1Mesurer un écart à l’espérance
Notation. Pour une variable aléatoire d’espérance , l’événement « s’écarte de d’au moins » s’écrit , c’est-à-dire ou . Son contraire est .
Théorème — inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Si a pour espérance et pour variance , alors pour tout réel :
Propriété — écarts en multiples de . Si , en prenant avec : . Ainsi et : l’écart type est l’unité naturelle de dispersion.
Remarque. Cette majoration est universelle : elle ne suppose rien sur la loi de . En contrepartie elle est souvent très large, et n’a d’intérêt que si .
2Moyenne d’un échantillon
Définition. Un échantillon de taille de la loi de est une liste de variables aléatoires indépendantes suivant toutes cette loi. On pose et .
Propriété. Si , et , alors
3Inégalité de concentration et loi des grands nombres
Théorème — inégalité de concentration. En appliquant Bienaymé-Tchebychev à , pour tout réel :
Théorème — loi des grands nombres. Pour tout réel : .
Remarque. Autrement dit, la probabilité que la moyenne observée sur un échantillon s’écarte de d’au moins devient aussi petite que l’on veut pourvu que soit assez grand : c’est la justification théorique de l’estimation d’une espérance (ou d’une proportion) par une moyenne observée.
4Déterminer une taille d’échantillon
Méthode — précision et risque . Pour garantir , il suffit d’imposer , c’est-à-dire
On prend alors pour le plus petit entier vérifiant cette inégalité.
Remarque. Cas d’une proportion : si suit la loi de Bernoulli de paramètre , alors pour tout de . On peut donc toujours majorer par , ce qui donne une taille valable quelle que soit la valeur inconnue de .
Méthode — comparer à la probabilité exacte. Lorsque la loi de est connue (souvent binomiale), calculer la probabilité exacte à la calculatrice et la comparer à la majoration : on constate que Bienaymé-Tchebychev est correcte mais peu précise.
Remarque — simulation. On illustre ces résultats en simulant échantillons de taille et en comptant la proportion de moyennes situées à moins de de : la probabilité correspondante est au moins égale au minorant , et la proportion observée le dépasse en pratique nettement (environ pour , contre ) ; elle varie peu avec ; pour un écart fixé, en revanche, la proportion de moyennes à moins de de augmente avec : l’histogramme des se resserre autour de .
5Savoir-faire du chapitre
- Traduire un écart à l’espérance par une valeur absolue et passer à l’événement contraire.
- Majorer par l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev, en multiples de si besoin.
- Calculer , , puis appliquer l’inégalité de concentration.
- Déterminer une taille d’échantillon assurant une précision avec un risque au plus , en majorant par pour une proportion.
- Énoncer et interpréter la loi des grands nombres ; comparer la majoration obtenue à la probabilité exacte.
- Interpréter une simulation de échantillons de taille à la lumière de la concentration de .
6Exemples types
On lance fois une pièce équilibrée ; , nombre de « pile », suit , donc et . Avec : , donc . La valeur exacte de , à la calculatrice, vaut environ : la majoration est correcte mais large.
On veut estimer une proportion inconnue à près avec un risque . En majorant par : . Un échantillon de personnes suffit pour garantir .
Une pièce usinée a une longueur d’espérance et d’écart type . Alors : au plus une pièce sur neuf (environ ) s’écarte d’au moins de la longueur moyenne.
On lance fois un dé équilibré et l’on note la moyenne des résultats obtenus. Ici et , donc : avec une probabilité d’au moins , la moyenne observée est strictement comprise entre et .
- Bienaymé-Tchebychev donne une majoration, jamais une valeur : écrire est faux.
- Ne pas confondre et : le dénominateur contient et le numérateur la variance, pas l’écart type.
- Dans l’inégalité de concentration, c’est la variance de la loi initiale qui apparaît, divisée par : , et non .
- Une majoration supérieure ou égale à n’apporte aucune information : l’inégalité n’est utile que pour assez grand, ou assez grand.
- La loi des grands nombres porte sur la probabilité d’un écart, pas sur une compensation des résultats passés : un tirage n’est jamais « en retard ».
- Multiplier la précision par (c’est-à-dire diviser par ) multiplie la taille d’échantillon nécessaire par , et non par .