôle sud vers le pôle nord de l’aimant (donc dans le sens du champ qu’il crée en son centre). Ordres de grandeur : aiguille de boussole ou petit aimant de TP ; aimant de haut-parleur ; bobine plate de TP (, , ) : .
6Actions d’un champ magnétique extérieur uniforme
Définition. La force de Laplace subie par un élément de circuit filiforme , orienté dans le sens du courant , placé là où règne le champ extérieur , est
C’est la traduction macroscopique de la force de Lorentz subie par les porteurs de charge mobiles. Sa densité linéique est , en .
Théorème — résultante sur une portion de circuit dans un champ uniforme. Si est uniforme,
pour un circuit allant de à : la résultante ne dépend que des extrémités, pas de la forme du conducteur. En particulier, pour une barre rectiligne de longueur , orientée par dans le sens du courant : , de norme avec . Et pour un circuit fermé, donc : un champ uniforme ne peut pas déplacer un circuit fermé, il ne peut que le faire tourner.
Remarque — ordre de grandeur. , , orthogonal : , le poids de . Les forces de Laplace de laboratoire sont faibles ; un moteur compense par le nombre de spires et un fort champ d’entrefer.
Propriété — puissance des forces de Laplace. En translation, (soit pour une barre si et sont de même sens) ; en rotation autour d’un axe fixe, . Contrairement à la force magnétique sur une charge, la force de Laplace travaille : c’est tout l’intérêt de l’effet moteur.
Théorème — couple sur un circuit plan dans un champ uniforme. Un circuit plan de moment magnétique , placé dans un champ extérieur uniforme , subit une résultante nulle et un couple de moment
Démonstration exigible (spire rectangulaire). Spire , courant , axe de rotation vertical passant par les milieux des côtés de longueur , champ horizontal. On note l’angle .
- Les deux côtés de longueur sont parallèles à , donc orthogonaux à : ils subissent les forces , opposées et appliquées à la distance de l’axe : elles forment un couple, de bras de levier chacune, d’où avec .
- Les deux côtés de longueur subissent des forces opposées portées par : résultante nulle et moment nul par rapport à , ils ne contribuent pas.
- Le sens est celui qui ramène sur , d’où . Le résultat s’étend à un circuit plan quelconque par découpage en rectangles.
Propriété — énergie potentielle, positions d’équilibre. L’action d’un champ uniforme sur un dipôle magnétique dérive de l’énergie potentielle (expression fournie)
Les positions d’équilibre sont et :
- ( parallèle à ) : minimale, équilibre stable ;
- ( antiparallèle) : maximale, équilibre instable.
Le couple aligne toujours le moment magnétique avec le champ : c’est le principe de la boussole, et la raison pour laquelle le pôle nord d’une aiguille indique le nord magnétique.
Propriété — petites oscillations d’une boussole. Pour un aimant de moment et de moment d’inertie par rapport à son axe de rotation, le théorème du moment cinétique donne , soit pour les petits angles :
Mesurer donne accès au produit : c’est une méthode usuelle de mesure du champ terrestre.
Remarque — aiguille de boussole. , aiguille de et (), : .
Figure 4 — Barre : , orthogonale à la fois à la barre et au champ, de norme .
Figure 5 — Cadre vu de dessus : résultante nulle, couple qui ramène vers ; est minimale en .
7Les applications à connaître
Propriété — rails de Laplace, version « force ». Deux rails horizontaux distants de reliés à un générateur de courant imposant , une barre de masse en travers, un champ vertical : la barre subit et accélère ; avec un frottement fluide , . Le courant étant imposé, on traite le dispositif sans parler d’induction (chapitre 22).
Propriété — effet moteur. Un cadre de spires d’aire parcouru par , mobile autour d’un axe orthogonal à , subit : il tourne vers puis s’arrête. Un collecteur inverse le courant à chaque demi-tour, rendant le couple toujours moteur, de valeur moyenne .
Propriété — haut-parleur électrodynamique. Une bobine de spires de rayon , collée à la membrane, est placée dans l’entrefer d’un aimant où le champ est radial de norme . Chaque élément subit alors une force axiale, et la résultante vaut avec : elle est proportionnelle au courant, et la membrane reproduit le signal.
Propriété — champ tournant et effet moteur. Deux bobines de même centre, d’axes orthogonaux, alimentées en quadrature par et , créent : un champ de norme constante tournant à la vitesse angulaire . Une aiguille aimantée au centre subit : en régime permanent elle tourne à la même vitesse , avec un retard tel que — c’est le moteur synchrone, qui décroche si . Trois bobines à en triphasé donnent un champ tournant d’amplitude .
- Démonstrations : et nullité sur un circuit fermé ; couple sur une spire rectangulaire ; équilibres et stabilité par ; ; ; champ tournant de norme constante ; .
- Exploiter une carte de champ (sources, zones uniformes, champ faible, comparaison d’intensités) ; tracer de mémoire celles d’un aimant droit, d’une spire, d’une bobine longue ; prévoir direction et dépendances de par les symétries et invariances des courants ; évaluer un ordre de grandeur à partir d’une expression fournie.
- Calculer un flux (contour orienté d’abord), un moment magnétique, une force de Laplace sur une barre, un couple sur un cadre, les puissances associées ; discuter les équilibres d’un dipôle ; mener l’étude mécanique d’un rail de Laplace, d’un moteur à cadre, d’un haut-parleur, d’un champ tournant.
- ; champ uniforme : , nulle pour un circuit fermé ; barre : ; ou .
- () ; ; ; ; () ; dans un tube de champ.
- Boussole : . Moteur à collecteur : . Haut-parleur : , .
- Expressions fournies : (fil), (centre d’une spire), (bobine longue), (axe d’un aimant) ; .
- Repères : ; aimant à ; IRM à ; .
- Confondre le champ subi et le champ propre : seul le champ extérieur intervient dans . Se tromper dans l’orientation de , ou oublier que la force est nulle si le courant est parallèle au champ.
- Croire que le couple amène contre : il l’aligne avec ( minimale). Chercher à déplacer un circuit fermé avec un champ uniforme : la résultante est nulle, seul le couple existe.
- Dessiner des lignes de champ ouvertes, comme pour un champ électrique : elles sont fermées et traversent l’aimant. Calculer un flux sans avoir orienté le contour, ou oublier le facteur ; oublier l’unité de (, pas ). Vouloir calculer (Biot et Savart, Ampère) : hors programme. Parler de f.é.m. induite : c’est le chapitre 22, ici le courant est toujours imposé.